Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 301 du 17 septembre 2003 - p. 7
Traditions
par Michel de l’Hyerres
Où allons-nous ?

Depuis plus d’un quart de siècle, j’avais trouvé, en furetant aux Presses universitaires de France, l’ouvrage fondamental d’Alexis de Tocqueville (1805-1859) : "La Démocratie en Amérique" suivi de son "Ancien Régime et la Révolution"...

Je m’aperçois aujourd’hui que cet immense sociologue et historien n’avait exposé les causes de la Révolution que sous son aspect rationnel et que sa vision prophétique avait ignoré ses antécédents religieux.

Toujours furetant, comme le solitaire cherche, dans un bois, des champignons, j’avais depuis longtemps dans le collimateur Mgr Jean-Joseph Gaume (1802-1879) et c’est à Villepreux, à l’Université d’été de Renaissance catholique, que je viens de tomber en arrêt, enfin, devant certains de ses livres, à la librairie de Jean Auguy (DPF). Parmi une oeuvre très importante disponible aux éditions Saint-Rémi, son ouvrage "Où allons-nous ?", publié en 1844; achève de m’éclairer sur la marche de notre civilisation en ces deux derniers siècles.

Pourquoi ce génie, doté par Dieu d’un discernement de l’esprit, d’une clairvoyance prodigieux, est-il demeuré dans l’ombre, dans l’oubli même, alors que son contemporain Tocqueville connaissait la célébrité ? C’est tout simplement parce que cette lumière dérangeait le conformisme ambiant de décadence, ce mouvement irrésistible du déclin européen, lequel ne pouvait tolérer ce qui ne le servait pas : mouvement auquel peu échappent, y compris hélas chez certains de nos amis qui écouteraient volontiers le chant des Sirènes tout en refusant d’entendre ceux qui veulent et peuvent les sauver. Notre La Fontaine aurait dit : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. » Comme le R. P. Bruckberger, Mgr Gaume fait partir la décadence de l’Occident du XVIe siècle, de la Renaissance païenne et de Luther : c’est ainsi que les Modernes, c’est-à-dire les décadents, traitent et continuent de qualifier, ne craignons pas de le répéter, « d’obscurantisme moyenâgeux » et même de « barbare » la période la plus haute, la plus forte, la plus originale de notre civilisation dont l’éminente qualité, la plus vitale, la plus vigoureuse fut celle de la foi.

« Noble fille du Calvaire, l’Europe, pendant douze siècles, s’était nourrie des saines et fortes doctrines du catholicisme » (P. 55).

Notons immédiatement que cette suprême, puissante et longue époque, c’était aussi celle de la féodalité, d’abord barbare, brutale et cruelle, que notre sainte Eglise allait par son exemple et sa prédication peu à peu conduire à une perfection : celle de la chevalerie du Moyen Age ! Alors, me direz-vous, que faites-vous des temps dits "modernes", en particulier le fameux XVIIe siècle dont se glorifient nos monarchistes et plus particulièrement le règne glorieux de Louis XIV ?

Avez-vous remarqué que Le célèbre "Cid" de Pierre Corneille, pourtant personnellement très catholique, avait déjà complètement occulté notre foi ? Comme si déjà, plus de deux siècles avant Nietzsche, "La mort de Dieu" était annoncée !

Si vous visitez, par exemple avec Monsieur Beurtheret, Versailles et ses jardins, vous remarquerez aussi que la majestueuse ordonnance de ce chef-d’oeuvre est intégralement païenne, dedans comme dehors, et que la chapelle du roi n’est qu’une pièce rapportée qui, esthétiquement, dérange et dépare l’harmonie générale.

Comme s’il existait incompatibilité entre christianisme et paganisme.

Louis XIV, "le roi soleil"; avait anticipé le centralisme jacobin, selon le processus décrit par Tocqueville, en plaçant rationnellement sa chambre à coucher au centre convergeant des avenues de Versailles, donc du royaume et de l’Europe, pour s’ériger, par orgueil, en "homme devenu Dieu" !

A l’aspect rationnel s’ajoutait donc son paganisme de fait qui allaient induire la révolte philosophique et l’explosion révolutionnaire qui devaient emporter à jamais la société traditionnelle...

« ... Lorsque l’homme, se déifiant lui-même, se sera mis à la place de Dieu, nous pourrons dire en toute assurance que le règne anti-chrétien approche. » (p. 175).

(A suivre)


Mgr Jean-Joseph Gaume, "Où allons-nous", éditions Saint-Rémi, disponible à la D.P.F, 17,94 zeuros + port.
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