Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 297 du 28 juin 2003 - p. 21
C’est à lire
A lire comme on soupe avec le diable

Curieux livre qui se veut une reconstitution historique des événements qui agitèrent l’Europe sous le pontificat de S.S. Innocent XI, Benedetto Odescalchi.

L’histoire se déroule dans une auberge de Rome en 1683. La peste ravage la ville et les protagonistes se retrouvent enfermés, en quarantaine, durant une dizaine de jours.

On trouve là, outre la famille de l’aubergiste et le commis qui racontera l’histoire présentée comme ses mémoires, deux voyageurs anglais vaguement espions, un abbé, castrat célèbre, connu pour ses activités diplomatiques occultes à la cour de France, une courtisane, et divers personnages annexes.

Ce huit clos est le prélude, sur fond d’assassinats, à une évocation des grands problèmes politiques du temps et en premier lieu le sort de Vienne assiégée par les Turcs.

L’intrigue fort bien nouée n’a pourtant qu’un but fort habilement amené par les auteurs : mettre en lumière le rôle de la famille Odescalchi, en particulier Carlo et le pape Benedetto.

Il en ressort en effet que la famille Odescalchi a joué de son influence pour assurer à son unique profit le financement de la famille d’Orange.

Ainsi, les auteurs qui ont travaillé dix ans dans les fonds d’archives, avancent la thèse selon laquelle pour asseoir sa puissance propre et celle de sa famille, le pape Innocent XI n’aurait pas hésité à financer les guerres du protestant Guillaume d’Orange contre les monarchies catholiques, à commencer par la France de Louis XIV...

Question évidemment gênante !

Or elle n’est pas présentée comme un fait historique du rôle politique de l’Eglise au XVIIe siècle, mais bien comme le prélude à une repentance nécessaire !

Certes, tout est en demie teinte, mais les dernières lignes de l’addendum qui closent ce monumental pavé de 650 pages, au demeurant bien mené, bien documenté et plutôt attrayant sont sans équivoque :

« Dans le sillon lumineux que Jean-Paul II a tracé lorsqu’il n’a pas hésité, il y a quarante ans, à reconnaître les graves erreurs que l’Eglise avait commises, et à en demander pardon, on accomplirait un pas en arrière en occultant, voire en récompensant les déviations et les zones d’ombres qui ont constellé l’oeuvre terrestre du pape Benedetto Odescalchi.

L’heure est peut-être venue de solder également ce compte. »

Peu de lecteurs iront bien entendu jusqu’au bout des notes pour lire ce texte !

Voilà donc comment un roman historique haut en couleur n’a été conçu que dans un but : affaiblir la crédibilité de l’Eglise catholique en tant qu’institution, sous couvert de recherches historiques, en mettent en relief un certain dérapage savamment mis en scène, un certain décalage entre des intérêts financiers et politiques particuliers de certains de ses dignitaires, et les intérêts propres de la mission apostolique de l’Eglise !

Un plan machiavélique pleinement réussi !

On ne sera pas étonné d’apprendre que Rita Monaldi est spécialiste de l’histoire des religions, (son acolyte, lui, n’est que musicologue) : avant que le "fait religieux" n’ait fait des ravages dans l’enseignement, il a déjà pollué la littérature !

Un livre à lire comme on soupe avec le diable : avec une grande cuillère...

Saint-Plaix

Imprimatur. Monaldi et Sorti. J C Lattès.
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