Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 299 du 22 juillet 2003 - pp. 20 et 21
A la plage et à la page
Les bons conseils des chroniqueurs
du "Libre Journal"
Marie-Claude Monchaux :
A lire sous un parasol

Voilà un livre qui devrait combler d’aise les amateurs de potins du monde littéraire.

Ainsi (Qui l’eut cru ?) le sage académicien, le modèle de bourgeois élégant que fut André Maurois était, apprend-on, un fieffé coureur de cotillons.

L’auteur des Silences du colonel Bramble et des discours du capitaine O’Grady, le romancier de Climats et le traducteur du célèbre poème de Kipling If ("Si tu peux voire détruit l’ouvrage de ta vie - et sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir") eut trois épouses officielles (ne parlons pas des autres) et s’il fut beaucoup trompé par sa première moitié, une ravissante Lolita tuée par un avortement clandestin à la vingt-troisième semaine (!), il lui rendit bien l’impolitesse.

Il en fut d’ailleurs puni par où il avait péché puisque sa deuxième femme n’avait aucun appétit pour la chose et le lui fit bien sentir.

Ce sont quelques une des anecdotes dont croustille ce gros livre pas fatiguant à lire sous un parasol.

Il n’y a qu’un amour, par Dominique Bona. Editions Grasset
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Michel de L’Hyerres
Des nouilles pour du vent

Trois jours avant le bouclage de ce numéro, je reçois ce livre qui vient compléter et préciser un comportement que je qualifie dans ce même journal (page 7) de "stupide, grotesque et imbécile-intelligent".

Or, ces informations, particulièrement pointues, annoncent que les actuels dirigeants US sont des scélérats non pas "imbéciles" mais criminels-intelligents et poursuivent la ruine de la planète par son pillage organisé :

- D’abord celle des Etats-Unis eux-mêmes par la disparition progressive de biens réels remplacée par une économie financière, fictive, post-industrielle ;

- Puis celle des Etats-nations, la France par exemple, qui seront diminués pour avoir renoncé à leur auto-suffisance vivrière pour une économie globalisée.

Et nous apprenons que la guerre d’Irak a été résolue pour redonner au dollar devenu monnaie de singe une valeur réelle fondée sur l’appropriation du pétrole irakien !

Mieux vaut, avant qu’il ne soit trop tard, troquer du vent, c’est-à-dire un billet de dollar à l’effigie de Lucifer, pour un paquet de nouilles de marque Lustucru au contenu bien réel !

Vers la banqueroute de la société à irresponsabilité illimitée : les Etats-Unis, par Jacques Delacroix. 21,35 keuros + port 4,57 teuros. Ed. Liesi, BP 18 - 35 430 Châteauneuf.
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Anne Merlin-Chazelas :
Le meilleur Figueras...

J’ai un peu connu André Figueras, quand nous fréquentions tous deux les coulisses de l’hebdomadaire La Nation française, lui comme journaliste reconnu, moi comme grouillot portant papiers ou morasses... J’avais lu presque tous ses livres avec des réactions diverses, mais la plupart du temps favorables, aussi, lors de la Journée du Libre Journal, me suis-je empressée d’acheter son ouvrage Le rendez-vous de Caluire. Qui a livré Jean Moulin ?

André Figueras s’est gardé de toute polémique, livrant simplement au lecteur une grande quantité de documents inédits, lettres ou photocopies d’attestations, ordres de mission, etc. qui lui ont été adressés ou communiqués par le général Devigny, Henri Frenay et beaucoup de personnes qu’il avait connues dans la Résistance, la vraie... et aussi l’avocat de Klaus Barbie, lettres et documents le plus souvent reproduits en fac-similé.

De ces lettres et documents, André Figueras a évité de tirer des conclusions péremptoires, livrant seulement au lecteur trois hypothèses, en avouant sa préférence pour la troisième, la plus honorable pour la Résistance.

Une conclusion toutefois découle des documents publiés dans cet ouvrage : la capture de Jean Moulin aurait été sinon impossible, du moins beaucoup plus difficile, sans l’incroyable imprudence qu’avait engendrée, chez les résistants, pourtant de bonne foi, de la zone Nono, leur inexpérience de la clandestinité, le peu de zèle de la police française à les rechercher et aussi les sommes faramineuses, en vrais-faux billets, que l’Angleterre déversait sur eux, alors que l’occupation de la zone aurait dû les rendre plus méfiants ; imprudence qui semble avoir été aussi le lot de certains résistants de la zone occupée.

Le rendez-vous de Caluire. Qui a livré Jean Moulin, Par André Figueras. Publications André Figueras, BP 28-43, 75028 Paris Cedex 01, 1999.
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Saint-Plaix :
Le pire des cauchemars

A notre époque de "lissage" de la pensée humaine (mondialisme oblige) et de clonage en coulisse, il me semble utile de se replonger dans ce merveilleux et effrayant univers du "Meilleur des Mondes" d’Huxley : un essai de fiction sociologique, vieux de cinquante ans, qui pourrait bientôt n’être qu’un simple constat d’anticipation réussie, si nous ne prenons garde à ce qui se dessine.

Car tous les grands problèmes qui agitent notre temps y sont déjà évoqués :

- le mondialisme d’abord et le désarmement ;

- le métissage ;

- le clonage humain ;

- le lissage de la pensée d’une société totalement décérébrée ;

- l’analphabétisation croissante des différentes classes laborieuses (sauf la super élite) ;

- la licence sexuelle totale ;

- le conditionnement par la drogue obligatoire (pilule du bonheur) ;

- la suppression de la famille (considérée comme une survivance obscène) ;

- la religion universelle de "T", grande préfiguration du syncrétisme religieux et des sectes religio-financières comme la multinationale "Universal" d’origine brésilienne qui envahit aujourd’hui l’Europe par le Portugal.

Et au milieu de tout cela une "réserve" qui contient des "vrais hommes" restés à l’ancienne société et réfractaires à ce progrès, donc soigneusement maintenus à l’écart derrière des barbelés électrifiés...

L’un d’eux s’évade de la réserve, bien sûr, c’est le thème de l’intrigue, et va se retrouver dans ce "meilleur des mondes" qui s’avère être un cauchemar...

On regrettera de le lire en français car notre héros, imbibé de la "culture ancienne" parle en santons de Shakespeare, ce qui est très cocasse.

Une fable soit, mais tellement prophétique !

Aldous Huxley : un Jules Verne sociologique en quelque sorte !

Le meilleur des mondes, par Haldous Huxley. Ed. Pocket.
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Patrick Gofman :
Saki, de purs joyaux

Les Editions l’Âge d’Homme sont encensées par Radio Courtoisie (30 juin) et l’Action française (3 juillet), mais aussi Le Figaro Magazine (27 juin) et même Le Monde (idem), suivi par Libération (9 juillet), pour la première traduction intégrale des 144 nouvelles de Saki.

Qui ça ?

De son vrai nom Hector Hugh Munro (1870-1916), Saki, émule de Swift, Jerome K. Jerome ou G. K. Chesterton s’est d’abord signalé comme satiriste politique, puis correspondant (à Moscou, à Paris) de la presse britannique.

Chacune de ses nouvelles est un pur joyau d’écriture, poli et affûté comme une épigramme. L’humour aimable et retenu y recouvre une pointe de cruauté. La virtuosité, l’imagination psychologique de l’auteur procurent, à l’issue de chaque récit, une agréable stupeur...

Son plus ardent supporter fut le romancier catholique anglais Graham Greene. Stéphane Denis du Fig Mag l’explique ainsi : « Greene avait pour Saki le sentiment qu’un lecteur sensible a pour Kipling ou Dickens ; la certitude que leur enfance fut atroce et qu’elle en a fait des écrivains. »

L’Âge d’Homme, spécialiste réputé du domaine slave (on le verra de nouveau à la rentrée), a pourtant constitué un catalogue remarquable d’Anglais méconnus (en France), avec ce Saki, et, peu auparavant, la monumentale "Vie de Samuel Johnson" par James Boswell, ou la somme de Rebecca West, "Agneau noir et faucon gris", consacrée aux Balkans.

Nouvelles (intégrales), par Saki, traduction de l’anglais par Gérard Joulié. Ed. L’Âge d’homme. (www.agedhomme.com). 624 p., 30 teuros. ISBN 2-8251-1745-5.
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Serge de Beketch
Pickwick, d’Artagnan et les Hobbits

Chaque année depuis trente ans, l’été venu, je relis "les papiers posthumes du Pickwick-Club" que les béotiens persistent à appeler "les aventures de M. Pickwick" . Chaque année, le rituel est le même : cette visite d’amitié se passe le soir, à la lueur d’une chandelle, car Dickens ne supporte pas l’éclairage électrique.

Ainsi, nous ne nous voyons pas vieillir, l’honorable Picwick, Tupman, Snodgrass, Winckel et votre serviteur. Sam Weller nous apporte toujours un verre de quelque chose. « Punch froid ! » dit M. Pickwick. Jingle nous raconte sur le ton d’un qui aurait avalé une demoiselle (l’engin qui enfonce les pavés) les aventures improbables d’une mère de famille décapitée avec son sandwich et nous espérons être cette fois encore invités à passer Noël à Dingley Bell avec l’adorable Emily Wardle.

Certains soirs, nous recevons la visite des cousins pauvres (l’un portant l’autre) et nous renouvelons notre promesse d’élever une statue à Alexandre Vialatte qui, outre ses hypothèses sur l’Homme et ses conclusions sur l’éléphant, a donné à ce chef d’oeuvre une préface qui en est un autre.

Et c’est ainsi que le lecteur est heureux.

Il sait que tournée la dernière page de Pickwick, il pourra attaquer la première des "Trois mousquetaires" qui le conduiront jusqu’au "Seigneur des anneaux" avec qui les vacances finiront comme un rêve.

Les papiers posthumes du Pickwick Club, par Charles Dickens. Editions de Poche.
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François Brigneau :
Un chef-d’oeuvre

Malheur aux vaincus. En 1946, l’Allemagne nationale-socialiste vient de perdre la guerre. Le Gouvernement Militaire allié - en réalité les Américains - lui impose une confession collective. Chaque Allemand doit répondre « avec précision et sans en omettre aucune » à 131 questions. Les omissions ou les fausses déclarations seront poursuivies. Ainsi commence le formidable lavage de cerveau d’un peuple par Big Brother, en l’occurrence Morgenthau and C°.

Ernst von Salomon répond. Il a 44 ans. En 1918, à 18 ans, il était sorti de l’Ecole des Cadets pour apprendre la dissolution du corps des officiers. Il entre dans les Baltikum, ces corps-francs qui se battent aux marches de l’Empire contre l’Armée Rouge. La patrie (trahie ?) brûle sourdement dans quelques cerveaux hardis. Avec le groupe Kern, il participe à l’assassinat de Rathenau. Juif, ministre des Affaires étrangères, Rathenau fut à la République ce que Mendès France fut à la Quatrième République. Salomon est condamné à cinq années de réclusion. Il sort en 1927. Soldat nationaliste plus que national-socialiste, il a des accointances avec le régime mais déteste Hitler. Il écrit un grand livre : "Les Réprouvés". Il épouse une Juive, qu’il protégera jusqu’au bout. En 1945, les Américains l’arrêtent comme « big nazi ». Ils lui cassent dix-huit dents et l’enferment dix-huit mois dans un camp. Il écrit "Le Questionnaire". C’est un chef-d’oeuvre.

Paru en 1951 chez Gallimard, j’en avais eu plusieurs exemplaires. Tous disparurent de mon antre à bouquins. Prêtés ou empruntés, c’est le sort des livres intéressants. Mon ami Tonton et le jeune libraire de la Librairie de Sèvres, 112 rue de Sèvres, viennent de m’en trouver un exemplaire. C’est un livre d’une actualité brûlante. Il compte 647 pages. Je vais passer un mois d’août épatant. Ca me reposera du Tour de France qui a été « magique », comme dit Virenque, mais épuisant, même en fauteuil à bascule. Et pour les bidons, avec la chaleur, je ne vous dit pas...

Le Questionnaire, par Ernst von Salomon. Editions Gallimard.
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