Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 295 du 7 juin 2003 - p. 7
Offre de service
par Claude Timmerman
Lettre ouverte à Luc Ferry, ministre de l’Educ’ Nat’

Monsieur le ministre,

Je suis au plus haut niveau un raté du système de l’instruction publique nationale, puisque j’ai déserté...

J’avais vingt ans en soixante huit... et mes souvenirs du mois de mai ne sont pas ceux de ce que l’on a abusivement appelé "la majorité" des étudiants d’alors : issue d’une famille financièrement modeste, boursier, j’étais alors en pleine période des concours !

L’image que je garde de mai 68, en dehors de la grande manif’ de la fin du mois, est celle, mi-mai, de la double haie de C.R.S. qui m’a permis à travers la rue Cujas, en zigzaguant sur mon vélomoteur entre les poubelles en feu, de rejoindre l’Institut National Agronomique dont je présentais le concours...

Car j’étais une "bête à concours".

Cela m’a conduit à l’Ecole Normale Supérieure, puis à l’agrégation... et à un doctorat que je fis en Belgique, faute de pouvoir trouver en France les maîtres qui s’intéressaient à mes idées de recherche et surtout la sérénité nécessaire.

Car si je suis une "réussite" du système scolaire français, j’en ai très vite rencontré les limites : le sectarisme, la politisation et un dogmatisme étouffant que la droite, alors au pouvoir, ne fit rien pour contrecarrer.

J’étais plein d’illusions, plein d’idéal pour la recherche... jusqu’au jour où un camarade décommanda in extremis la soirée que nous avions projetée pour passer la nuit à monter la garde au labo : il avait trop peur que ses éprouvettes en incubation soient vidées par des jaloux, chercheurs, comme lui, au C.N.R.S.

Je découvrais brusquement que la recherche, en France, n’était pas un monde d’idéal, mais un repaire de fonctionnaires politisés, envieux et étriqués.

Pas du tout l’image que je me faisais de la science !

Je m’en fut donc travailler ailleurs... avant d’abandonner définitivement une carrière beaucoup trop occupée, dans mon pays, d’impératifs syndicaux que de valeurs universitaires et de projets utiles. J’ai trop vu le papier et les photocopieuses des services de travaux dirigés gâcher en tracts imbéciles et en paperasses politiciennes les subventions destinées normalement aux polycopiés.

Plus de trente ans ont passé.

De "droite", comme de "gauche", tous les ministres de l’Education, Nationale ou non au fil du politiquement correct, se sont cassés les dents sur la réforme de ce monstre administratif qu’est l’Educ’ Nat’.

Tout a été essayé. Tout a échoué. Dans notre démocratie exemplaire, aucun élu du peuple, même originaire du sérail, n’a pu abattre l’inexpugnable forteresse dans l’état que constitue cette institution, ni les grands ténors de la gauche comme l’universitaire Jack Lang ni les vrais pros comme le chercheur Allègre, ni les politiciens retors comme Lionel Jospin.

Aujourd’hui, en dépit d’un nom brandi comme un bouclier et une caution, vous êtes confronté à la menace sans précédent, d’une grève des examens, sabotage sciemment organisé par certains enseignants de l’avenir de ceux qui sont confiés à leur magistère.

J’ai même entendu un enseignant gréviste lancer : « Les examens, c’est pas un problème. Les élèves perdront un an ? Et alors ? A leur âge ça n’a pas d’importance ! »

Où est la déontologie ? Où est le sacerdoce ?

Car l’enseignement est un sacerdoce, mais les enseignants n’y croient plus depuis longtemps, empêtrés dans leur recherche toujours insatisfaite d’avantages de plus en plus exorbitants au mépris des autres catégories professionnelles, et dans la conversion, par tous les moyens (y compris et surtout une sélection partisane), de l’élite à naître à une philosophie marxiste moribonde.

Je ne regrette pas d’avoir renoncé à une carrière dans un milieu qui fatalement m’aurait rejeté.

Aujourd’hui, l’avenir de nombreux jeunes est menacé par la vindicte de dogmatistes, payés par mes impôts et qui, non contents de faillir à leur mission, prennent leurs élèves en otage, ce qui est la pire des solution.

L’élite intellectuelle et estudiantine qui en a les moyens déserte aujourd’hui notre pays au profit des U.S.A. et de certains pays européens.

Cette situation ne peut durer pas plus qu’un système qui fabrique 20 % d’illettrés, plus qu’il n’y en avait du temps de votre oncle Jules...

Je vous propose donc, bénévolement, mon concours pour la surveillance et la correction des examens et concours.

Dans l’intérêt de nos enfants, contre l’égoïsme des nouveaux privilégiés.

Croyez, monsieur le ministre, etc.


Claude Timmerman est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et Agrégé de l’Université.
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