Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 295 du 7 juin 2003 - p. 19
Ca c’est Paris !
"Voici" Besson, BHL, et... Claire Chazal !

« 1 663 jours dans les coulisses [du magazine] "Voici" », ça valait assurément un livre(1) ! Celui de Jacques Colin, ancien rédacteur en chef de l’hebdo à scandales, est aussi amusant qu’instructif. Nous nous sommes vraiment délecté de son chapitre 10, « L’institutrice recalée », la dite instit’ n’étant autre que la spikeuse de TF1, Claire Chazal.

Pour la recaler, Colin a d’abord dû s’assurer le concours d’un impitoyable inspecteur d’académies : « Je ne connaissais pas Patrick Besson, je n’avais lu aucun de ses romans, je savais qu’on le traitait volontiers de "facho" et que personne ne lui avait pardonné ses positions pro-serbes. (...) Voilà qui le rendait, a priori, sympathique et fréquentable. »

L’idée de collaborer au scandaleux "Voici" plaît à Besson : « ... sa femme était pour, son amie Nicole Wiesniak - la rédactrice en chef d’Egoïste(2) - contre, car, lui avait-elle dit, "ce magazine avait brisé des vies", phrase qui l’avait encouragé, puisqu’il avait rétorqué : "Mais c’est très bien, de briser des vies." Il ponctua sa réplique d’un ricanement satisfait. »

Le 13 mars 2000, Besson signe sa première chronique "La cause du people" dans "Voici". Il y en aura assez pour faire un livre(3). Mais déjà la République des Lettres est bouleversée. Un mois plus tard, Bernard-Henri Lévy téléphone à Colin pour dénoncer Philippe Sollers, qu’il a surpris à acheter Voici « au kiosque à l’angle du boulevard Raspail et du boulevard Montparnasse ». Puis BHL en vient au fait :

- Je ne vous appelais pas pour ça, mais parce que, la semaine prochaine, c’est l’anniversaire d’Arielle, et elle n’aimerait pas figurer dans votre horoscope, vous savez, là ou vous indiquez les dates de naissance des artistes. Arielle déteste qu’on mette sa date de naissance...

Colin promet sans broncher, et sans signaler au génial "nouveau philosophe" qu’il vient de répondre à un lecteur indiscret, dans le numéro précédent de Voici, que personne ne sait si Arielle Dombasle est née en 1955 ou en 1958 !

« Besson et moi étions devenus complices, et je lui fis part d’un projet qui me tenait à coeur depuis près d’un an : envoyer le manuscrit du premier roman de Claire Chazal sous un faux titre et un faux nom aux éditeurs parisiens. »

"L’institutrice", signé Chazal chez Plon, est rebaptisé "Maîtresse d’école". On le recopie en secret, en modifiant aussi les noms des personnages. Et on l’envoie aux huit principaux éditeurs parisiens - sans oublier Plon -, le... 1er avril 2000 !

Le 15 mai, TF1 - où Mme Chazal travaille, et dont elle a épousé le patron - se prépare à diffuser l’adaptation télévisée de "L’institutrice". Le même jour, "Maîtresse d’école" a déjà récolté trois refus cinglants ; du Seuil, de Grasset et naturellement de Plon, l’éditeur consciencieux de "L’institutrice" !

Ce même 15 mai, le canular est raconté dans Voici, sous le titre « Du Plon dans l’aile », et avec cette "accroche" en couverture : « Scandaleux ! Le roman de Claire Chazal refusé par son propre éditeur. »

« Aucune télé n’en parla, mais toutes les radios s’en firent l’écho », s’étonne Colin. Pourtant, la télé s’était beaucoup amusée, et par la voix de Claire Chazal, d’un canular similaire dont la victime avait été un autre imposteur littéraire, Marguerite Duras... Faute de télé, les farceurs se contentent de fêter ça dans un restaurant de Saint-Germain, avec l’équipe de "Jalons", ainsi que d’échos dans Le Monde des livres, Der Spiegel et La Russie littéraire.

« M. Orban, le patron de Plon, était fort mécontent et le fit savoir. Et la rumeur se répandit que tout cela, c’était la faute à Besson. Qu’on se le dise - et n’y voyez aucune immodestie de ma part -, c’était juste la faute à Colin. »

Philippe Chanteloup

(1) Jacques Colin, "Voilà ! 1 663 jours dans les coulisses de "Voici", éd. Ramsay, 227 p., 16 zeuros. ISBN 2-84114-597-2.
(2) Relire leurs aventures à Riaumont, contées par Besson dans "LLJ" n° 279.
(3) Patrick Besson, "La cause du people", éd. Fayard.
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