Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 300 du 4 septembre 2003 - p. 17
L’histoire à l’endroit
par Laurent Blancy
Un héros fasciste : Filippo Corridoni

Aucune doctrine politique n’a été autant calomniée que le fascisme. Et rien ne montre mieux l’énormité du mensonge historique, l’odieux des contre-vérités sur la réalité de cette idéologie européenne que le destin exemplaire d’un de ses plus illustres précurseurs, Filippo Corridoni, dont la statue héroïque orne une place de sa ville natale, l’antique Pausula, qui porte aujourd’hui, en hommage à son illustre enfant, le nom de Corridonia.

Né le 19 août 1887, Filippo Corridoni s’établit à Milan en 1905. Diplômé de l’Ecole supérieure de l’industrie de Fermo, nourri des oeuvres de Georges Sorel, Enrico Leone et Gustave Hervé, il se jette à corps perdu dans la lutte sociale au sein des Syndicalistes révolutionnaires.

Pour Corridoni, le syndicalisme ouvrier peut constituer un Etat dans l’Etat pour parvenir par étapes à la conquête du pouvoir. Austère, téméraire, il sait imposer ses idées à la foule avec cordialité. Il soutient également avec fermeté nombre de batailles qui l’obligent quelque temps à l’exil. A partir de 1907, il mène une lutte très âpre contre la Confederazione generale del lavoro en déployant beaucoup d’ardeur au milieu des grévistes et des agitateurs. En 1908, à Parme, il conduit la plus longue, la plus virulente, la plus imposante grève générale du syndicalisme italien avec l’anarcho-syndicaliste Alceste De Ambris, qui accompagnera plus tard D’Annunzio à la prise de Fiume.

Cependant, fort de son expérience dans tous les combats sociaux, son approche du syndicalisme s’élargit, mûrit. Corridoni pense davantage à une révolte de la bourgeoisie aidée par l’avènement d’une classe dirigeante apte à entreprendre une lutte décisive. Il déclare alors se trouver confronté à l’immaturité des classes prolétariennes dont les problèmes ne pourront se régler qu’avec le concours des autres classes sociales. Il délaisse alors les lubies internationalistes pour le combat patriotique et rejoint Benito Mussolini.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, Corridoni est en prison. Arrêté, tabassé par la police intervenue contre un meeting tenu avec Mussolini devant cent mille ouvriers rassemblés aux arènes de Milan, il purge une peine de trois mois et seize jours.

Relâché le 14 septembre 1914, il déclare : « En m’arrêtant, la réaction croyait nous dompter pour étouffer la foi et l’idéal du peuple. S’ils n’ont pas réussi aujourd’hui, ils n’y parviendront pas davantage demain. » Tout est dit.

A ce moment l’opinion publique italienne est divisée et Corridoni entend peser de toute son influence pour que l’Italie entre en guerre. Dans le premier numéro du journal de l’Unione Syndicale Milanese, il s’exprime avec clarté et franchise : « En Allemagne, les prolétaires ont déclaré être d’abord des Allemands et ensuite des socialistes. Voici un fait que nous ignorions et à l’égard duquel nous avons eu tort de ne nourrir aucune méfiance. Certes, nous ne sommes pas des obstinés, des gens qui veulent avoir raison à tout prix, mais si l’ouvrier est en proie à l’affolement, s’il ne distingue pas le mal du bien, cela est entièrement de notre faute. Nous avons développé son égoïsme, nous avons vu en lui un pur et simple bouffeur de pain. Or, le problème de la guerre est trop important pour un cerveau de prolétaire. Car dans la guerre, l’ouvrier ne perçoit que le carnage, la misère, la famine. Mais lui importe-t-il de savoir si les sacrifices consentis aujourd’hui apporteront demain de nouveaux bienfaits ? Lui importe-t-il de savoir si la guerre amènera la révolution sociale et éliminera les derniers écueils de féodalité ? Du pain, oui, mais aussi des convictions, de l’éducation ! Le prolétariat n’existera pas avant qu’il n’ait eu conscience de sa classe. Et il en sera toujours ainsi, si une organisation extérieure ne vient pas élargir ses horizons de lutte pour lui offrir d’autres batailles que celles concernant seulement les questions de salaires, d’horaires. Nous mangeons pour vivre et non l’inverse. C’est pourquoi nous voulons éclairer les nouvelles voies de la marche prolétarienne. »

La position de Corridoni - qui rappelle étrangement la condamnation du "trade-unionisme" par Lénine - sera longtemps contestée. Lors de sa première apparition publique, après son incarcération, il est apostrophé et traité de "vendu". Il ne faiblit pas : « Le don de soi ne se fait pas pour mourir mais pour vivre. N’êtes-vous pas prêts à donner votre vie pour vos convictions, comme je le suis pour les miennes ? »

Corridoni réussit ainsi à gagner l’appui de la foule. Le début du mois d’octobre voit la naissance du Comité d’action révolutionnaire et interventionniste. Son siège est à Milan. Parmi les adhérents, se trouve déjà Michele Bianchi, qui sera l’un des organisateurs de la marche des chemises noires sur Rome en 1922. D’ailleurs le mouvement fasciste fondé par Mussolini en 1915 sous le nom de Fasci di azione rivoluzionaria connaîtra une transformation agréée par M. Bianchi en 1919 et s’appellera Fasci italiani di combattimento.

(à suivre)

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