Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 295 du 7 juin 2003 - pp. 4 à 6
Dernières nouvelles du Marigot
Journal d’un prof non-gréviste

Lâchés par l’Autorité de tutelle, traqués par les gangs d’agitateurs, méprisés par les ados... ils sont les harkis de l’Educ’ nat’.

"Troisième trimestre décisif". C’est l’inscription que les "professeurs" de collège réunis en conseil de classe apposent rituellement à la fin du deuxième trimestre sur les dossiers des élèves dont les résultats sont manifestement insuffisants pour passer dans la classe supérieure.

Bobard éhonté : depuis plus de dix ans, les redoublements sont pratiquement interdits par la lex jospina : 80 % de bacheliers.

Cette année la formule prend un sel tout particulier : il n’y aura pas de trimestre du tout !

On peut le dire dès aujourd’hui, puisqu’aux congés, aux ponts entre les congés, et aux viaducs entre les ponts le "mouvement social" a ajouté les tunnels des grèves.

Le décor : Fin avril, l’Administration vient enfin de placarder le planigramme d’occupation des salles par les enseignants. Il a fallu de longues recherches empiriques et des vérifications à n’en plus finir. Les dispositions prises au début de l’année scolaire s’étaient perdues dans les entrailles des ordinateurs.

On sait maintenant qu’en janvier, la salle numéro 3 était réservée au prof d’Histoire...

En février, la commission de sécurité avait fait ré-apposer près des portes les consignes d’évacuation arrachées le jour de la rentrée.

Depuis des mois, les femmes de ménage écoeurées refusent d’entrer dans des classes transformées en écuries d’Augias par des animaux humains sans éducation ni contrainte.

Sur les murs, de grands sataniques, sur les tables de petits crobards scatologiques, footballistiques ou orduriers, attaquent tel élève, insultent tel prof, niquent la France ou célèbrent tel groupe de rap.

Le stock de craies est épuisé, mais, en habitués, nous avons nos réserves judicieusement accumulées en période de vaches grasses. Il arrive que la photocopieuse soit approvisionnée en papier...

Les serrures sont bouchées. Chewing-gum ou papier mâché.

Dans les rares classes qui travaillent on ne prête pas plus attention aux alarmes incendie déclenchées par des élèves échappés des cours qu’aux coups de poings ou de pieds contre les portes.

Les parents ne savent pas où sont les élèves. En cours ? En permanence ? En récré ? En plein trips psycho-érotiques avec herbe à l’appui ? L’administration non plus.

À la "loge" (porterie téléphonique) les préposées non-grévistes reçoivent les torrents d’insultes adressées aux enseignants grévistes par des parents excédés. Après tout, ne sont elles pas, elles aussi, des "fonctionnaires" ?

À la "vie Scolaire" on a perdu les repères et, pour avoir la paix, on déclare tout le monde en grève. Y compris les non-grévistes militantes.

Aux parents qui demandent qu’au moins le nom des profs absents soient affichés, des clones gramouillés de Fouquier-Tinville, Trotski ou Lénine répliquent que les "libertés individuelles" l’interdisent.

Dans des "réunions d’information", une poignée d’agitateurs affole les parents avec des descriptions apocalyptiques des conditions de sécurité dans le collège en grève ou annonce faussement la fermeture des locaux pour les jours à venir. L’administration entretient la psychose en matraquant la fiction totalement fausse de la "grève générale".

Résultat : le lendemain, il manquera des classes entières et l’on dira que les parents soutiennent le mouvement...

Sur toute cette manip’ plane le souvenir des félicitations que Raffarin flanqué de Ferry et Darcos décerna, en Sorbonne, à l’Éducation Nationale pour l’attitude "citoyenne" qui consista, entre les deux tours de la présidentielle, à ameuter des milliers de gosses contre le fâchizme.

Dans la salle des profs squattée en permanence par les KGbistes, le Politburo, les ayatollahs de l’extrême gauche communautariste, les esprits libres qui ne tiennent ni à se faire insulter ni à cautionner par leur présence la grand’messe noire en l’honneur de la sanglante idole Demokratie ont disparu.

Ceux qui ne peuvent pas faire autrement y passent, sur la pointe des pieds, rasant les murs. Dhimmitude oblige, même entre Blancs...

Le décor illustre l’idéologie néanderthalienne chiraco-gauchisante : haine de "l’horreur économique", vulgate écolo-internationaliste, déconomie selon Bové et délires argumentaires d’ATTAC. Les murs sont constellés d’articles de Ration ou de L’imMonde, de dazibaos anonymes exigeant la taxation du capital, des profits, de la productivité, des actionnaires, des revenus financiers, la remise de la dette du Tiers-Monde, la suppression des frontières, des visas, des permis de séjour et de travail, des passeports, des cartes d’identité, de la nationalité, de la double peine.

Les AG succèdent aux manifs, les agressions verbales aux séductions patelines. "SUDistes" et "SNESsistes" se partagent la tâche d’imposer un pouvoir stalinien sous les apparences de la légalité social-démocrate. Parfois, ils feignent d’en venir aux mains.

Girondins contre Montagnards, Bolcheviks contre Mencheviks, Staliniens contre Trotskistes à propos du choix entre Ecole morte (comme si ce n’était pas acquis depuis belle heurette, l’école étant non seulement morte mais meurtrière) ou Colet citoyenne (faut-il profiter de la grève pour mobiliser les ados ?).

Parfois des maîtresses de maternelle déboulent, hirsutes, pour glapir que le Pouvouar bourgeois veut supprimer leurs classes (mensonge aussitôt repris et colporté par des parents complices de l’Agit prop’)

Soudain, le scandale ! Un gréviste a trouvé dans son casier un tract-papillon osant relier démographie, fiscalité, politique de la famille, homophilie, politique de l’emploi, désastre éducatif, exil des créateurs d’entreprise et des savants, euthanasie, retraites et immigration.

Il est signé Jérémie.

Le commissaire politique de SUD qui n’a jamais paraphé un seul des dazibaos délateurs et menaçants collés par ses troupes tombe du haut-mal devant ce "torchon non signé" et, appelant "les camarades réunis en AG spontanée" à exiger des "jaunes" la signature d’une motion de solidarité ; dénonce ceux qui s’abstiennent ou refusent de participer au "débat".

Quel débat ? Il n’y a plus aucun débat depuis longtemps. À moins que l’on appelle ainsi la palabre sur la question de savoir si la grève doit être insurrectionnelle ou légaliste. Ou si le plan Krivine est meilleur ou pire que le projet Laguillier. Ou encore les querelles byzantines entre les trois tendances de défenseurs de la retraite par répartition...

Et d’ailleurs, comment débattre quand les affiches dissidentes sont arrachées dans les minutes qui suivent leur apposition, quand les opposants qui osent prendre la parole sont physiquement menacés, quand l’AG souveraine (un des rares organismes encore souverains dans l’hexagone) désigne autoritairement sans consultation ni mandat les seuls "camarades" autorisés à être les interlocuteurs de la direction et des fédérations de parents elles même dirigées par des spécialistes de la subversion ?

Et les jeunes collègues naïfs de s’étonner : « pourquoi qu’y a pas d’AG quand Crevure est pas là ? » Il ne leur vient même pas à l’idée d’en réunir une de leur propre initiative avec les collègues présents. Sans Crevure, pas d’AG ! C’est la loi non écrite...

Exactement comme, voilà trente-cinq ans, il ne fut pas question de profiter de l’autogestion pour remettre en route les usines sans le feu vert des syndicats marxistes...

Parfois, on a l’impression de vivre du Courteline révisé par Lénine : un professionnel de l’agitation décide d’interdire l’accès de l’établissement aux non-grévistes et aux élèves.

Un non-gréviste prétend faire constater l’obstacle à la liberté du travail.

La police n’ayant pas accès aux locaux scolaires, il y faut un huissier. L’agent ministériel annonce son prix : 900 zeuros pour trois heures.

Pour réunir la somme, une sorte de réseau clandestin de non-gréviste s’organise. La discrétion s’impose ; Il s’agit de ne pas tomber dans le piège de l’adversaire en lui offrant le prétexte d’une opposition organisée.

La proposition d’afficher une liste de non-gréviste est donc refusée.

Au milieu de la bousculade et des horions, malgré les insultes, les pressions et les intimidations des regroupements se font, des informations non officielles (dette publique, cotisations fictives du bulletin de paie, retraites par capitalisation, vérité sur la retraite des députés, conditions de travail des conducteurs de TGV, etc.) circulent pourtant.

Ils n’auront pas servi à rien, les camarades...

Une collègue est traitée de "salope". Personne ne bronche. L’insulteur est un "protégé". Les autres, les non-protégés n’ont qu’à assumer.

Celle-ci essuie un crachat d’un élève "à problème" que la CPE (ex-surgé) prend dans ses bras et serre sur son coeur. Celle là a reçu du petit plomb tiré par un élève de la "section d’éducation spécialisée" (appelée désormais SEGPA, comme ça, personne ne sait de quoi il s’agit). « Punir serait de la discrimination » argumente la directrice.

Un troisième s’est assis sur une chaise barbouillée d’excrément, une quatrième a trouvé sa porte surabondamment compissée. Ça fait rire : « On va pas faire une analyse ADN pour ça... » Une autre, rouée de coup s’entend répliquer que c’est la faute à son « manque d’autorité... » Une autre encore a été enfarinée au coin d’un couloir (en attendant le goudron et les plumes).

Tout au long de l’année, ces petits faits, ces persécutions, ces agressions, ces "incivilités" ces "entorses à l’esprit citoyen" comme dit la novlangue se multiplient, trop minuscules pour susciter l’indignation générale, la mobilisation, les gros titres mais qui finissent par provoquer un état d’accablement, de stupeur, de dégoût, une sorte de haine du lieu et de sa population.

Il suffirait que l’on tienne dans chaque collège, un recueil des rapports que les profs rédigent aussi consciencieusement que vainement sur les problèmes disciplinaires quotidiens pour être édifié... On y retrouverait le même sentiment d’irréalité que procurent les statistiques officielles de la délinquance (toujours en baisse) aux habitants des cités occupées qui vivent au quotidien leur incessante inflation.

Mais quand on propose ce genre de travail, la réponse est toujours la même : « d’accord si tout le monde s’y met. »

Et l’on rêve d’un travail collectif d’information et de formation authentique. Mais comment y parvenir quand chaque opposant à la chienlit travaille dans son coin ? Les uns ignorant les autres quand il ne les anathémisent pas. Royalistes opposés par chapelles, libéraux refusant de collaborer avec les nationalistes qui méprisent les souverainistes qui se défient des identitaires. Comme si le camp d’en face, n’avait pas déclaré la guerre. Comme s’il était encore possible de gâcher notre énergie et notre temps.

Comme s’il était possible de laisser transformer en robot plus longtemps ces jeunes Français bien de chez nous (contrairement aux idées reçues) qui ressassent mécaniquement les slogans du politiquement correct et les mots d’ordre de la police de la pensée : "la grève, c’est un droit qu’est important !", trouvent suspect le prof qui ne "grève" pas et préparent, devant la télé, leur avenir de RMIste.

Seuls à résister dans ce milieu où, à 77 % l’avenir rêvé s’inscrit dans la fonction publique, les réfractaires à la contre-sélection insidieuse mise en place par l’éducation socialisée, résistants naturels, adeptes de la pensée personnelle, candidats à l’aventure, ils ambitionnent de devenir chercheurs, créateurs, chefs d’entreprise.

La plupart annoncent leur intention de "foutre le camp" dès leurs diplômes en poche. Déjà exilés en esprit, ils programment leur exode économique.

En attendant, le troisième trimestre, le fameux "trimestre décisif" a disparu, englouti dans l’eau qui coule sous les ponts et le long des grèves...

Peut-être est-ce encore un de ces acquis qui seront bientôt pérennisés ? Au point où nous en sommes.

Les gauchos nostalgiques régressifs ont levé le masque. Ils tirent leurs dernières cartouches avec l’énergie du désespoir. Jusqu’où ? Jusqu’à quelle provocation pour engrener le vieux mécanisme de la répression/mobilisation ?

Déjà, un peu partout, des actions de sabotage des examens, des flambées quasi-insurrectionnelles, des violences se manifestent.

Déjà, le gouvernement baisse pavillon en reportant à septembre, autant dire aux calendes grecques, le projet hier jugé urgentissime de décentraliser.

Déjà, les profs non-grévistes se sentent dans la peau de nouveaux harkis...

X
Sommaire - Haut de page