Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 300 du 4 septembre 2003 - p. 21
C’est à lire
Beigbeder ne casse rien
au "World Trade Center"

C’est l’incontournable (comme on dit encore pour plus très longtemps) de la rentrée littéraire. Tout le monde en parle : Beigbeder, incarnation du carnaval médiatico-branchouille est à la fois un peu précieux, très snob et vraiment-si-rigolo-trouvez-pas ? On le voit partout : à la télé, dans les machins à la mode, dans les fabriques de slogans publicitaires et à la fête de l’Huma. Puisqu’il a été le parolier présidentiel de Robert Hue dit Bob alias double-mètre (nain de jardin et nabot intellectuel), c’est forcément un type épatant.

Il a écrit un livre grotesque dont le tout le monde se contrefout mais qui obéit aux critères de Maastricht : à la fois menteur, putassier et rédigé dans aucune langue connue.

Résumons la chose pour la forme : Beigbeder, viré de Canal Plus et plaqué par sa maîtresse, raconte ses malheurs à sa fille depuis un restaurant parisien branché-perché en les mettant en parallèle avec le drame d’un père de famille bloqué dans le restaurant du World Trade Center au moment de l’attentat du 11/9 et qui tente de convaincre ses enfants que l’horreur qui les entoure est un grand spectacle (merci à Vincenzo Cerami et Roberto Begnini, auteurs de "La vie est belle", où un père fait croire à son fils que le camp de concentration où ils sont enfermés est une sorte de parc d’attractions...)

Pour la critique, le but n’est pas d’avoir une opinion sur Beigbeder (par raison supérieure, elle est forcément bonne) ni de penser quelque chose de son livre (on ne peut pas tout lire) mais de faire, à propos de cet opuscule, un petit numéro de virtuosité précieuse qui vendra ce pur produit marketing au maximum de bobos-gogos tout en lâchant sur l’auteur et son style quelques vachardises convenues qui permettront de ne pas avoir l’air d’être dupe.

A ce petit jeu bien parisien, l’éditorial de Pierre Assouline dans Lire est un modèle de connivence oblique qui parle « architecture astucieuse... narration habile... narcissisme bien tempéré... délire maîtrisé... emballage épatant » et avec un culot infernal, révèle, à la manière d’un prestidigitateur jaloux qui balance le secret du concurrent plus coté, la clef de l’opération : « l’ensemble paraîtra trop malin pour ne pas être soupçonné de marketing ». Soupçonné ? Tu parles !

Dans toutes les émissions où il est invité à parler de son chef-d’oeuvre (la chose est entendue), Beigbeder se pose comme le Vidal-Naquet de Meyssan, auteur du best-seller de l’an passé : un recueil de dossiers Internet visant à nier qu’un avion détourné a été précipité, le 11 septembre, sur le Pentagone.

Son livre à lui, explique Beigbeder, n’est pas un roman de rentrée, mais plutôt un modeste (bien sûr) acte de résistance contre le négationnisme. Or Meyssan (quoi que l’on pense de lui par ailleurs) met en doute la réalité de l’écrasement d’un avion sur le Pentagone et pas du tout la réalité de l’attentat contre les tours de Manhattan.

En somme Beigbeder se conduit exactement comme les truqueurs exterminationnistes qui, pour ne pas aborder les questions posées par les révisionnistes sur l’existence des chambres à gaz, prétendent que ceux-ci nient l’existence des fours crématoires, voire des camps de concentration.

Et l’analogie va plus loin encore puisqu’au dossier technique établi par Meyssan, Beigbeder répond par une oeuvre romanesque que l’on utilisera comme on utilise aujourd’hui le "Journal d’Anne Frank" pour faire taire Faurisson.

Voilà pourquoi tout le monde parle de ce livre qui, par ailleurs, évoque pour l’intrigue la collection Harlequin et pour l’écriture les slogans publicitaires en petit-nègre à l’usage des analphabètes.

Ce qui permet d’en éviter la lecture sans dommage pour l’intelligence.

Serge de Beketch

"Windows on the world" par Frédéric Beigbeder, éd. Grasset, 374 p., 18 teuros.
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