Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 298 du 9 juillet 2003 - pp. 8 et 9
Notes sans grande portée
Journal de François Brigneau

Le marécage aux folles - Samedi 22 juin. Paris, c’est le marécage aux folles. De la place d’Italie à la République, une centaine d’associations de lesbiennes, gais, "bi" et transexuels organise une "Marche des fiertés" (sic). De quelles "fiertés" peut s’enorgueillir cette cohue d’exhibitionnistes de la jaquette et du tire-bouton, je l’ignore, et les prospectus distribués aux badauds ne l’expliquent pas. Mais le mot plaît beaucoup. Il attire. C’est évident. Ils sont entre 500 000 (selon la police des moeurs) et 700 000 (selon les organisateurs de ce pince-fesses géant) à tortiller du baba au son des mirlitons. Du haut de leurs chars, ils lancent des capotes anglaises comme on lance des fleurs, à Nice, pendant le Carnaval. Ils improvisent des mélopées bizarres, sur l’air de "Tu avances, tu recules, comment veux-tu que l’on simule ?". Entre 500 et 700 000 fiers et fières-à-bras de sexe indéterminé et fluctuant, c’est énorme, et ce serait plus énorme encore si les lesbiennes, les gais, les transexuels réussissaient à se reproduire entre eux, comme les escargots. Ce n’est pas le cas, merci mon Dieu.

Une pareille mobilisation des énergies françaises ne peut échapper à la convoitise des professionnels de la République. On les classe en trois catégories : les politocards, les politiciens et les hommes politiques. Tous sont possédés par le démon électoral, mais les plus possédés des possédés sont les politiciens. Le soir même du scrutin, ils ne pensent plus qu’au suivant. La chasse aux voix ne connaît jamais de fermeture pour eux. Sur tous les terrains, pour tous les gibiers, elle est toujours ouverte. La défense de nos valeurs l’exige. Le bon fonctionnement de la Démocratie l’impose. Aux urnes, citoyens ! 700 000 lesbiennes, gais, bi et trans point com, qui défilent à Paris, font deux ou trois fois plus d’électeurs en état de marche. Comment abandonner à ses seules pulsions clitoridiennes et anales un pareil vivier ?

D’autant qu’aux votes directs, il convient d’ajouter les votes indirects, obtenus par l’action du lobby homosexuel. Sans atteindre encore la puissance du lobby juif, auquel il n’est pas sans ressembler, le lobby homosexuel a obtenu ces dernières années des résultats époustouflants. Ses groupes de pression et d’influence sont redoutables. De plus en plus nombreuses, ses associations sont d’une grande vitalité. Elles quadrillent toute le société. La plus importante est l’"Inter LGBT" (lesbiennes, gais, bi, trans). A côté des "Gais Randonneurs nantais" qui, à huit jours du départ du Tour, donnent une image particulièrement heureuse de la pédale, on découvre avec intérêt David et Jonathan "Pour un accueil chrétien des lesbiennes et des gais", suivi du "Groupe gay et lesbien des Juifs de France". Le rapprochement judéo-chrétien par l’homosexualité, le Saint Père n’avait pas pensé à ça.

Organisée ou bordelique, cette prolifération peut peser d’un poids très lourd dans les balances électorales. Les politiciens qui négligeraient les lesbiennes, les gais, les bi et les trans, seraient considérés comme des traîtres et traités comme tels par leurs partis. Il ne semble pas que cette éventualité soit à craindre. La "Marche des fiertés" est conduite par un ancien politicard devenu un politicien de premier plan. Membre influent du PS, candidat à la candidature socialiste lors de la prochaine présidentielle, élu maire de Paris, après avoir dribblé Strauss-Kahn, planté Jack Lang et battu Tiberi, le maire sortant, voici que s’avance, resplendissant comme un soleil, Bertand Delanoë.

Madame ou monsieur ? - Soyons honnête et juste. Delanoë n’est pas là seulement ès-qualité, en mission pré-électorale, pour la retape des voix lesbiennes et gaies, une sébille en forme d’urne à la main : "A votre bon coeur, messieurs-dames...", il est là aussi, et peut-être d’abord, en son nom personnel en qualité de gai, ce qui ne doit pas être drôle tous les jours, en tant qu’homo engagé et déclaré. C’est ce qui m’a retenu d’écrire "Monsieur Bertrand Delanoë".

Le maire de Paris n’a pas dissimulé son anomalie sexuelle. Il n’a pas caché aux électeurs - et c’est tout à son honneur - qu’il était un homosexuel au foyer, vivant en concubinage avec un autre homosexuel. Mais il n’a pas cru devoir préciser qui, dans cette union, est monsieur et qui est madame. D’où mon embarras. Sitôt rentré à la casa, si Delanoë troque son paletot pour un corsage et remplace son pantalon par un cotillon, il m’est difficile de lui donner du monsieur. Ce serait risquer de l’offenser. Mais s’il conserve son complet deux pièces, je ne peux l’appeler madame. Il pourrait se sentir blessé.

Il n’est pas impossible qu’il soit les deux alternativement, un homobisexuel, en quelque sorte. Cela s’est vu. Dans ce domaine, rien n’est simple. J’imagine déjà le parti qu’aurait pu en tirer Marcel Aymé : « Il y avait une fois, rue de la Poupée-qui-tousse, un couple nommé Martin qui changeait de sexe tous les jours. A minuit pétant, l’homme devenait la femme et la femme devenait l’homme. Cette ambivalence mettait de la variété dans les rapports, mais se faisait exténuante quand revenait le printemps (une fois par an). » Etc...

Marcel Aymé aurait déduit des conséquences énormes, mais logiques, de cette situation. Nous aurions trouvé beaucoup de plaisir à les lire. Mon problème n’est pas résolu pour autant. Madame ou monsieur ? Monsieur ou madame ? Dans l’expectative je continuerai donc d’appeler Delanoë Delanoë.

L’attitude vaut pour Jean-Luc Roméro. Ce dernier brille aussi dans la "Marche des fiertés" lesbiennes, gaies, bi et trans. Secrétaire national de l’UMP, il y représente son président : M. Juppé. Actuellement M. Juppé est très pris par son procès. Il redoute les retombées de l’histoire Bové sur son affaire. Certes entre le maïs transgénique et les emplois fictifs les similitudes ne sont pas aveuglantes, mais les venimeux excellent dans l’amalgame. Depuis les machinations toulousaines, la magistrature, d’une sensibilité frémissante, en veut à tout le monde, même à ses sabots. En déléguant, M. Juppé assure la communauté homolesbo de son soutien sans se donner en spectacle et prêter aux commentaires fielleux. On n’est jamais trop prudent. Donc pas de Juppé, mais Roméro.

Le choix est judicieux. Jean-Luc a dix ans de "Gay Pride" derrière lui. Ce n’est pas rien. Il a déjà beaucoup donné. Quand son homosexualité fut connue, il était conseiller municipal de Bobigny. Il lui fallut s’éloigner. Ce fut un déchirement. Heureusement les mentalités ont évolué. Il le raconte à Angélique Négroni :

« On (l’UMP) tend la main aux associations homosexuelles. La droite parfois était en décalage avec les aspirations des Français, mais aujourd’hui on est là. C’est le signe que notre parti a changé(1). »

J’ignorais que les « aspirations des Français » étaient de voir l’homosexualité reconnue d’utilité publique, bénéficiant des allocs sexuelles et couverte par la Sécul. Si Jean-Luc Roméro le dit, c’est que ce doit être vrai. Il s’y connaît. Ce qui compte au demeurant c’est que, comme Delanoë, il soit là aussi à titre personnel, pour être avec ses pairs et maires, au coude à coude avec les siens, les lesbiennes, les gais, les bi et les trans, solidaire dans la fiesta comme dans l’opprobre.

La marche de la mort - Il n’en va pas de même pour les autres politiciens également présents. Ni Mme Voynet, ni M. Jack Lang, ni M. Fabius n’ont fait état de leur homosexualité - à ma connaissance, tout au moins. Ils ne participent au bastringue qu’en qualité de personnages représentatifs de la politique française. Tous les trois furent ministres, M. Fabius fut même Premier ministre. Ils descendent du pouvoir, et aspirent à remonter au mât de cocagne le plus vite possible. Mme Voynet représente les Verts, dont elle fut longtemps la secrétaire générale, péremptoire, mais mal entendue. M. Fabius, en route, espère-t-il, pour l’Elysée, est le n° 2 du PS où M. Lang est un électron libre, parfois opposé au noyau, mais toujours important, parce que médiatique. Leur adhésion à cette manifestation où l’exhibitionnisme, le prosélytisme et la revendication hystériques se mêlent au tragique et au grotesque, ne s’explique pas par une forme de fidélité à leur comportement sexuel. Ils sont là par la politique et pour la politique. Ce qui me paraît accablant.

Chacun des individus que nous sommes peut réagir à l’homosexualité, anomalie vieille comme le monde, selon sa nature, son tempérament, ses convictions religieuses ou philosophiques, ses humeurs, le moment et les circonstances. Il y en a qui condamnent en bloc. Il y en a qui essayent de comprendre. Certains expriment un rejet violent, accompagné de moqueries et de mépris. D’autres montrent de la compassion et de la pitié. Il y en a aussi qui admirent. Nuances... Les hommes distinguent souvent l’homosexualité masculine et féminine. La première leur répugne. Le seconde, hé... hé... J’entends parfois dire : « Les homos c’est comme les Juifs. A l’unité ils sont drôles, vifs, intelligents, subtils, charmants. En groupe ils sont insupportables. » Ce sont là des opinions privées qui varient, changent et passent...

Mais la politique ne procède pas du privé. « La politique, c’est le salut public, disait Maurras... C’est l’intérêt supérieur de la ville, de la cité, de la patrie... C’est la science et l’art de la vie. »

La vie ! Tout est dit. Le premier rôle de la politique est d’organiser la société pour que la vie puisse se transmettre normalement selon la loi naturelle.

En conséquence le premier devoir des hommes politiques est de veiller au bon fonctionnement de la transmission de la vie. Il est donc obligé de se heurter à l’homosexualité car l’homosexualité, c’est la mort. La mort ! C’est aussi simple et terrible que cela.

Un couple homosexuel brise la chaîne de la vie. Il ne peut la donner. Il ne peut la transmettre. Quand il s’arrête, tout s’arrête. Une espèce dont les membres deviendraient homosexuels est une espèce condamnée à mourir. Une société où la croissance des homosexuels est assurée par la mode, la licence, la publicité, l’imitation et la démission des pouvoirs publics, est une société en voie de disparition. Plus de pères, plus de mères, plus de familles, plus de berceaux : la mort.

La "Marche des fiertés" lesbiennes, gaies, bi et trans, qui travaille à la prolifération de l’homosexualité est une marche de mort. En y participant Mme Voynet, M. Fabius et M. Lang ne trahissent pas leurs partis racoleurs de suffrages, mais ils trahissent la Politique dans ce qu’elle a de plus noble. Il trahissent la plus haute mission de l’homme politique qui est de protéger la vie. Les électeurs vivants feraient bien de s’en aviser, eux dont la retraite doit être payée par les enfants. M. Raffarin serait bien avisé d’y penser aussi. Il reçoit ce mois-ci les représentants de la communauté homosexuelle qui viennent lui demander des assurances. Sur quoi ? Sur la mort ? Le "non" de la Corse française devrait rendre M. Raffarin plus sensible aux "aspirations" réelles des Français.

François Brigneau

(1Le Figaro. 30 juin 2003, page 10.
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