Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 295 du 7 juin 2003 - p. 16
Stratégie
Et maintenant, le bourbier togolais...

Au bout de 36 ans de règne et de tyrannie, le général Gnassimgbé Eyadema a perdu les élections togolaises.

Ayant pris soin de faire passer une loi imposant la présence continue des citoyens durant les douze mois précédant l’élection pour être éligible, il a interdit aux exilés qui fuient sa vindicte de se manifester.

Deux grandes figures étaient visées :

- Gilchrist Olympio, fils du premier président du Togo, Sylvanus Olympio, assassiné lors du premier coup d’état d’Eyadema il y plus de trente ans, leader emblématique de l’opposition historique ;

- Agbéyomé Kodjo, dernier premier ministre en exil, en France depuis exactement un an, pour avoir dénoncé les malversations financières de la présidence qu’il ne pouvait endiguer malgré le mandat constitutionnel dont il était dépositaire.

Mais le résultat des urnes a été sans appel : Eyadema est aujourd’hui battu, et de loin !

Reste à savoir comment la France qui le soutient à mort acceptera le changement !

Deux candidats se partagent en effet les votes massifs d’opposition :

- Bob Akitani, qui a bénéficié du soutien d’Olympio, qui incarne l’opposition traditionnelle ;

- Maurice Péré, ancien président de l’Assemblée Nationale et ami politique de Kodjo, qui bénéficie de son soutien, et qui incarne une nouvelle forme d’opposition issue directement du régime en place et qui prône une rénovation démocratique de ces structures politiques.

L’Elysée cautionne encore le trucage électoral d’un dictateur

Ces deux conceptions, loin de s’opposer, pourraient se conjuguer dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale.

Depuis le départ précipité d’agbéyomé Kodjo, l’ensemble des églises chrétiennes et en tout premier lieu l’église catholique, s’est mobilisé pour le changement derrière l’archevêque de Lomé.

Manifestations, veillées de prières, intervention du pape après la visite de Kodjo au Vatican en janvier dernier, tout à été mis en oeuvre pour mobiliser les énergies et stigmatiser cette dictature qui a fait des milliers de morts et est suspendue d’aide internationale pour atteintes réitérées aux Droits de l’Homme.

Depuis quarante huit heures l’archevêque de Lomé conduit des négociations et des arbitrages entre les deux vainqueurs Akitani et Péré en vue de l’établissement d’un gouvernement d’unité nationale.

La situation est en effet confuse quant au vainqueur réel des urnes : entre les faux bureaux de vote, les bourrages d’urnes et les procès verbaux raturés, plus personne ne s’y retrouve !

Ce qu’il y a de sûr, c’est que ces fraudes organisées à l’initiative et au bénéfice d’Eyadéma, ne lui auront pas permis de se maintenir en position d’élu.

Les décomptes donnent environ :

- 24 % pour Eyadema ;

- 30 % à 34 % pour chacun de ces deux principaux opposants Akitani et Péré.

Reste à savoir maintenant comment l’Elysée va réagir !

Une crise insurrectionnelle n’est pas à exclure qui rappellerait alors étrangement l’affaire de Côte d’Ivoire !...

Saint-Plaix
Sommaire - Haut de page