Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 294 du 28 mai 2003 - p. 20
C’est a lire
Les délires anachroniques de l’historiquement correct

Jean Sévilla avait déjà fait oeuvre utile en dénonçant Le Terrorisme intellectuel, (Perrin). Il revient à la charge et à la source de ce terrorisme en dénonçant cette fois la manipulation de l’histoire de France, depuis le Moyen Age qui a fait tant de ravage dans les esprits.

Dix huit sujets dont la féodalité, les croisades, les cathares et l’Inquisition médiévale, l’Ancien Régime, Les Lumières et la tolérance, l’anticléricalisme, l’antimilitarisme et l’antisémitisme, l’affaire Pie XII, la décolonisation ; un ton mesuré, des arguments présentés de façon originale ; des citations effarantes et méconnues, l’effort de synthèse est considérable.

Parle-t-on du Moyen Age ? Il s’est trouvé des chercheurs pour cogiter sur cette question bizarre : "Le Moyen Age a t il été chrétien ?"

Des chercheurs du CNRS avaient posé a priori que les sources médiévales donnaient du Moyen Age une vision plus religieuse que la réalité qui nous ferait "prisonniers d’un effet d’optique, largement dû au monopole intellectuel qu’exercèrent les élites religieuses".

Exemple parfait de marxisme historique (l’emploi du mot "monopole" est plus révélateur qu’une signature) Pour ces obsédés de la lutte des classes, la chrétienté serait un proto-prolétariat naturellement athée, opprimé et exploité par des "petits chefs" (prêtres, évêques, moines et religieuses) alliés objectifs de la bourgeoisie.

Ce qui suppose que les cathédrales ont été bâties par un lumpenprolétariat encouragé au fouet et que croisades et grands pèlerinages préfigurent les déportations de peuples de l’ère Stalinienne...

La société féodale est, bien sûr, mauvaise puisque hiérarchisée, sanglante puisque fondée sur les armes, et enténébrée par le magistère de l’Eglise.

Le saccage des lieux de prière catholiques, l’assassinat des prêtres et des religieux dans la cour de l’évêché de Nîmes, le jour de la Saint Michel, a précédé de six ans la Saint Barthélémy mais la vulgate officielle impute aux seuls catholiques la responsabilité des guerres de religion et absout les protestants au nom de leur rôle supposé dans la propagation de l’idéal démocratique...

Le puissant intérêt de ce livre, véritable somme, c’est la réflexion sur l’histoire. Jean Sevilla décrit l’éternelle combat du prétendu progrès, des lumières et autres lendemains qui chantent contre la Tradition catholique.

Un monde sans Dieu veut imposer sa loi au monde créé par Dieu.

Pour cela tout les mensonges sont permis aux fonctionnaires du Meilleur des Mondes chargés de prendre le pouvoir sur les âmes, sur les intelligences, sur l’argent, sur la cité puis le royaume puis le pays.

Baptiser ce totalitarisme "progrès", "avènement de la tolérance", "fraternité" est une formidable imposture.

Les citations fort bien choisies parachèvent la démonstration :

« Qui tient les écoles de France tient la France » répétait Jean Macé, l’instit’ fondateur de la Ligue de l’Enseignement. « Nous avons éteint dans le ciel des lumières qu’on ne rallumera plus. » se vantait le Franc Maçon René Viviani, ministre du Travail au début du siècle dernier.

Et, à l’opposé de ces rodomontade, Sevilla rappelle l’article premier de l’Edit de Nantes par lequel Henri IV pacifiait la France : « Que la mémoire de toutes choses passées demeurera éteinte et assoupie comme de chose non advenue. Et ne sera loisible ni permis à nos procureurs généraux ni autres personnes quelconques publiques ni privées, en quelque temps ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucune cour ou juridiction que ce soit. »

Cinq siècles plus tard cette royale sagesse et charité d’Henri IV devrait interdire aux insatiables vengeurs que n’apaisent ni les années, ni la sénilité des criminels d’hier, ni les repentances, ni les réparations, de parler de la barbarie des siècles passés.

Anne Brassié

Historiquement correct, par jean Sévilla. Ed. Perrin. 21,50 teuros.
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