Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 301 du 17 septembre 2003 - p. 3
Parlons franc
Le crime imprescriptible

A Luri, petit bourg de Haute-Corse (moins de mille habitants) une centaine de villageois ameutés cadenassent la grille de la gendarmerie sous la conduite de chefs connus comme séparatistes ou indépendantistes ou sécessionnistes mais en tout cas pas nationalistes contrairement à la confusion langagière qu’entretiennent les médias : Edmond Simeoni, fondateur du collectif Chjama Naziunale et Jean-Guy Talamoni, porte-parole de Corsica Nazione.

Ces insurgés exigent la mise en liberté de suspects mis en garde à vue après la découverte à leur domicile « de bouteilles et de substances qui entrent dans la composition des cocktails Molotov ».

Aussitôt, le procureur de la république en personne se précipite pour leur donner satisfaction. Les suspects sont libérés, les grilles sont décadenassées et aucune poursuite n’est engagée contre les organisateurs de ce qui constitue pourtant le crime de séquestration d’officiers et sous-officiers dépositaires de l’autorité de l’Etat.

Les questions que pose ce curieux mélange d’histoire corse et de blague de pandores sont celles-ci :

Quel imbécile est responsable de ce pas de clerc qui ressemble tout à fait à une provocation ?

Qui a ordonné l’arrestation de citoyens sous prétexte qu’ils détenaient des bouteilles et des substances entrant dans la composition du cocktail Molotov, c’est-à-dire comme le sait à peu près n’importe quel militant un peu actif (et n’importe quel internaute qui a consulté les cent cinquante-sept sites qui donnent des recettes de machines infernales), de l’essence, du savon en paillette et des chiffons ?

Et ce dans un pays où, de l’adolescent boutonneux à l’aïeul cacochyme, pas un homme qui ne conserve une escopette, voire un pistolet-mitrailleur parachuté voilà soixante ans avec les munitions y afférentes comme disent les rapports de gendarmerie.

On aurait voulu provoquer cet incident déshonorant que l’on ne s’y serait pas pris autrement.

Qui a donné au Procureur le feu vert pour ordonner la remise en liberté immédiate de ces redoutables détenteurs d’armes de destruction massive en échange de la promesse que leurs amis allaient rendre leur liberté aux gendarmes qui avec leurs familles contemplaient cette agitation depuis les fenêtres de la gendarmerie ?

Que faut-il conclure de cette affaire ?

Que les Français qui détiennent des bouteilles, de l’essence, du savon et des chiffons sont désormais tous des suspects en puissance ?

Que les gendarmes sont à ce point sous-équipés qu’ils ne possèdent même pas une pince coupante ?

Qu’ils n’ont pas les moyens de faire circuler une centaine de manifestants ?

Qu’ils sont trop vieux, trop gras, trop fatigués (ou trop apeurés) pour rattraper à la course les chevaux de retour de la provoc qui ont organisé cette émeute ?

Ou bien plus simplement que les ministres concernés (Alliot-Marie, Sarkozy et Perben) leur ont ordonné de se laisser botter le cul sans broncher, de Bonifacio au cap Corse, en comptant bien les envoyer ensuite se passer les nerfs, le long des autoroutes du continent où les chauffards qui roulent à cent-trente-deux kilomètres/heure vont voir de quel bois ils se chauffent et ce qu’il en coûte de prendre des libertés avec la loi ?

Comment voulez-vous qu’après ça les Français prennent au sérieux leurs gendarmes, leurs procureurs leurs magistrats et leurs ministres ?

Comment voulez vous avoir autre chose que du mépris pour ce gouvernement de fiottes qui laisse les gendarmes se faire ridiculiser, les pompiers se faire caillasser, les flics se faire insulter, les filles se faire violer, les Français se faire chasser de certains quartiers, les toqués des rave-parties se droguer sous les yeux des gendarmes avec de la came contrôlée par les médecins officiels, la racaille foutre le littoral à feu.

A croire, vraiment, que le seul crime imprescriptible est aujourd’hui de rouler à soixante kilomètres heure en ville, sans ceinture, en gueulant « à bas les islamistes », dans son téléphone portable ?

Serge de Beketch
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