Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 300 du 4 septembre 2003 - pp. 4 à 6
Dernières nouvelles du Marigot
Faute politique ou "gériocide" programmé ?

S’il s’agit d’expliquer l’impuissance et l’inconstance de l’homme, ils n’en trouvent point la cause dans la puissance de la nature universelle, mais dans je ne sais quel vice de la nature humaine ; de là ces plaintes sur notre condition, ces moqueries, ces mépris, et plus souvent encore cette haine contre les hommes ; de là vient aussi que le plus habile ou le plus éloquent à confondre l’impuissance de l’âme humaine passe pour un homme divin.
Spinoza, "Ethique III", préface

Ainsi donc, l’été a été chaud et trop de chaleur tue les vieillards. Formidable révélation ! Attendons nous à savoir, dans trois mois, que l’hiver est froid et que trop de froid n’est pas bon pour la santé des seniors.

Mais soyons certains que le petit jeu de mano a mano politocard reprendra : le gouvernement refusera toute responsabilité et l’opposition soutiendra le contraire. « Verglas assassin, Mitterrand complice ! » criaient les manifestants ameutés au métro Glacière lors des grands froids du début du règne mitterrandien.

Mais c’était une manif pour rire, organisée par le président Basile de Koch pour le groupe "Jalons". Cet été, en revanche, c’est le plus sérieusement du monde que les ténors de la gauche ont entonné le grand air de la dénonciation.

Au-delà des polémiques sur la responsabilité-culpabilité des uns et des autres, au-delà des comptes d’apothicaire sur le nombre réel, supposé, approché, précis des victimes, la vague de fortes chaleurs de l’été 2003, et les milliers de décès qui lui sont imputés, mettent en lumière, une fois de plus, l’extraordinaire médiocrité de la classe politicienne française dans son ensemble.

Et peut-être pire.

En tous cas, le cynisme de cette mafia de crétins corrompus qui se disputent le Pactole des fonds publics parait une fois de plus sans limite.

La palme de l’impudence, incontestablement, revient au sieur Attali qui, dans l’Express, fulmine contre « cette société où plusieurs milliers de personnes peuvent mourir en une semaine d’indifférence, d’oubli, abandonnées par des enfants partis en vacances ou par des voisins brusquement devenus sourds... »

Attali qui manifeste sa compassion pour ces « gens âgés, dont beaucoup auraient pu être sauvés si quelqu’un avait simplement pris le temps de demander de leurs nouvelles. »

Attali qui appelle à « réfléchir à ce que sont les devoirs d’une société envers ses membres. »

Avant de conclure « Pour que plus personne dans notre pays ne meure, par un bel après-midi d’été, devant son téléphone silencieux et son réfrigérateur ouvert. » (Ce qui prouve par parenthèse que ce profond penseur croit qu’un frigo ouvert rafraîchit une pièce alors que la plus idiote des ménagères de plus de cinquante ans sait que c’est le contraire.)

Ainsi donc, c’est ce crétin diplômé qui prétend donner aux Français des leçons de compassion pour le "troisième âge" ?

Cet Attali-là ne peut pas être le même qui, dans le livre de Michel Salomon "L’Avenir de la vie" (1981) proclamait : « Je suis, pour ma part, en tant que socialiste, objectivement contre l’allongement de la vie parce que c’est un leurre, un faux problème. Je crois que poser ce type de problème permet d’éviter des questions plus essentielles telle que celle de la libération du temps réellement vécu dans la vie présente. A quoi sert de vivre jusqu’à cent ans, si nous gagnons vingt ans de dictature. L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figures. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste, c’est la liberté, et la liberté, fondamentale, c’est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société. Dans une société capitaliste, des machines à tuer, des prothèses qui permettront d’éliminer la vie lorsqu’elle sera trop insupportable, ou économiquement trop coûteuse, verront le jour et seront pratique courante. Je pense donc que l’euthanasie, qu’elle soit une valeur de liberté ou une marchandise, sera une des règles de la société future. »

Eh bien si ! C’est le même Attali. Le prouve d’ailleurs une proposition contenue dans l’article de l’Express déjà cité : « réinventer l’organisation du travail, pour maintenir les personnes dites âgées en situation d’utilité le plus longtemps possible. »

C’est bien la vraie pensée d’Attali : les vieux ne sont à protéger que s’ils sont "utiles". C’est-à-dire que s’ils peuvent encore rapporter plus de fric qu’ils n’en coûtent.

Rien n’a donc changé dans les conceptions éthiques d’Attali, négociant en bonnes oeuvres et idées généreuses, et donneur de leçons de morale à façon.

Autre champion, Fabius. Lui c’est dans Le Monde du 27 août qu’il dispense ses lumières. Et dénonce « le bilan humain effrayant » de la canicule.

C’est vrai qu’en matière de bilan effrayant, le Premier ministre du sang contaminé parle d’or.

Et ce bon apôtre, après avoir vaticiné sur le « monde d’hypertechnicité », rappelé que « notre devise nationale comporte le mot fraternité », dénoncé « l’indifférence aux plus fragiles (qui) a tué » et « les conditions de travail dans les maisons de retraite », ajoute benoîtement : « Face à un tel drame, je refuse la polémique » et exige une commission d’enquête parlementaire.

Pour enterrer le sujet comme les victimes du sang contaminé et passer l’éponge sur le tableau de chasse comme dans son propre cas ?

Pour autant, la crapulerie intellectuelle et morale des socialistes dans cette affaire n’exonère pas le pouvoir.

Que penser de Mattei, ministre de la Santé qui, après être paru à la télé, au début du gériocide, en vacancier dérangé, juste le temps de rassurer les populations d’un haussement d’épaule, s’est défaussé sur un fonctionnaire dont il a exigé la démission avant de saluer son départ d’un ahurissant « Je regrette la démission du directeur de la Santé publique, qui avait fait la preuve de sa compétence et de son efficacité ».

Qu’est ce que ce ministre qui, en pleine crise, pour se dédouaner, se prive d’un fonctionnaire efficace et compétent ?

On croit vraiment rêver. Et l’on craint de ne pas être réveillé quand on entend le même ministre annoncer, droit dans ses bottes, qu’il est bien triste mais qu’il n’est responsable de rien et que, par conséquent, il ne démissionnera pas.

Mais dans quel pays civilisé se serait-on contenté de la démission d’un sous-fifre après une faute qui s’est soldée par une vingtaine de milliers de morts ?

Car il y a eu faute, la chose est certaine. Et s’il n’y a pas eu faute, c’est pire encore...

C’est mensongèrement, en effet, que le gouvernement soutient n’avoir pas été prévenu.

Depuis des mois, la canicule était prévue. Sinon par la météo ou le ministère de la Santé, du moins par le Centre national d’études spatiales, particulièrement concerné par ces questions en raison de leurs répercussions sur les programmes spatiaux.

Apparemment, personne n’a pensé que ce qui pouvait troubler un programme spatial pouvait aussi avoir des répercussions sur la vie quotidienne de millions de Français.

Ou alors quelqu’un y a pensé. Quelqu’un a été alerté et quelqu’un s’est dit qu’après tout, comme ces vieillards étaient de toute façon destinés à mourir au plus tard cet hiver, il n’était pas urgent de s’affoler cet été. Monstrueux ?

Les chiffres sont là : la France compte cinq cent mille personnes de plus de quatre-vingt-dix ans. Ce chiffre, multiplié par dix en trente ans sera de nouveau multiplié par dix dans les vingt ans.

Cela signifie qu’en 2025 un Français sur vingt aura plus de quatre-vingt dix ans.

Le coût social de ce phénomène sera colossal en raison de la politique de génocide par avortement conduite depuis des décennies.

A force de supprimer la vie avant son commencement, on en est arrivé à envisager, pour compenser, de supprimer la vie avant son terme. C’est ce que les défenseurs de la vie n’ont pas cessé de répéter depuis la criminelle adoption de la loi génocidaire Veil-Chirac : l’avortement conduit inéluctablement à l’euthanasie des vieillards.

Nous y sommes, et même s’il ne faut pas compter sur la commission d’enquête parlementaire pour le démontrer, il est certain qu’aux plus hauts postes de l’Etat, des hommes ont eu cette pensée : puisque de toute façon ces gens mourront cet hiver, à quoi bon mobiliser et dépenser pour leur assurer un sursis de deux ou trois mois ?

Raffarin est-il de ceux qui ont fait ce calcul ? Impossible de le dire, bien sûr.

Ce qui est certain c’est que l’homme qui, aujourd’hui, déplore la solitude des personnes âgées à l’occasion d’une visite dans une maison de retraite de Côte-d’Or (une des rares en France qui n’ait connu aucun décès dû à la canicule), l’homme qui récuse toute responsabilité de lui-même et de son gouvernement dans le scandale sanitaire, repassant la patate chaude aux familles et au voisinage « indifférent aux volets clos » et annonce des mesures de financement en faveur des personnes âgées par la suppression d’un jour férié et l’offre de téléphones portables à prix réduits (on se demande vraiment jusqu’où ces gens-là iront pour se foutre du monde !), cet homme-là est le même qui, en janvier dernier, décidait de réduire de plus de la moitié (103 millions d’euros, sur 183), les crédits destinés aux maisons de retraite.

Le même encore qui, en mars dernier revoyait à la baisse l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) qui permet aux personnes âgées d’avoir recours à des aides ou des services à domicile, ou de voir une partie des frais pris en charge lorsqu’elles sont en maison de retraite. Le même toujours qui, prétextant d’une augmentation imprévue (décidément !) du nombre des demandes, abaissait le plafond de ressources mensuelles maximales permettant de percevoir l’aide. Le réduisant de 949 à 623 euros, ce qui faisait baisser de 10 % le nombre des bénéficiaires potentiels et entraînait le triplement du nombre des "ayant-droits" contraints de prélever sur leurs retraites le "ticket modérateur" représentant la participation des ayant-droits au financement de l’aide publique, et ce sous le double prétexte d’une augmentation du nombre de demandes et d’un manque de fonds à hauteur de 1,2 milliard d’euros dans les caisses.

Accessoirement, et ce n’est pas le moins significatif, le délai de versement des aides était allongé de plusieurs mois.

Or, le fait démographique est là : plus une personne âgée attend longtemps une aide financière, moins longtemps elle en profite.

Ce n’est certes pas un calcul très élégant, mais quand il s’agit de faire des économies, on ne regarde pas à la méthode.

La question que l’on peut se poser est celle-ci : combien de personnes âgées sont-elles mortes cet été parce qu’elles attendaient le versement de l’APA, faute de laquelle elles n’ont pas pu bénéficier d’une aide à domicile qui leur aurait évité de mourir de chaleur, de soif ou de solitude ?

Plutôt que de prendre, chaque fois qu’on lui demande des comptes sur sa gestion des affaires publiques, sa mine de marchand de clous offusqué par la présence d’une vis de huit dans la boîte des écrous de quatre, M. Raffarin devrait nous dire ce qu’il répond à cela...

Serge de Beketch
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