Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 296 du 19 juin 2003 - p. 16
Stratégie
Séisme d’Alger : la France sinistrée

« Si vous voulez manifester, faites-le et vous verrez ce qui vous attend ! » C’est l’incroyable réponse que le ministre de l’intérieur a faite à des citoyens qui s’étaient portés au devant de lui lors d’une visite en province pour l’interpeller : « Faut-il qu’on en arrive aux émeutes pour que vous daigniez nous entendre ? »

Ayant répondu par cette menace sans fard, le ministre a précisé qu’il n’hésiterait pas à faire intervenir les forces de l’ordre au cas où les citoyens exprimeraient leur colère dans la rue.

Le lecteur l’aura compris : ce n’est pas en France que cette scène s’est déroulée. Le ministre de l’intérieur n’était pas Sarkozy mais son homologue algérien Zerhouni, et les manifestants ne protestaient pas contre la réforme des retraites mais contre l’absence de toute intervention de l’Etat en faveur des sinistrés du tremblement de terre en Algérie.

Interrogé par une délégation des habitants de Bordj El Kiffan, petite localité proche d’Alger, sur l’incurie des services de l’Etat face à un sinistre qui a rasé la petite cité et tué trente-sept de ses résidents, le ministre a, selon le quotidien Le Matin, coupé court à toute revendication : « Vous n’aurez ni tentes ni aucune autre aide ! Vous n’avez qu’à vous débrouiller. » Et comme un membre de la délégation s’indignait que le wali de la willaya (administrateur local) ait attendu cinq jours après la catastrophe pour rendre visite aux sinistrés (peut-être était-il, comme le maire d’Alger lors de l’inondation de Bab-el-Oued en mai 2001, parti en France toucher le RMI...), le ministre a répliqué : « A quoi aurait-il servi qu’il vienne ici ? Il avait sûrement mieux à faire ailleurs... »

En fait, la gestion des suites du sinistre a été évidemment inspirée par le souci, pour la mafia militaro-politique qui règne sur l’Algérie, de ne laisser échapper aucune occasion de faire main basse sur l’aide internationale estimée à deux milliards d’euros.

Des mesures ahurissantes ont donc été prises : les associations et organisations humanitaires se sont vu interdire la collecte et la distribution directe des aides en matériel, tentes et nourriture. Tout doit impérativement passer par un organisme central contrôlé par la mafia étatique : la Safex. Les Algériens qui osent outrepasser cet oukase sont passibles de la prison.

Bien entendu, la Safex est incapable de faire face à cette charge à laquelle rien ne l’avait préparée et les détournements, vols, dérivations en direction du marché noir se multiplient.

Autre interdit : la distribution des tentes. L’Etat mafieux a en effet décidé de profiter de la catastrophe pour en finir avec l’urbanisation anarchique née de quarante ans d’incurie, de corruption et d’exode rural. Il faut donc obliger les populations sinistrées à déguerpir et, pour cela, empêcher toute installation provisoire.

On dira que tout cela ne regarde pas les Français qui ont été chassés voilà quarante ans de cette terre qu’ils avaient arrachée à l’arriération et à la misère. Erreur : cela nous regarde plus que jamais.

D’abord, parce Chirac a déjà fait envoyer à son ami Bouteflika cinquante millions d’euros pris dans les poches des contribuables français et qui seront, bien entendu, volés par la mafia gouvernementale.

Ensuite, parce que cette catastrophe, qui, par exemple, a détruit à peu près totalement les écoles, collèges et lycées de la région d’Alger, va provoquer une inflation de l’exode des jeunes Algériens, c’est-à-dire une nouvelle vague d’immigration en France.

Enfin, parce que la seule résistance organisée à l’Etat mafieux semble être celle des organisations islamistes, ce qui, dans la perspective des élections de 2004, permet de prévoir une nouvelle poussée politique de l’islam fondamentaliste en Algérie. Avec deux conséquences : plus d’argent pour les mosquées clandestines en France et plus encore d’immigrés illégaux réclamant le bénéfice du statut de réfugié politique en arguant de la menace que les islamistes font peser sur les progressistes laïcs.

Le Libre Journal
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