Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 297 du 28 juin 2003 - p. 7
Traditions
par Michel de L’Hyerres
Pourquoi deux pèlerinages ? (I)

Chacun a pu suivre(1) de près ou de loin l’étrange aventure de ces deux pèlerinages identiques, qui se déroulent en même temps, à la Pentecôte, entre Paris et Chartres mais dans un sens opposé.

En tant que fidèle de la Fraternité Saint-Pie X, je participe, chaque année, au nôtre qui, partant de Chartres, devant la cathédrale, s’achève sur la pente du magnifique... et malcommode square Wilette, au pied de la basilique du Sacré-Coeur avec l’interdiction de pénétrer aussi bien dans l’une que dans l’autre nef !

Si l’agenouillement sur cette forte pente représente une pénitence supplémentaire, une gymnastique douloureuse pour les pèlerins fourbus par trois jours de marche sur plus de cent kilomètres, le site exceptionnel, la vue splendide sur Paris, constitue un cadeau du Ciel, une récompense méritée avec en prime, cette année, un beau soleil pas trop ardent.

L’idée m’est venue, cette fois-ci, d’aller y voir plus clair pour tenter de mieux comprendre pourquoi deux pèlerinages qui chantent les mêmes cantiques, récitent les mêmes prières, portent des bannières semblables et surtout célèbrent la même messe, celle de Saint-Pie V, le premier, celui de la Fraternité Saint-Pie X est ostracisé et le second admis dans les deux sanctuaires !

Car, bien que les deux organisations soient maintenant séparées, elles ont tout de même connu une naissance et une pratique communes à partir de la Pentecôte 1983 jusqu’en 1988, ce que nous allons maintenant examiner.

Si l’invention du Pèlerinage a germé dans l’esprit de Rémi Fontaine de Présent, on peu affirmer qu’elle était en gestation depuis la première « Journée d’Amitié Française » organisée par le « Centre Charlier » de Bernard Antony le 30 novembre 1980 à la Mutualité de Paris, suite d’une idée de Jean Madiran : la fondation véritable du premier Pèlerinage fut ensuite décidée au cours d’une « Université d’été » du même « Centre Charlier » en juillet 1982 et réalisée l’année suivante sous la direction générale de Max Champoiseau et l’aumônerie de l’abbé Pozetto, prêtre, à l’époque, de la Fraternité Saint-Pie X.

Le Pèlerinage se développait magnifiquement dans le rite traditionnel dans les mêmes temps où l’implantation progressive de la nouvelle messe dite de Paul VI, dans l’église conciliaire, attisait les résistances dont celle bien connue de Mgr Lefebvre déjà fondateur en 1969 à Frogourg en Suisse de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

Mais le 11 juin 1988, au Séminaire de Flavigny, cette même Fraternité condamne à la fois le Pèlerinage de Chartres, le Centre Charlier, Chrétienté-Solidarité et Bernard Antony lui-même : c’est la rupture qui va s’aggraver avec le sacre historique des quatre évêques par Mgr Lefebvre à Ecône le 30 juin déterminant le Vatican à promulguer un décret d’excommunication concernant tout l’état-major de la Fraternité...

D’où, dès l’année suivante, en 1989, la création d’un second Pèlerinage propre à la Fraternité Saint-Pie X.

Pour comprendre, en tant que lefebvriste, l’autre partie, il me fallait impérativement, rendre une visite à Bernard Antony au « Centre Charlier », curieusement tout proche de Saint-Nicolas du Chardonnet, ce que je fis ce mardi 17 juin.

L’entretien que voulut bien m’accorder cette personne de qualité exceptionnelle suivi le jour même de celui avec Alain Brossier, directeur des pèlerins à « Pèlerinage de Chrétienté » allaient me permettre, sauf erreur, de saisir les raisons de l’existence des deux pèlerinages, à la fois rivaux par les appareils et comparables par leur rigueur traditionnelle.

Car voici, à mon sens, la cause d’une rivalité du reste toute relative compte tenu des liens d’amitié personnelle multiples qui persistent entre les deux camps : c’est que le « Pèlerinage de Tradition » des Saint-Pie X est gouverné par un clergé soucieux de son autorité et que le « Pèlerinage de Chrétienté » est régi par des civils, des laïcs qui entendent, en tant que tels, agir hors tutelle ecclésiastique, selon un « bon plaisir » qui se confond avec leur foi catholique et leur militantisme social ou carrément politique comme celui de Bernard Antony.

Il semble donc que les sacres d’Ecône de 1988 n’aient en fait que servi de prétexte à une rupture déjà latente entre deux hégémonies tout aussi légitimes l’une que l’autre : l’ecclésiale et la laïque.

Et toutes deux servent aussi bien la gloire de Dieu que le salut de la France.

(A suivre)


(1) Voir "LLJ" n° 296.
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