Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 300 du 4 septembre 2003 - pp. 8 et 9
Notes sans grande portée
Journal de François Brigneau

Pas de vacances pour l’actualité

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, imposant - par la victoire capitalo-communiste - l’avènement de la Démocratie universelle, le droit aux Américains de disposer des autres et la colonisation de la Palestine par l’Etat d’Israël, partie émergée du gouvernement juif planétaire, j’entrai en journalisme.

C’était en août. Comme tout le monde (ou presque) l’actualité était en vacances. La Presse française régnait sur 45 millions de sujets, sans compter les sujets bateau dont elle remplissait ses colonnes. Dans la salle de rédaction on disait "marronniers". Bientôt je prononçai ce mot avec l’assurance du pigiste qui se prend pour un grand reporter. Apprendre un métier, c’est d’abord apprendre sa langue.

Le plus célèbre des "marronniers" était le monstre du Loch Ness. Ah ! être envoyé spécial en Ecosse, au bord des lacs, et se trouver en face de la bête immonde, sortant des eaux et soufflant le soufre par les naseaux ! Mais il y en avait d’autres qui coûtaient moins cher en notes de frais. Les petits métiers de Paris ; Naundorff et les faux dauphins ; "Faut-il supprimer les vespasiennes (pissotières) sur la vole publique ?" ; Mata Hari ; la corrida ; "Quand nos pères riaient au Pétomane". J’en passe.

Tout cela est bien périmé et caduc, comme disait déjà Chateaubriand. Aujourd’hui l’actualité ne prend plus de vacances. Hiver comme été, toujours au turbin du soir au matin, de jour comme de nuit, elle travaille à la chaîne à moudre les catastrophes naturelles, les chamboulements artificiels, les guerres toujours recommencées, les paix boiteuses, les scandales et les crimes, les drames et les tragédies. Impossible d’y échapper. Les techniques modernes quadrillent la journée au millimètre. Les radios commentent en fanfare. Elles annoncent l’événement et le racontent. Les journaux l’expliquent. Ils rappellent le passé et les causes. Ils projettent l’avenir et les conséquences. Funestes... La télévision arrive. Tout s’enfle, se précipite, s’accélère, se multiplie, foisonne, se matérialise. Terrible. Au commencement était le verbe. A la fin c’est l’image. Même le 15 août nous sommes soumis aux cadences infernales de l’info.

Un pompier nommé Chirac

Depuis fin juillet, ça n’arrête pas. La France brûle. Des arbres centenaires qui regardèrent passer l’empereur déchu mais encore debout, retour de l’île d’Elbe, sont devenus des torches. Quarante-cinq mille hectares de forêts françaises sont partis en fumée. De mon fauteuil à bascule, je les ai vues. D’énormes tourbillons noirs que le mistral déchirait et brassait au-dessus d’une mer de flammes, aux vagues jaunes et rouges, déchaînées, en tempête. De brasier en brasier, elles déferlaient jusqu’à lécher les murs des maisons et les caravanes des campings. Des tribus de vacanciers, hagards, erraient dans la campagne. Ils finissaient par s’entasser dans des salles des fêtes et des gymnases. Drôles de fêtes. Drôle de gymnastique. Ils s’écroulaient sur leurs litières, hébétés. Etait-il politiquement correct que les vacances, parties pour le bonheur, pussent basculer dans l’horreur ?

Au bord de l’épuisement, les soldats du feu passaient en traînant des kilomètres de tuyaux. Ils parlaient avec dignité de leurs camarades morts au combat ou grièvement blessés dans la fournaise. Avec la même simplicité ils évoquaient les causes du désastre : l’exode des ruraux, le mauvais entretien des forêts, la sécheresse, les vents forts, le manque de moyens et, d’une voix plus sourde, l’origine criminelle de certains foyers.

La simultanéité de leurs départs ne permettait pas qu’on éludât cette éventualité. Gestes individuels de crétins ou de malades sado-dingos ? Actions concertées, inspirées et conseillées par des techniciens ? On ne pouvait rien écarter. Les forces ne manquent pas qui souhaitent augmenter les difficultés que connaissent la France et le gouvernement de M. Raffarin.

Le président de la République reprenait la balle au bond. Il se trouvait à Tahiti. Tout le monde ne peut pas aller à Maubeuge. M. Chirac est un grand voyageur. A Bercy, économies obligent, on se demande parfois s’il n’y aurait pas avantage à vendre l’Elysée pour acheter un mobile home. Il en existe de très confortables. Le temps d’ôter son collier de fleurs et d’arrêter les ukulélés, le Président montait au créneau. Depuis Papeete, il tonnait :

- Les coupables seront recherchés avec une extrême rigueur (...). Les sanctions seront d’une extraordinaire sévérité.

Paroles mémorables ! Quand le chef de l’Etat, chargé de « veiller au respect de la Constitution » (art. 5) et « garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire » (art. 64) annonce publiquement qu’à partir de dorénavant les magistrats seront obligés de prononcer des sentences « d’une extraordinaire sévérité » contre des (présumés) coupables non encore identifiés, il n’y a plus ni séparation des pouvoirs, ni indépendance du pouvoir judiciaire, ni juste application du Code de procédure pénale, ni respect de la Constitution.

M. Montebourg, ne serait-ce pas le moment de remettre en marche le train pour la Haute Cour ? La forfaiture, c’est quand même autre chose que les dessous-de-table.

De la Corse à l’Irak

L’actualité galopait. Elle ne ménageait même pas M. Sarkozy, qui est pourtant la mascotte du régiment. Le soir du référendum perdu de M. Chirac, blême, l’oeil mauvais, les mâchoires crispées, le ministre de l’intérieur s’était déjà ridiculisé en déclarant :

- Le temps de l’impunité est révolu.

Dangereuse formule. Elle signifiait que, les Corses ayant mal voté, ils ne bénéficieraient plus de l’impunité que M. Sarkozy leur avait jusque-là consentie.

Estimant de bonne politique d’appuyer la fermeté présidentielle, il récidivait et confirmait :

- Les autorités seront sans pitié.

Plus d’impunité, pas de pitié, la double menace faisait frémir. Elle n’arrêtait pas l’incendie pour autant. Il continuait de ravager le Midi de la France sans faire de discrimination entre les départements du continent et ceux de l’île de Beauté. Tout feu, tout flamme, les patriotes de la Corse seule en profitaient. Pour punir Paris de n’avoir su imposer le "oui" à Bastia et Ajaccio, ils reprenaient le cours de leur dialectique explosive. Ils détruisaient des édifices publics payés par les contribuables français parmi lesquels devaient bien figurer quelques Corses. Ils faisaient sauter les villas des Corses du sol, venus du continent apporter les ressources du tourisme à l’île de leur coeur. L’hospitalité est un des fondamentaux (comme on dit aujourd’hui) de l’âme corse. Ils poursuivaient la provocation jusqu’à briser la plaque commémorative de l’assassinat du préfet Erignac. Sa mort ne devait pas leur suffire. Pour l’amusement des gamins quatre malfrats s’évadaient de la célèbre prison d’Ajaccio, à l’aide de deux draps noués et d’un couteau suisse. Les terroristes n’étaient pas terrorisés.

A Bagdad et Jérusalem non plus. Depuis le 11 mai, date de la fin des combats en Irak, le nombre des morts et blessés anglo-américains était plus grand que durant toute la guerre. Il ne se passait pas de jour sans qu’un ou deux libérateurs ne tombent sous les coups des libérés enragés. Visiblement l’opération baptisée "Liberté de l’Irak" ne rencontrait pas l’enthousiasme escompté. Le 19 août un camion piégé (par qui ? La main qui arme peut très bien ne pas être la main qui tue) faisait exploser le quartier général de l’ONU à Bagdad. Il y avait 24 morts, dont M. Vieira de Mello, représentant spécial de Kofi Annan. Le très francophile M. de Mello était chargé de négocier l’internationalisation de l’administration transitoire en Irak. Le général Sharon n’a pas dû le pleurer beaucoup. Quoique Israël doive son existence aux Nations Unies, les sionistes se sont toujours méfiés de l’ONU. Ceux qui ont la mémoire moins courte que les autres se souviennent du 17 septembre 1948. Ce jour-là le comte Folke Bernadotte, chargé par l’ONU de négocier l’internationalisation de Jérusalem, et le colonel Serot, étaient abattus par un terroriste juif. Celui-ci appartenait à un mouvement dont le général Sharon se réclame aujourd’hui. Ce qui explique sa politique et pourquoi la "feuille de route" devient la feuille de déroute de la paix.

Un été impitoyable

En France les intermiteux du spectacle entraient en scène. Sous couvert de défendre la culture, ils empêchaient les festivals d’avoir lieu en Avignon, à Aix, La Rochelle et dans d’autres villes de moindre renom, afin de concentrer toute l’attention sur le festival du Larzac.

L’intérêt de la manoeuvre n’échappait pas au président Chirac. Il se trouvait au Canada. Depuis la cabane de Line Renaud, il donnait ses instructions à Perben. Il fallait élargir Bové et sa pipe. Présents au Larzac, ils feraient un malheur. Pour le PS, s’entend. Hollande est révulsé par l’intellopopulisme. Il mobilise les instits, qui furent les hussards de la gauche plurielle, et divise les électeurs de la gauche tout court. Dans cette situation, les chances de Chirac d’être reréélu en 2007 montent, et quand les chances de Chirac montent, le Président jouit. Z’avez compris, Perben ? Exécution.

Bové et sa pipe libérés, le Larzac fut une réussite grandiose. Les internationalistes s’échauffèrent en expliquant comment ils allaient abattre le nationalisme en combattant le mondialisme, pendant que les balèzes de la non-violence démontaient le stand du PS, aux applaudissements du camarade Mélanchon, le bras gauche du citoyen Emmanuelli. Ça commençait bien.

A des milliers de kilomètres du Larzac, à Vilnius, en Lituanie, un autre apôtre de la non-violence faisait la démonstration de ses dangers. Ignorant ce qu’était la violence puisqu’il était non-violent, Bertrand Cantat, le délicat poète de Noir Désir, défonçait à coups de poing le visage de son amie, Marie Trintignant. Il la jetait à terre, puis la portait sur leur lit d’amour où elle ne tardait pas à succomber à ses blessures. Drame passionnel dans le show-biz. L’actualité se régalait. Pauvre Marie ! Mais quelle idée sa mère avait-elle que d’aller en Lituanie tourner un film sur Colette, dont l’oeuvre sent tellement les fleurs, les fruits et l’air de la campagne française ? Un tel sacrilège ne pouvait que mal se terminer.

L’actualité rebondissait. Après avoir brûlé nos forêts, le feu du ciel carbonisait les vieillards les plus fragiles. Au moment où j’écris il est question de 13 000 morts. Heureusement, le président Chirac est rentré du Canada frais comme un gardon, en pleine forme, bronzé, dopé au sirop d’érable, juste à temps pour présenter ses condoléances aux familles des victimes et leur assurer que tout serait mis en oeuvre, etc., etc.

Hollande sautait sur l’occasion pour faire oublier Bové, sa pipe et le Larzac. Il accusait le professeur Mattéi et M. Raffarin d’être les responsables de ce que certains appelaient déjà "le nouvel holocauste" ou "le nouveau génocide". Dangereuse polémique ! Même si l’on s’estime "ni coupable, ni responsable" à perpète, on ne gagne rien à monter au mât de cocagne, quand on a aux fesses les morts du sang contaminé.

31 août. Les feux repartent. Les attentats se multiplient en Corse. A la veille de la rentrée scolaire, les syndicats des enseignants se déclarent prêts à faire grève pour que les jours de grève soient payés. Fin du championnat du monde d’athlétisme. La France obtient sept médailles dont une à une Française d’origine européenne. Positivons. C’est la victoire posthume du colonialisme et de ce que fut l’Empire français.

François Brigneau
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