Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 299 du 22 juillet 2003 - pp. 4 à 6
Dernières nouvelles du Marigot
Les incapables de France Télécom donnent des leçons de gestion aux usagers

Pendant une semaine, Le Libre Journal a été privé de téléphone. Nous pouvions recevoir des appels mais pas en passer. Motif : en raison des grèves des postes, la facture de France Telecom a été égarée et, faute du règlement en temps d’une somme de quatre cents zeuros (deux mille cinq cents francs), cette administration a, sans autre avertissement, placé nos lignes en "service restreint" jusqu’à encaissement du chèque de paiement.

Depuis deux mois, Patrick Gofman est privé de téléphone. Motif : en raison de récidive dans le retard des paiements, France Télécom exige un cautionnement de quatre cents euros là aussi, avant de lui concéder une nouvelle ligne.

Chaque jour, des milliers de particuliers et d’entreprises subissent la même dictature mesquine de fonctionnaires imbéciles.

Pour les premiers, c’est un désagrément. Pour les secondes, cela peut être un arrêt de mort.

Lorsque l’on s’étonne auprès du service "compétent" de ne pas avoir été prévenu par téléphone (c’est bien le moins qu’une compagnie téléphonique utilise ses propres services pour communiquer avec sa clientèle) on s’entend répondre que cela n’est pas prévu par le règlement.

Et sur une radio on entend une responsable de France Télécom expliquer qu’au fond : « en prenant ces mesures, on habitue les gens à mieux gérer leurs revenus. »

France Télécom, c’est l’administration dans ce qu’elle a de pire. Ce mélange insupportable de sottise et d’arrogance.

Mais c’est aussi ce service qui vient de se faire bastonner par la Cour des comptes et la commission Douste Blazy pour "sa stratégie et ses procédures d’acquisitions internationales qui allient précipitation dans les acquisitions, manque de cohérence des structures de direction, attention insuffisante aux risques économiques, politiques ou géopolitiques et modalités de financement particulièrement imprudentes par exemple dans les achats de NTL et de Mobilco" que le PDG sorti, Michel Bon, avait décidé sans même réunir son conseil d’administration.

Soixante-huit milliards d’euros de dette. La Cour des Comptes parle de "perte de contrôle"

Résultat : "une perte de contrôle de l’endettement de France Télécom de 68 milliards d’euros fin 2002".

68 milliards d’euros, quatre cent cinquante milliards de francs ! Neuf mille francs par abonné ! A ce prix, il faudrait, pour couvrir la gabegie de ces fonctionnaires incapables et peut-être malhonnêtes, cent cinquante cinq millions de cautions comme celle qui est exigée de Gofman ou de factures comme celle que Le Libre Journal a payé avec retard.

Et ce sont ces gens là qui prétendent distribuer des leçons sur la manière de gérer nos revenus !

On croit rêver.

France Télécom, c’est évident, a gardé les méthodes idiotes et paresseuses, la gestion stupide, la mentalité rond-de-cuir qui, des décennies durant, ont fait du téléphone français un sujet de choix pour les chansonniers et de rigolade intense pour nos voisins.

L’Italie, pays arriéré comme chacun sait, était déjà entièrement équipée de l’automatique et couverte de cabines à jetons jusque dans les villages les plus reculés que Fernand Raynaud tentait encore en vain d’obtenir de la demoiselle du téléphone le 22 à Asnières et qu’il fallait graisser la patte des cafetiers français pour avoir accès à l’interurbain.

Les portables se comptaient déjà par centaines de milliers dans les poches des cadres de toute l’Europe que leurs homologues français en étaient encore à se balader avec de pesantes valises renfermant un combiné qui donnait (parfois, quand le temps était au beau ) accès a un réseau si mal foutu que le propriétaire du cellulaire devait payer de sa poche dix francs pour chaque communication RECUE !

Du coup au début des années 80, le cellulaire français était un luxe de cocotte entretenue et obtenir le numéro de portable d’un ami était aussi difficile que connaître le solde de son compte codé à l’Union des Banques Suisses...

Et tout cela pour un coût qui dépassait de très loin celui de tous les autres services de téléphone européens.

En 1989, déjà, la distribution gratuite et quasi obligatoire de minitels dont un Français sur cinquante acceptait de se servir avait provoqué un déficit de six milliards de Francs.

En quinze ans, le volume de ce trou abyssal a été multiplié par soixante !

Les remontrances de la Cour des Comptes ont eu en effet pour conséquences de pousser l’administration du téléphone, non pas à réduire ses dépenses mais à augmenter ses prix.

Les clients téléphonèrent donc de moins en moins et la perte enfla.

Mais les charges du minitel continuaient de peser, engloutissant toutes les rentrées directes.

Il fallut quatorze ans pour couvrir les investissements en matériel, en personnel et en équipement du réseau minitel. Sans faire un centime de bénéfice. Quand les pertes furent comblées, le minitel n’intéressait plus personne.

Un pari stupide : « Internet ne marchera jamais. L’avenir est au minitel... »

A cette époque, pourtant, Jean-Jacques Damlamian, alors directeur des Affaires Industrielles et Internationales et responsable de la politique d’investissements de France Télécom à l’étranger avec les opérations de participation dans les sociétés Telecom Argentina et Telmex (Mexique) présentait des conférences enthousiastes sur "le web : des opportunités de croissance pour tous les acteurs economiques et France Telecom".

Mais, à la sortie de ces exposés, il confiait en privé sa conviction qu’Internet était un "épiphénomène" et que France Telecom ferait tout pour ralentir son développement en France, au profit du Minitel nouvelle génération et du Kiosque Micro...

France telecom et son minitel contre le reste du monde.

On sait ce qu’il en est advenu. France Telecom a dépensé doublement : d’une part pour investir sans discernement dans un produit à l’avenir duquel ses dirigeants ne croyaient pas et pour acheter des entreprises étrangères a l’agonie, d’autre part pour maintenir en survie artificielle un produit dont les experts du monde entier s’accordaient à dire qu’il était définitivement mort.

Croit-on que le polytechnicien Damlamian a vu sa ruineuse erreur de stratégie sanctionnée par un licenciement dans le genre de ceux que ses pairs infligent a leur petit personnel pour dégonfler les pertes en ligne ?

Pas du tout : Il est devenu responsable pour l’ensemble du Groupe France Télécom de la politique d’innovation, de recherche, de développement et des systèmes d’informations. Et on lui a accordé en prime une friandise : il est administrateur de la société Palm.Inc et Président du Conseil de Surveillance d’Eutelsat SA.

Pour faire bonne mesure et sans doute entretenir la confiance, on lui a collé la Légion d’Honneur, l’Ordre National du Mérite et les Palmes Académiques.

Et que l’on ne croie pas qu’une quelconque animosité nous inspire contre ce brillant sujet de la haute administration. Tous les patrons de France Télécom, tous les co-responsables de ce qui est le plus grand flop financier en France depuis le scandale du Crédit Lyonnais se sont tirés d’affaire.

L’ancien P-DG Michel Bon par exemple a été vidé, certes. Mais il a continué à recevoir son salaire entre la date de sa démission (septembre 2002) et celle de son départ à la retraite (juin 2003).

En tout un demi million d’euros. Aux membres de la commission qui s’étonnaient de ce mode pour le moins inhabituel de licenciement, le successeur de Bon, Thierry Breton, a expliqué que « l’expérience et la connaissance du groupe de son prédécesseur avaient été utiles au nouveau président. »

En somme quand France Télécom vire un type pour sa calamiteuse incompétence on continue à le payer pour qu’il enseigne ses méthodes catastrophiques à son successeur.

On dira que Bon aura ainsi pu expliquer à Breton, ami personnel de Chirac, pourquoi, sous sa direction, "France Telecom n’a développé qu’à partir de 1995, c’est à dire avec un retard irrattrapable sur la concurrence, une offre de services en ligne pour les particuliers Internet Protocol" et ce alors que la tentative ratée (le mot est faible) d’implantation du Minitel aux Etats-Unis au début des années 1990, aurait dû, dès 1993, édifier France Telecom sur le phénomène Internet.

L’ancien P-D.G. vidé touche son salaire comme conseiller du nouveau !

Pourquoi aussi "l’entrée de France Telecom sur le marché de l’Internet grand public, décidée en septembre 1995, ne s’est pas accompagnée de décisions cohérentes avec ce choix. Pourquoi l’infrastructure de transport n’a pas été adaptée comme il aurait convenu, le réseau de transport de données pas été préparé à absorber une utilisation massive de données en protocole Internet, le coeur du réseau à haut débit sous-dimensionné au début 1996 à un moment où Wanadoo n’était pas commercialement ouvert, du fait d’une forte demande des entreprises pour des services en ligne".

En somme, pourquoi "le lancement de Wanadoo s’est opéré sur une infrastructure surchargée, mal adaptée au transport de données sur Internet et rapidement insuffisante pour permettre une bonne qualité de service, situation qui a beaucoup nui à la qualité de l’Internet grand public en France."

C’est vrai, Bon aurait pu expliquer ça pour justifier le demi-million d’euros encaissé après son vidage.

Mais ça aurait été, de toute façon, de l’argent foutu en l’air puisque c’est exactement ce que les experts de la Cour des comptes et de la commission Douste Blazy ont expliqué gratuitement (ou du moins sans rien toucher de plus que leurs traitements de fonctionnaires...)

Reste aujourd’hui à récupérer le fric.

S’il s’agit simplement du bouquet offert à Michel Bon pour le récompenser de ses mauvais services, ça devrait être facile. Il suffira de racketter un bon millier d’abonnés défaillants ou autant d’entreprises en retard d’une facture.

Les ronds de cuir de France Télécom sont tout à fait capables de faire ça.

On parle d’expérience...

Le Libre Journal
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