Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 299 du 22 juillet 2003 - p. 10
Bonnes nouvelles
La fin du PCF

Excuse-nous, lecteur, de te l’asséner si brutalement... Mais on ne peut plus le taire : le Parti communiste français (PCF) se remet très mal de son autopsie.

Et il n’y a plus qu’à étudier le rapport d’autopsie, si l’on ne veut pas, comme lui, mourir idiot. Ce rapport est publié par "Communisme", revue universitaire mais lisible à 75 % (références en pied d’article). Normal : elle est dirigée par Stéphane Courtois, directeur aussi du "Livre noir du communisme", best-seller mondial. Son diagnostic : « La forme léniniste du parti, mortellement blessée à Moscou en août 1991, est à son tour en train de mourir à Paris. La tentative d’insuffler un peu de démocratie dans ces régimes et mouvements totalitaires a suffi à les faire imploser. »

Aujourd’hui "souverainiste", l’ancien ministre PCF Anicet Le Pors (qui serrait la main d’un vendeur à la criée du Libre Journal, il y a quelques semaines) a prononcé son parti « mort » longtemps avant nous. A "Communisme", il fait beaucoup de révélations sur les convulsions de la direction stalinienne en 80-90. Et au-delà. Ainsi du naufrage de Robert Hue, guide de la "mutation" du PCF : « Il y a une manière pour les journalistes qui font l’opinion d’institutionnaliser les hommes politiques. Si jamais ils y croient, ils sont morts. Et Hue l’a cru. Il a dû être encouragé par les journalistes à faire sa fameuse liste "Bouge l’Europe" [farcie des "représentants - et tantes - de la société civile" les plus répugnants, surtout aux yeux des travailleurs, ndlr]. On a dû lui dire : c’est bien ; vous au moins vous êtes moderne. Il y a cru parce qu’il n’avait plus d’autres croyances. Alors il fallait bien qu’il croie en quelque chose... »

Véronique Buttin (AFP) décrit, elle aussi, la décomposition de l’héritage stalinien : « ... on entre désormais place du Colonel-Fabien [siège national du PCF, ndlr] comme dans un moulin. [...] En outre, certains se sont fait une spécialité de rompre le secret. Roland Castro [...], Jean-Claude Danglot [...], Roger Martelli... »

Julian Mischi (Sciences po Toulouse) : « Depuis la fin des années 90, la plupart des cellules communistes ne se réunissent plus à l’exception des phases préparatoires des congrès nationaux et lors de "l’assemblée populaire [annuelle] de remise des cartes". » Quand ces cartes ne sont pas envoyées par la poste, comme à Saint-Nazaire ! Pour deux anciens cadres du PC dans le bassin de Longwy, « Les élus aujourd’hui c’est la queue de la comète, c’est la seule chose qui reste au PCF. » Or ces élus prennent toujours plus de distance avec le Parti, précisément pour être élus ! Et comment le Parti les en blâmerait-il ? Lui qui accueille le marchand de canons Lagardère dans le capital de l’Humanité, puis délègue son expression politique à des publicitaires non communistes : Mouna Abkari, attaché de presse de Hue en 1999, Frédéric Beigbeder en 2002...

Année où le candidat du PCF à l’Elysée recueille 3,4 %. Dépassé par deux de ses rivaux groupusculaires, dénommés hier « hitléro-trotskystes », Laguiller (5,8 %) et Besancenot (4,3 %). Deux mois plus tard, le 17 juin, Claude Cabanes note enfin dans l’Huma que pour... l’UMP « l’heure des révisions déchirantes a sonné. Elle a aussi sonné pour le Parti communiste. »

Révision ? Tel est en effet le programme des embaumeurs de la momie totalitaire. Avec la bénédiction du préposé Besancenot, le gendre joufflu de Krivine (LCR) : « Il faut restaurer la part de rêve, d’utopie. » La révision théorique mijote sur les fourneaux du philosophe "néo-communiste" Antonio Negri et de son marmiton nord-américain (!) Michael Hardt. La révision pratique est moins parfumée. La revue "Communisme" la montre à l’oeuvre à Nancy, l’an passé : 40 personnes dans une réunion publique du PCF. Plus du tiers ont dépassé 60 ans. Un nommé Mazauric (ancien du Comité central infiltré chez - ou par ? - les trotskistes d’Attac !) chante longuement "l’idée communiste de l’Antiquité à 1848". Les anciens protestent contre ce reniement du "communisme réel". Alors Mazauric « a fait comprendre aux vétérans que leur place n’était plus dans le parti, allant jusqu’à les attaquer personnellement d’une manière que j’ai trouvée assez stalinienne, sans même chercher à analyser leurs arguments. »

Des méthodes staliniennes pour assurer la rupture avec le stalinisme, incarné par 15 pauvres vieux boucs émissaires... Oui, décidément, le mutant est mal Parti !

Philippe Chanteloup

"Communisme", revue publiée avec le concours du CNRS, du CNL, de l’U. de Paris-X et du Géode, ss la dir. de Stéphane Courtois. Ed. l’Age d’Homme. N° 72-73, 276 p., 22 zeuros. ISBN 2-8251-1799-4.
Sommaire - Haut de page