Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 298 du 9 juillet 2003 - p. 12
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Démence routière

Sarkozy n’a pas eu de mots assez durs pour stigmatiser la mère de famille écervelée qui, en composant un message sur son portable alors qu’elle était au volant, a perdu le contrôle de son véhicule, tuant deux policiers et en blessant grièvement deux autres. Cet acte "criminel", a déclaré le ministre de l’intérieur, est parfaitement emblématique de la violence routière.

C’est vrai, encore qu’il paraisse évident qu’à ce niveau de stupidité criminelle, c’est moins la violence routière que l’absence de toute procédure de contrôle préalable des capacités intellectuelles des candidats au permis de conduire qui semble être en cause.

Et puis, on ne se souvient pas d’avoir entendu Sarkozy fulminer de pareilles excommunications sociales quand, voilà un an, un chauffard arabe, Samir Cheney, a fauché huit personnes qui attendaient sous un abri-bus de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), tuant une mère et ses deux fillettes et blessant cinq autres malheureux.

Cela aurait pourtant été le moment ou jamais puisque, le jour même où Sarko prenait la parole, le tueur à la Porsche comparaissait devant la justice en compagnie de ses deux passagers, Rhadil Azzedine et Benyounes Zaouch, poursuivis pour non-assistance à personnes en danger parce qu’ils avaient pris la fuite après le drame.

Le dimanche 22 mai 2002, vers 19h00, le trio, qui vient de regarder le Grand Prix de Monte-Carlo à la télé, est surexcité. Il joue les pilotes de course dans les rues de Vitry. La radio diffusant à fond les "tubes" du Group 113, un groupe de rap auquel la bande est liée, la Porsche fonce à plus de 150 km/h sur une voie sécurisée réservée aux autobus (on notera au passage que le Group 113 présente chez Sonymusic un clip montrant une bande d’Afro-Maghrébins entassés dans une voiture qui fonce dans les rues de Vitry en faisant des "doigts" à une voiture de police qui les a pris en chasse...).

Soudain, Cheney, voyant surgir une voiture de police, s’affole et jette sa voiture contre un abri dans lequel un groupe de voyageurs attendaient le bus. Jenny Canaldo, 29 ans, et ses deux fillettes de 3 et 5 ans, Maïva et Anaëlle, sont tuées ; cinq autres personnes sont blessées.

Le chauffard et ses deux complices s’enfuient, abandonnant leurs victimes coincées sous le véhicule. Plus tard, le propriétaire de la voiture se rend à la police. Ce n’est pas le chauffard mais un de ses amis qui se prétend producteur de musique. L’enquête aboutira à sa mise en examen pour trafic de drogue.

Selon son avocat, le chauffard arabe est "profondément marqué par un sentiment de culpabilité ; détenu à Fleury-Mérogis, il fait du sport et suit des cours pour ne pas sombrer dans l’angoisse et dans le désespoir malgré le soutien de sa famille".

Tout ça est bien triste, évidemment. Mais on ne nous empêchera pas de trouver que cette angoisse n’est rien à côté de ce que peut ressentir le mari de Jenny Canaldo et père des deux fillettes qui d’ailleurs, fou de désespoir, a tenté de se jeter sur le conducteur meurtrier au cours du procès.

Pourquoi Sarkozy a-t-il passé cette tuerie sous silence ?

Serait-ce pour ne pas faire de peine à Samir qui, depuis, n’a pas hésité à accuser la police d’être responsable du drame ? Selon son avocat, en effet, c’est parce qu’une voiture de police banalisée lui a coupé la route, au carrefour, sans gyrophare ni sirène, en grillant un feu rouge, qu’il a perdu le contrôle de son véhicule. Le drame, en somme, serait encore une "bavure policière"...

C’est oublier que Samir Cheney n’avait rien à faire dans cette voie réservée aux bus, qu’en plus il roulait à une vitesse deux fois supérieure à la vitesse autorisée et qu’enfin les policiers devaient retrouver dans le véhicule tueur une barrette de haschich dont le chauffard était un consommateur habituel, plusieurs fois inquiété ainsi que ses deux compagnons d’équipée pour trafic de stup et violences volontaires.

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