Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 295 du 7 juin 2003 - p. 23
Nos pères
Tertullien (V)

P. de Labriolle concluait ainsi sa présentation des fidèles de Carthage : « Tout ce flot humain, oscillant et divers, Tertullien avait la prétention de le pousser, de gré ou de force, dans les chemins étroits qui étaient pour lui la seule voie permise aux chrétiens » (110). En morale, Tertullien a traité de tout ce qui était à l’ordre du jour. Il avait le projet de régler avec minutie et autorité tous les détails de la vie personnelle et communautaire. Les titres de quelques ouvrages sont éloquents : De idolatria (Un chrétien peut-il participer à la vie païenne ?) ; De cultu feminarum (conduite et vêtements de femmes) ; De oratione ; Ad martyres ; De Spectaculis. Son oeuvre polémique est représentée par son De praescriptione haereticorum. Ecrit vers 200, contre les gnostiques, Tertullien reprend l’argument de saint Irénée, la règle de foi. Après avoir traité du rapport du chrétien à la philosophie (lire Campenhausen, p.26-30), qu’il considère avec pessimisme, Tertullien aborde le rapport de l’Ecriture. Car les gnostiques se piquaient de philosophie et s’appuyaient sur l’Ecriture. Mais à qui appartiennent les Ecritures ? C’est à cette occasion qu’il va élever son argument décisif : il y a prescription (titre de l’ouvrage). C’est une notion juridique appartenant au droit romain. Tertullien rappelle une distinction quant au mode d’acquisition d’une terre ou d’une chose. Il y a l’usucapio : l’utilisation de fait (2 ans pour une terre, 1 an pour tout autre chose) devient propriété. Droit réservé aux citoyens. Et il y a praescriptio : c’est le droit d’ancienneté qui s’applique pour certains biens provinciaux où leur fréquentation n’en rend pas propriétaire. Ainsi, dit-il, de l’Ecriture Sainte. La fréquenter depuis un certain temps, comme le font les hérétiques, ne les rend pas propriétaires. De même que l’on sait à qui appartiennent les Ecritures : à la Succession apostolique, par tradition ; à l’Eglise catholique. On ne peut donc ni les interpréter librement, encore moins les mutiler.

Adversus Marcionem : le débat est capital, puisqu’il s’agit de l’unité des Ecritures. Marcion opposait l’Ancien Testament au Nouveau. Tertullien va démontrer l’unité de la Révélation.

Abbé Guy-Marie
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