Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 293 du 15 mai 2003 - p. 23
Nos pères
Tertullien (III)

« Torturez, martyrisez, condamnez, supprimez-nous ; votre iniquité est la meilleure preuve de notre innocence. C’est pourquoi Dieu supporte que nous supportions tout cela... Et pourtant : les plus grands raffinements de votre cruauté ne vous servent à rien. Vous ne réussissez qu’à faire de la réclame pour notre solidarité. Nous croissons en nombre, mais c’est parce que vous recommencez sans cesse à nous faucher : le sang des chrétiens est une semence (semen est sanguis christianorum). Notre seul motif de gratitude est que vous expédiez si promptement notre procès. Dans la lutte entre Dieu et les hommes, deux tribunaux sont face à face, et quand vous nous condamnez, c’est alors que Dieu nous acquitte » (Apologeticum, 50).

Ad Scapulam

Il s’agit d’une lettre au proconsul d’Afrique, Scapula, rude persécuteur de chrétiens. « Ce n’est pas la pitié qu’il réclame pour les chrétiens - en le devenant, ceux-ci ont fait le sacrifice de leur vie -, mais c’est à l’intérêt même de leurs ennemis qu’il fait appel » (De L. 103). Tertullien rappelle quelques principes fondamentaux :

1. - la liberté de conscience. « Chaque homme reçoit par droit naturel la liberté d’adorer ce que bon lui semble... Il n’appartient pas à la religion de contraindre la religion, qui doit être embrassée spontanément, et non par force ».

2. - le loyalisme : « Le chrétien n’est l’ennemi de personne, à plus forte raison du prince. Comme il sait que celui-ci est établi par son Dieu, il faut nécessairement qu’il le chérisse, qu’il le respecte, qu’il l’honore et qu’il veuille son salut, en même temps que celui de l’empire romain tout entier, tant que le monde durera, car l’empire durera autant que le monde. Nous honorons l’empereur comme il nous est permis de l’honorer, et comme il lui est avantageux de l’être, c’est-à-dire comme un homme qui est le second après Dieu ».

3. - Les calamités naturelles, signes de la colère de Dieu. Tertullien retourne contre les païens le grief coutumier qui imputait aux chrétiens les calamités publiques. Il dresse l’épouvantail des châtiments dont on été frappés certains magistrats persécuteurs, jusqu’à Scapula lui-même ! (Cf. de L. 104).

Abbé Guy-Marie
Sommaire - Haut de page