Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 294 du 28 mai 2003 - p. 23
Nos pères
Tertullien (IV)

Ouvrage apologétique, l’adversus Judaeos expose la difficulté des chrétiens avec les Juifs et les accuse d’être « les instigateurs de toutes les persécutions » (Cayré). « Les Juifs attendent encore la venue du Christ, et il n’y a pas entre eux et nous de plus fort sujet de dissentiment que leur refus de croire qu’il est déjà venu. » A ce "point cardinal du débat", d’autres contestations secondaires s’ajoutaient (de L. 106).

Ces mauvaises lignes de Renan donnent une idée de la façon dont les chrétiens étaient perçus :

« Le christianisme et l’Empire se regardaient l’un l’autre comme deux animaux qui vont se dévorer... Quand une société d’hommes devient dans l’Etat une république à part, fut-elle composée d’anges, elle est un fléau. Ce n’est pas sans raison qu’on les détestait, ces hommes en apparence si doux et si bienveillants. Ils démolissaient vraiment l’Empire romain. Ils buvaient sa force. Rien ne sert de dire qu’on est un bon citoyen parce qu’on paye ses contributions, qu’on est aumônieux, rangé, qu’on est en réalité citoyen du ciel et qu’on ne tient la patrie terrestre que pour une prison où l’on est enchaîné côte à côte avec des misérables. »

P. de Labriolle est plus convaincant : « La réalité apparaît assez différente. Il suffit de lire attentivement les opuscules où Tertullien règle les questions d’ordre intérieur pour voir combien diverses étaient les tendances des fidèles de Carthage et d’Afrique. Il y avait les simples, incapables et insoucieux de spéculation, se contentant de la tranquille possession de leur foi, mais exposés, en raison de leur naïveté même, aux sophismes amollissants ; les intellectuels, qui se piquaient d’aborder les plus abstruses questions de la métaphysique religieuse ; il y avait les faibles, qui, loin de goûter le martyre, la persécution, la pénitence, se montraient amis avant tout de leur tranquillité, et prétendaient s’aménager ici-bas une vie aussi confortable que possible, fut-ce au prix des plus fâcheuses compromissions ; les "libéraux", qui rêvaient de réconcilier le christianisme avec le siècle ou se refusaient du moins à toute provocation inutile ; les rigoristes, enfin, âmes pareilles à celle de Tertullien » (p. 109).

Abbé Guy-Marie
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