Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 298 du 9 juillet 2003 - p. 17
Histoire à l’endroit
par Anne Merlin-Chazelas
Métissage

Rien de plus naturel que le métissage : ni l’amour ni le désir ne regardent vraiment à la nationalité, la couleur ou la religion de l’être aimé ou désiré. Si la religion (les hommes juifs ne peuvent épouser de non juives, les femmes musulmanes ne peuvent épouser de non musulmans ; les catholiques ne peuvent épouser des non catholiques que sous certaines conditions) ou des préjugés nés des circonstances (les esclaves et descendants d’esclaves restent longtemps méprisés, bien qu’il n’y ait pas de faute de leur part) ne s’y opposent pas, les mariages interethniques ont toujours été fréquents, sinon généralisés, notamment en Egypte, dans l’Antiquité, ou, plus récemment, en Amérique latine.

Pourtant, ces unions sont loin d’être toujours heureuses, surtout quand il y a une grande différence de moeurs entre les époux, encore plus quand l’époux appartient à une civilisation qui tient la femme pour inférieure (car il faut bien reconnaître que dans le cas inverse les maris s’accommodent souvent fort bien d’une épouse que son éducation pousse à la soumission). L’épouse peut être alors méprisée, enfermée, trompée, battue, parfois tuée.

Aussi comprend-on mal l’esprit actuel, "politiquement correct" (mieux vaudrait écrire "politiquement conforme") qui veut que le métissage soit toujours souhaitable, qu’il faille l’encourager.

Sans doute s’agit-il là d’une conception purement animale de l’être humain, puisqu’il est exact que bien souvent, chez l’animal d’élevage, les produits de croisement sont plus beaux et meilleurs que ceux issus de fécondation à l’intérieur d’une même race. C’est tout d’abord oublier que, même dans ce cas, il y a des ratés, moins beaux et moins bien portants que chacun des deux géniteurs, ratés que l’on passe par profits et pertes, ce que l’on peut difficilement faire d’enfants humains. C’est oublier ensuite et surtout que l’homme n’est pas seulement un animal et que, même si le corps est perfectionné, l’esprit des enfants métis peut souffrir profondément d’une situation en porte-à-faux, écartelé entre les deux univers si différents de ses parents.

Pourtant, il y a de magnifiques exemples de mariages mixtes réussis. Pourquoi ?

En général, parce que les deux époux ont reçu, en fait, la même éducation, ont la même religion ou au moins la même vision religieuse de la vie, la même conception de l’éducation des enfants, se connaissaient bien avant le mariage. Ce n’est le cas que d’une minorité des couples mixtes éventuels.

C’est dire que le mariage mixte est affaire essentiellement individuelle : admissible et même souhaitable en certains cas, il ne l’est pas du tout dans d’autres. De toute façon, tant de la part des futurs époux que de leurs parents, il demande réflexion. Accepter sans mot dire que son fils ou sa fille épouse une personne d’origine différente, de peur d’être taxé de racisme ou de xénophobie, est une attitude irresponsable. Certes, aujourd’hui, les enfants dans ce domaine passent souvent outre aux désirs de leurs parents. Cependant, ils en sont toujours plus ou moins influencés. Il convient donc aux parents de se montrer suffisamment prudents (et suffisamment diplomates) pour faire valoir leurs réticences sans autoritarisme, et aussi pour savoir cesser de les exprimer une fois le mariage accompli, car leur opposition ne pourrait alors qu’aggraver les choses !

Quant à ceux qui envisagent une telle union, ils doivent peser leur décision plus encore (s’il est possible) que pour une union habituelle, ne s’y engager que s’ils sont absolument sûrs de ne pas se trouver opposés par la suite à une belle-famille hostile mais toute-puissante sur l’esprit du futur conjoint, et s’ils sont assurés qu’ils peuvent, avec celui ou celle qu’ils envisagent d’épouser, "marcher ensemble dans la même direction".

***

A tant faire que d’aborder des sujets qui fâchent, je ne suis pas d’accord avec ceux qui voient en José Bové le héros (et le héraut) de la cause de la Nature.

José Bové, quoiqu’il soit le fils d’un scientifique spécialiste des O.G.M., n’a pas reçu avec l’héritage génétique paternel, la science infuse et comme il n’a pas fait lui-même la moindre recherche ou étude dans ce domaine, et qu’il n’a pas non plus consulté ceux qui en ont fait, son opinion relève moins de la pensée scientifique que de la pensée magique.

Que la nourriture des MacDonald soit immangeable pour un palais français, nul n’en est plus convaincu que moi. Que les O.G.M. soient intrinsèquement et totalement mauvais et dangereux, c’est possible, encore faudrait-il s’appuyer sur quelques éléments scientifiques et non sur la simple affirmation : " On n’a pas prouvé sans l’ombre d’un doute que ce n’était pas dangereux, donc c’est à interdire définitivement ".

Dans quel état serions-nous si le sorcier de la tribu avait arraché la première culture ou chassé au loin le premier animal domestiqué, au nom de ce principe ? car, après tout, est-il rien de si étranger à la Nature qu’un assemblage de plantes semblables semées ou plantées au même endroit ? qu’y a-t-il de moins naturel que l’utilisation du lait par les enfants des hommes, alors qu’il n’est destiné qu’au petit de la femelle qui le produit ?

Alors, quand, au nom de ce principe mal établi, M. Bové détruit le bien d’autrui, et en particulier le fruit de longues et coûteuses recherches destinées à évaluer la nocivité réelle ou supposée des O.G.M., pourquoi s’étonner qu’il encoure la même sanction qu’un autre ? Si les vandales de la C.G.T. échappent toujours au châtiment, on ne peut en dire autant quand le coupable n’est pas d’extrême gauche. Nicoud en sait quelque chose.

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