Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 296 du 19 juin 2003 - p. 13
A lire avec modération...
par Nicolas Bonnal
Traité d’économie vampirique

Nous sommes devenus obsédés par l’économie. L’économie c’est du concret. Tellement concret que plus personne ne produit rien ou presque.

Ce que l’on appelle la mondialisation c’est la sinisation. En France nous connaissons : cinq restaurants chinois à Paris en 1950, quatre mille aujourd’hui. La Chine, qui n’existait pas il y a un demi-siècle, représente aujourd’hui 60 % de la croissance du commerce mondial, 15 % de la croissance mondiale.

Un milliard de Chinois vivent dans la peste communiste, cent millions travaillent beaucoup et pour pas cher dans les usines, les hangars et même les bagnes du choléra capitaliste.

En essayant de ne pas attraper le SRAS.

En Hexagonie narbonnoïde, où l’on vit pour manger, faire caca et toucher des subventions, l’Etat entretient cinquante millions de mendiants ingrats au détriment d’une dizaine de millions de travailleurs aux prises avec l’économie de marché. L’économie, le travail deviennent fantômes. J’avais décrit ailleurs ce processus de liquéfaction du monde, d’alchimifaction de ce qui était jadis la production de biens et de services.

Ce qu’on appelait hier un paysan, c’est aujourd’hui un type qui pollue la nappe phréatique pour toucher des subventions.

Ce qu’on appelait un ouvrier est devenu un robot ou un transporteur routier.

Que s’est-il passé en une génération ?

Je vois dans un bistrot espagnol un gosse obèse qui joue avec ses dinosaures en regardant une série monstrueuse à la télé. On est loin du foetus mutant prophétisé par 2001, Odyssée de l’espace.

La montagne du progrès a accouché d’un rongeur gras qui se goinfre d’images en s’emmerdant la totalité de son temps. Son ancêtre partait avec Colomb en Amérique ; lui la regarde, l’Amérique, à la télé en fabriquant son cancer du colon.

Tout est dit sur l’économie moderne : une métaphysique de l’obésité. Qui repose sur trente mille milliards de dollars de dettes. Tel est le chiffre de la dette mondiale, publique et privée. C’est comme cela qu’on finance les autoroutes et les clapiers où l’on entasse les pacsés, les yuppies, les 101 Maliens et le reste.

La technologie est la voie de l’abstraction, la gnose appliquée à l’économie. L’altération de la matière.

Nous vivons dans les effets spéciaux : Matrix, film satanique, nous a rechargés (reloaded) de sa merde numérique. Il consacre un Mordor nègre et festif vêtu d’une lévite et que les Washowski ont l’infernal culot de nommer Zion. Matrix, donc, a fait 57 % des entrées en Allemagne, 70 % en Espagne, 56 % au pays de Tolkien. On est comme le gosse aux dinosaures : jamais assez gavé.

Qui a dit que nous détestions l’Amérique ? C’est elle notre matrice. Matrix c’est l’Amérique. L’Amérique ne produit rien que des armes et de la monnaie.

L’Amérique c’est le Hardware ou plutôt la hard war.

Elle casse la gueule aux pays arabes qui voulaient se faire payer leur pétrole en euros, elle visite Auschwitz quand elle vient en Europe, elle copie nos vieilles cités à Las Vegas, elle pille le musée de Baghdad, et elle exporte son chômage en faisant baisser son dollar avec de l’argent qui n’existe pas.

Il est là tout entier le génie de Soros : avoir fait fortune avec de l’argent qui n’existe pas. A ce stade, l’alchimie est dépassée, Nicolas Flamel est enfoncé.

Comme tous les empires, l’Amérique exporte des images. Elle nous captive, elle nous fascine. C’est ça ou Patrice Chéreau, on n’a plus trop le choix.

Et le monde retient son souffle quand l’indice de l’obésité, celui des consommateurs de Michigan, remonte comme un os de poulet dans le gosier.

L’Amérique est sérieuse. L’Amérique ne prend pas de vacances.

On voudrait tout dire en une phrase : la capitalisation boursière de Harley Davidson, fabricant de milliers de motos, est supérieure à celle de Renault, fabricant de millions de voitures et de camions. Le secret de la réussite américaine est là et pas ailleurs.

Les analystes financiers de Wall Street et de Londres ne cessent de déclasser les entreprises européennes pour les racheter à bon compte et se constituer ainsi les moyens d’avoir la moitié de la capitalisation boursière mondiale.

Le Nikkei japonais a été fracassé. Le nouveau marché a baissé en France de 95 % en quatre ans, le CAC de 70 % ; pour le Dow Jones la baisse fut de 20 %, pour le NASDAQ de 60 %. Et ce alors que l’Etasunie (je propose ce néologisme orwellien pour en finir) connaît un déficit commercial de 500 milliards de dollars par an, un déficit budgétaire d’autant et que son système ne tient plus que par l’immobilier.

La folie immobilière qui dégénère permet de surcoter des logements qui, aussitôt hypothéqués, servent à emprunter plus pour consommer plus. L’Etasunie n’a pas à produire, l’Etasunie n’a qu’à consommer et garantir le bluff planétaire mis au jour à Bretton Woods puis par Nixon : le dollar est une matière première qui vaut plus que l’or.

L’Etasunie fabrique du dollar, le monde fabrique le reste pour la bourrer, la rendre un peu plus obèse. C’est le gavage de l’Illinois, aurait dit Jules Verne.

Elle se rattrape en agitant des symboles, comme disait Robert Reich, secrétaire du travail de Clinton. Les manipulateurs de symboles, c’est les types de la Bourse, les avocats, les publicitaires, les poubellicitaires, les journaleux évolués. Ce sont les kabbalistes nouveaux, les magiciens, les Klingsor, bref, les vampires des temps post-modernes. Ils achèvent de retirer au monde le peu de réalité qui lui restait et engendrent un système économique et financier, la matrice, qui aurait fait se tordre de rire le premier épicier venu.

Mais les épiciers ont disparu. Ils ont laissé la place aux grandes surfaces.

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