Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 297 du 28 juin 2003 - p. 20
C’est à lire
Paris politiquement incorrect

Fidèle de Jean Nouyrigat, amateur de bonnes et belles choses, inlassable piéton de Paris, bibliomane invétéré, Jean Rimeze est un de ces érudits délicieux et trop rares que notre époque n’a pas muré dans un silence désespéré. Les connaisseurs savourent ses poèmes qui lui ont valu le Prix Jean Cocteau ou le Prix José-Maria de Heredia décerné par l’Académie française et goûtent son humour si parisien et même, confesse-t-il volontiers, « réactionnaire ».

C’est donc en voisin, en confrère, en ami qu’il a consacré son dernier livre à quelques auteurs, poètes, romanciers (voire pire...) qu’il qualifie de « dix-septièmistes » parce qu’ils ont fréquenté, à un moment de leur existence ou dans un recoin de leur oeuvre, cet arrondissement qui est un monde à lui seul puisqu’il va des savanes de la Porte de Saint-Ouen aux terres aurifères de l’Etoile et du très moderne Palais des congrès aux pentes de la très traditionnelle Butte Monceau.

De Edmond About, le premier des écrivains... « par ordre alphabétique », à Emile Zola qui suppliait ses amis journalistes de l’ « éreinter dans leurs critiques », en passant par Marcel Pagnol (qu’on ne savait pas si parisien) et Alfred Dreyfus (qu’on ignorait écrivain), Jean Rimeze passe d’une anecdote à un portrait, d’une citation à deux lignes de critiques dictées par un goût très sûr.

Le tout avec une légèreté, une insolence qui ne cessent de baigner ces pages charmantes et pleines d’affection. Henri Becque se voit baptiser « le héros poissard » pour sa mort bien vexante : « Un soir d’avril, il se couche, mâchonnant son éternel cigare. Le cigare tombe et met le feu à la chambre. Il se réveille, va alerter les pompiers, prend froid et meurt d’une fluxion de poitrine... »

Plus loin, c’est Léon Frappié qui, rappelle non sans malice Jean Rimeze, s’éteignit Avenue de Clichy « anarchiste et commandeur de la Légion d’honneur ».

Ainsi, bondissant de Colette à Paul d’Ivoi, de Dumas fils à Locroy (le gendre de Totor), Rimeze les salue au passage d’un titre souvent judicieux, de deux anecdotes et d’une brève impression critique. C’est léger, primesautier, érudit et toujours dit d’une plume élégante.

Et puis c’est libre.

Si libre que ce joli livre est boudé par les sectateurs du politiquement correct.

Toujours prête à se servir en servant son image, une élue-battue du XVIIe, Madame de Panafieu, fille du ministre Missoffe, avait demandé à écrire la préface de ce livre. Jean Dutourd, qui avait manifesté la même intention, s’étant galamment effacé, Rimeze fit porter son manuscrit à la dame.

Elle y lut ces lignes : « Les insanes rivalités politiques empêcheront longtemps le désir d’objectivité qui devrait être celui de tout amateur de la chose écrite et jamais certains maudits des lettres ne seront reconnus. [...] Céline [...] n’aura jamais sa rue à Clichy, à Paris, ni même à Meudon. Ni Charles Maurras [...] à Martigues [...]. Ni Robert Brasillach [...] à Perpignan. La France littéraire porte une croix sur sa période noire... »

Rimeze n’entendit plus jamais parler de Panaf’ ni de préface. Aujourd’hui, un obscur adjoint chargé de la dame à la mairie du XVIIe prétend décider « en temps et en heure » si l’ouvrage de Jean Rimeze, habitant du XVIIe et écrivant sur les écrivains du XVIIe, a sa place dans une journée du livre dans le XVIIe.

Il faut dire que ce Risac n’est pas à une incohérence près puisque dans le civil il est à la fois directeur de la communication du Groupe Pernod-Ricard et président de l’association Entreprise & Prévention qui affiche l’ambition de participer à la lutte contre la consommation excessive d’alcool...

Valentin le Désossé critique littéraire. Un personnage qui manquait à la galerie de Rimeze.

Serge de Beketch

« Poètes et écrivains du XVIIe arrondissement de Paris » par Jean Rimeze. Presses de Valmy. 20 teuros. ISBN 2-910733-91-2
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