Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 297 du 28 juin 2003 - p. 23
Souvenir
Il y a cinq ans, Jean-Marc Loro...

Le 3 juillet 1998, nous nous préparions à descendre à Perpignan où Jean-Marc Loro avait été hospitalisé à la suite d’une chute dans sa maison de Monbolo. Il s’était, croyait-on, brisé une côte, blessure apparemment bénigne, mais, la veille, au téléphone, j’avais été épouvanté par la voix de Jean-Marc. Habituellement voilée, ce n’était ce jour-là qu’un filet à peine audible.

Il m’avait dit que tout allait bien mais qu’il serait cependant content de nous voir et, comprenant que la chose était grave, nous avions décidé de faire le voyage.

Avant de partir je décrochai le téléphone pour lui annoncer notre arrivée.

- Vous êtes de la famille ? Le ton de l’employée rendait toute question inutile. On me passa Nathalie, la fille de Jean-Marc qui m’annonça que son père avait rendu l’âme. Sa blessure ayant provoqué l’évolution foudroyante d’une hépatite C contractée lors d’une précédente intervention. Cinq ans après, nous ne sommes pas remis de cette perte brutale. La présence, la gentillesse, la simple élégance et le talent de Jean-Marc nous manquent toujours autant.

Tous les ans, nous allons lui rendre visite dans son petit village haut perché des Pyrénées-Orientales où il repose dans le minuscule cimetière mussé contre l’église millénaire.

Amoureux de son village, ce prince de bohème y avait accepté, chose étonnante pour tous ses amis, un siège de conseiller municipal. Il avait créé d’abord un des plus jolis jardins botaniques de la région puis un étonnant jardin minéralogique et enfin une halte superbement équipée pour les promeneurs.

Plus étonnant encore, bien qu’élevé dans la religion réformée, Jean-Marc conduisait chaque année la fameuse procession de la Roudille qui, en accomplissement d’un voeu fait par les habitants de Monbolo lors d’un orage terrifiant, porte, chaque année par des chemins muletiers, l’offrande d’une longue chandelle de cire à saints Abdon et Sénin, protecteurs d’Arles-sur-Tech et dispensateurs de la fameuse eau miraculeuse.

Jean-Marc s’était aussi profondément attaché à la magnifique église fortifiée de Monbolo et chercha jusqu’à son dernier souffle à lui redonner vie en y installant un prêtre à demeure.

Il voulait un prêtre de la Tradition, ce qui ne permit pas à son projet d’aboutir.

A sa mère, à son père qui lui avait légué un magnifique talent d’aquarelliste, à ses frères et soeurs, à ses enfants et petits-enfants nous redisons toute notre amitié et notre union de prière.

Danièle et Serge de Beketch
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