Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 300 du 4 septembre 2003 - p. 15
Le journal des dames
par Marie-Claude Monchaux
Cette année, les hortensias sont magnifiques

Les "carnets de voyage" de Gallimard sont l’un des sommet de l’édition d’art, ils y apportent le mérite d’être accessibles. Je les aime tous. J’ai envie de tous : "Vézelay", "les Iles grecques"... mais le joyau, à mon avis, c’est "au fil du Lot", écrit et magnifiquement illustré par Vincent Desplanche. Paul, après l’avoir longuement regardé, m’a dit : « En août, je vais prendre mon sac à dos, ma tente, ce livre, et je vais faire le parcours, de Villeneuve-sur-lot jusqu’au Gévaudan. Ce sera une balade d’enchantement. » Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pouvoir l’accompagner. Au pied d’un mur jaune, une ombre sur le pont Notre-Dame de Mende m’évoque "le petit mur jaune" de Vermer chez Proust. Je suis très intello parfois, prétend Colombe. Mais Vézelay ! Ah Vézelay, illustré par Arnaud d’Aunay ! Il y a des paysages de Péguy, des portes anciennes, des tours, des couchers de soleil.

- Pas tout à la fois, je n’ai pas les moyens, dit Paul, mais l’an prochain, je ne dis pas.

C’est dire si la collection donne des coups de coeur...

***

Cette année, les hortensias du jardin sont magnifiques, et mon magnolia grandiflora a tellement grandi que je ne peux plus pencher les rameaux pour respirer l’enivrante odeur citronnée des énormes fleurs de cire blanche. Comme il est court, le temps des roses !

Je ne verrai plus, au mois de mai, les petits villages croulant sous les glycines, que nous parcourions en auto, mon mari et moi, cherchant lequel était le plus joli.

Ils me sont aussi loin que les rues de Paris que j’aimais tant à parcourir, entre la rue de Lille et Saint-Germain-des-Prés. Ma boîte à chaussures, bourrée de livres, m’étouffe parfois. Rue Bonaparte, rue de Buci, leurs petits bistrots... (ces petits bistrots qui rappellent aux lecteurs du Libre Journal Jean Nouyrigat tôt disparu) où je ne rejoindrai jamais plus Serge de Beketch, pour quelques heures d’amitié. Mais je crois que je me laisse aller à la mélancolie, Fi donc ! dirait Molière.

J’ouvre les mémoires de la Comtesse de Boigne et une petite photo en tombe. Je l’ai reçue il n’y a pas longtemps dans un journal. Elle représente le profil échographique d’un foetus de douze semaines avec la mention "à avorter" et ma colère me reprend. Pendant que j’écris ces lignes, des femmes font supprimer leurs bébés, le docteur Dor s’épuise et je suis là à me lamenter...

- Qu’est-ce que tu y peux ? dit Colombe. Le Libre Journal n’est pas Le Nouvel Obs, et n’est pas lu par les mêmes personnes. Tu prêches des convertis. C’est dans Marianne ou La Vie (ex-catholique) qu’il faut écrire cela. Si tu veux être suivie.

- Il y a deux France, ma Colombe. L’une est fourvoyée dans l’immigration, dans l’avortement, dans la drogue, l’autre, les mains liées, regarde impuissante la France catholique s’engloutir. « Quand tout est perdu, ai-je lu jadis, un miracle survient et sauve la France ». Mais le miracle tarde beaucoup, je trouve, et l’irréparable a été commis dans ces millions de petites créatures humaines avortées, et dans ces millions de jeunes qui se "défoncent" au cannabis.

- Tu est bien pessimiste, ce soir.

- Je vois ma France, Colombe, ma France. Tiens, des années Pompidou malgré ses erreurs. Elle était encore vivante, encore capable de se relever de ses miasmes, et puis il y a eu 68 et le début de tous les excès. Nous en payons les pots cassés ! Je vais te faire sursauter, mais la France que voulait le Maréchal Pétain était une France idéale, avec une vraie paysannerie française et des écoliers qui savaient lire et écrire à six ans. Je sais : il y avait les Allemands, ça gâche tout dans le décor. Mais sans eux, que la France de Pétain eut été belle ! Il honorait les travailleurs, il ne faisait pas de désastreuse politique d’immigration ; il l’aurait voulue propre, la France, heureuse, honorant les mères, les encourageant, les récompensant.

- Il y avait l’avortement clandestin, dit Paul.

- Au moins, il n’était pas encouragé, c’est tout ce que l’on peut dire, et il n’était pas si pratiqué qu’on a bien voulu le faire croire. C’est encore l’un des bobards du Planning familial, cet encouragement au crime organisé. Combien de petits foetus dans des fours crématoires, veux-tu me le dire ?

- Pétain détestait les juifs, non ?

- Non. C’était Hitler, et la mainmise allemande sur notre sol qui a fait tout le mal. Soit dit entre nous, je n’ai rien contre les juifs, mais contre Israël et sa politique expansionniste, oui ! Mais cela nous entraînerait trop loin, Paul !

- Sabra et Chatila, dit l’oncle Antoine, est un crime d’Ariel Sharon. Israël est un pays aussi dur que l’Allemagne l’a été avec la France pendant les années de guerre, et Israël traite les Palestiniens en parias. Aucun journal de kiosque de gare n’osera jamais publier cela. Je me demande si Le Libre Journal le dira noir sur blanc. Les juifs en France n’auraient pas été inquiétés par le maréchal Pétain sans la main de fer allemande. Oh, Hitler à fait du bien sans le vouloir en détournant sur sa tête la guerre mondiale. Il a été l’arbre qui cache la forêt. On ne s’en rend pas compte.

- Quelle était la forêt ? dit Colombe.

- L’Union soviétique et le communisme. Là était le plus grand danger.

- Mais Hitler les a combattus, dit Paul.

- Une chance pour nous. Sans cela, nous serions citoyens soviétiques et crois-moi, ce n’est pas enviable.

- La politique est trop difficile, dit Colombe, je renonce à m’y retrouver. C’est vraiment des terribles fâcheries de grandes personnes pour des raisons que je ne comprends pas toujours parce qu’elles sont tellement alambiquées ! Si je comprends bien, les communistes ont été pires qu’Hitler ?

- Il y a eu des centaines de milliers de morts en camps soviétiques, des milliers de fois plus qu’en Allemagne dans les années noires, et les communistes haïssent les juifs autant qu’Hitler.

- C’est trop difficile pour moi, tiens !, dit la petite Colombe et sous le nez de Paul qui les déteste, elle se met à habiller ses poupées Barbie.

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