Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 293 du 15 mai 2003 - p. 3
Parlons franc
Un gay tapant contre B.B.

Ce n’est pas le fonds qui est scandaleux dans l’affaire Fogiel-Bardot(1), c’est la forme. Ce n’est pas la polémique, c’est la bassesse du procédé.

Après tout, dans son livre au vitriol, Brigitte Bardot n’envoie pas dire ce qu’elle pense et, qui ne pense pas comme elle, a le droit de le faire savoir sur le même ton.

Interdire à Fogiel d’exprimer son désaccord, c’est donner raison à ce petit merdeux quand il s’arroge le droit de décider de ce qui peut ou ne peut pas s’écrire.

Si l’on veut hurler librement son ras le bol de la chiennerie d’une société corrompue, du drame de la France trahie, envahie et prostituée, de la lâcheté d’une populace vautrée et gavée de mensonges et de saletés, alors il faut accepter la contradiction.

Si l’on veut lire en paix le formidable coup de gueule qu’est "Un cri dans le silence"(2), il faut supporter le vacarme des autres.

Mais à jeu égal et dans un affrontement loyal.

En n’oubliant pas le néant qu’est un Fogiel devant le monument BB dont on disait naguère qu’elle rapportait à la France plus de devises que la régie Renault et qui a su s’arracher au fétide chobize pour faire dignement son chemin de solitude, dans la discrétion, au service des animaux qu’elle aime plus que les hommes (et qui pourrait lui en tenir rigueur ?) sans rien demander à personne, jamais.

C’est l’insondable gouffre entre la voyouterie nullissime d’un jean-foutre du PAF et la discrétion d’une immense star qui rend insupportables les méthodes du gang froufroutant des lopettes télévisâtres selon le mot à retenir de Jean Cochet dans Présent.

C’est le déséquilibre entre la femme seule et la meute des chacals.

Il est là le scandale de ce débat au coin du bois, de ce procès stalinien où ne manquait ni le procureur haineux ni le commissaire politique en jupon ni même le psychiatre-flic.

Et surtout pas l’argent des téléspectateurs dans la poche du moraliste Fogiel.

Pour ce genre de télé, il existe Canal Plus et là, au moins, ceux qui paient savent pourquoi.

Alors bien sûr, le premier mouvement devant le piège tendu à Brigitte Bardot est de colère et de tristesse.

Tristesse de voir une soirée entre amis saccagée par des vandales. Colère d’assister impuissante, à ce déversement d’injures.

Tristesse de lire le chagrin sur le visage de BB si simplement expressif, si exempt des artifices de la mode.

Colère de la savoir trompée une fois encore, une fois de plus, par un arnaqueur à l’amitié qui, pour armer son piège, a passé trois jours chez elle, en famille, multipliant proclamations d’adulation et protestations d’éternelle loyauté.

Et puis, d’un seul coup, colère et tristesse le cèdent au rire quand le petit merdeux barbouillé en maître de morale dévoile, par son entêtement à dénoncer quelques lignes vacharde pour la coterie antiphysique, le vrai motif de ses trépignements.

Bardot a osé dire tout haut ce que tant de monde pense tout bas de l’arrogance de certains exhibitionnistes d’une coterie qui, contre toute attente, ne cesse de se multiplier.

Petit rat devenu la plus délicieuse souris du cinéma français, BB aurait pourtant du se méfier des tapettes.

Cela lui aurait évité de se faire piéger ou, plus précisément, de se faire avoir par un aussi grossier gay tapant.

Mais à la fin, tel est pris qui croyait prendre : au lendemain de l’émission, le premier tirage était en voie d’épuisement. Des milliers de français découvriront ainsi ce que l’on voulait leur cacher : Après Delon, Bardot, ils ne sont donc pas seuls à penser ce qu’ils pensent.

Ils liront aussi les courts chapitres où, entre deux bienfaisants coups de gueule, BB livre le secret de ses méditations face à la solitude, la clef de son engagement au service de la cause des animaux souffrants. Ce sont des pages d’une belle émotion, d’une écriture sensible, d’une foi simple, confiante et d’une élévation rare.

Bien entendu, les éboueurs de la télé-poubelle sont passés à coté.

C’est plutôt rassurant : ces gens là ne peuvent rien contre la beauté parce qu’ils ne savent pas la reconnaître.

Danièle de Beketch

(1) "On ne peut pas plaire à tout le monde", France 3, 12 mai 2003.
(2) Un cri dans le silence, Ed. du Rocher, 16 zeuros, ISBN 2-268-04725-3
Sommaire - Haut de page