Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 301 du 17 septembre 2003 - pp. 8 et 9
Notes sans grande portée
Journal de François Brigneau
Bush seul comme un grand

Au début de cette année, sur les conseils des Rumsfeld, Wolfowitz and C°, ses faucons sionistes, le président Bush décida qu’il n’avait nul besoin de l’aval de l’ONU pour couper les moustaches de Saddam.

Non seulement il n’avait pas besoin de l’aval de l’ONU, mais il se fichait de ses mises en garde, des avis de ses experts et de la réprobation de la majorité de ses membres. Avec Tony Blair en serre-file, un quarteron de lanceurs de boomerang venus d’Australie et une vingtaine d’Etats-peones fournissant les plongeurs pour la vaisselle, le président Bush se faisait fort de mener à bien l’opération "Choc et effroi" sur Bagdad.

Seul, il forcerait la bête Hussein dans sa tanière et la mettrait hors d’état de nuire.

Seul, il trouverait et détruirait les armes de destruction massive que le dingo mûrissait dans ses mines lointaines.

Seul, il s’enrichirait aux sources et aux ressources fabuleuses de l’or noir. Quand on aurait tout cassé, laminé, écrasé, seul il tirerait d’énormes profits de la reconstruction.

Seul, il apporterait la sécurité, la prospérité et les bienfaits de la Démocratie aux Irakiens accablés par dix ans de blocus et dix jours de bombardement total.

Seul, il imposerait au Proche-Orient - Palestine et Israël compris - les délices de la douce Pax americana. Et alors, après avoir enfermé Saddam Hussein, le tyran vaincu, dans une cage de fer, après avoir débarrassé le monde de l’hydre du terrorisme, qui pourrait empêcher le chef de guerre victorieux d’être réélu chef de l’Etat américain ?

Qui ?...

On vous le demande. Et la voix répondit :

- Mais George W. Bush lui-même, bien entendu.

Révision déchirante

Quelques mois passèrent...

Le 7 septembre dernier - ou le 8, selon les fuseaux horaires - sur tous les écrans de toutes les télévisions de la terre, de la mer et du ciel, le chef de guerre victorieux apparut, pas au mieux de sa forme, il faut bien le dire.

Un peu blême, un peu blet, un peu bigle, il expliqua, avec la voix de Donald le Canard, qu’il avait eu raison d’aller renverser la dictature à 10 000 kilomètres du Texas.

Certes il eût été plus rapide et moins coûteux d’aller à Cuba déquiller Castro. Mais Cuba ne possède pas de pétrole et Israël ne se sent pas menacé par Castro. (Cela le président Bush évita de le dire. Je ne dois pas être le seul à l’avoir pensé.) Les stratèges préférèrent donc Saddam Hussein et l’Irak, aux applaudissements de la communauté juive, dont le poids électoral n’est pas négligeable.

Si justifié qu’il fût, ce choix allait s’avérer plus long, plus compliqué, plus coûteux et plus « difficile » que prévu. « Difficile » fut le mot qu’il employa. Les autres, il se contenta de nous les faire comprendre. Nous l’avons compris.

En conséquence, devant cette situation « difficile », aujourd’hui le président Bush se résigne à battre le rappel.

Sur le papier, la conquête du monde par la force que l’idéologie des faucons enfanta, c’était du gâteau. Sur le terrain, c’est plus duraille et coûte la peau des fesses.

« Les faits sont têtus », comme disait le camarade Lénine, qui dût son irrésistible ascension aux banquiers juifs d’Amérique. Le président Bush est obligé de changer d’allure. Il appelle à l’aide. Pour terminer le travail il a besoin de l’ONU, de renforts et de sous.

Sa formulation fut plus ambiguë que mon propos, mais celui-ci résume bien le discours. Nul ne peut en douter. Il y a de la révision déchirante dans l’air, et son fond devient frais.

Rumsfeld et les Babushmen

Dans un an les Américains voteront pour élire leur 44e président depuis George Washington. La campagne démarre. Les électeurs commencent à poser et à se poser des questions. Certaines ne sont pas agréables. Par exemple... ils se demandent si le président sortant, candidat à un second mandat, n’a pas fait une énorme boulette en se lançant seul, contre l’avis du Conseil de Sécurité, dans un casse-pipe qui tourne au casse-pipe-line et au gouffre à dollars.

Pour le secrétaire à la Défense, M. Rumsfeld, tout est OK. Visitant Bagdad et ses ruines américaines, il s’est réjoui de voir des antennes de télévision repousser sur le toit des maisons épargnées par les bombes de la Liberté. Elles lui sont apparues comme le signe du retour de l’âge d’or dans la ville martyre. Cette réflexion me parait être un aveu cynique autant que terrifiant. Celui de l’importance de la télévision dans la guerre psychologique qui précède, accompagne et prolonge la guerre tout court. Pour l’âge d’or, on attendra.

Excepté M. Rumsfeld et les irréductibles Babushmen, ces godillots du Président, peu de gens paraissent satisfaits du bilan de ce que l’on présentait comme une "promenade de santé" et qui est en train de devenir un voyage au bout de la nuit.

Le président Bush a marqué quelques points à son actif. Il a balayé l’armée régulière irakienne, infiltrée par les services spéciaux israéliens et corrompue au sommet. Il a chassé le tyran et détruit le pouvoir baassiste. Il a livré Bagdad à une demi-destruction et au pillage. Il peut encore se flatter d’avoir remplacé un ordre despotique et brutal par un désordre anarchique et violent et une république laïque par un charivari islamique.

Ce n’est pas rien...

C’est tout de même assez loin des résultats escomptés.

Et les moustaches de Saddam ?

Le président Bush a eu beau tripler et quadrupler les primes aux chasseurs de têtes, il n’a pas encore réussi à couper les moustaches de Saddam. Si l’on en croit les images de la télévision arabe, elles sont aussi fournies que celles d’Oussama. On assurait les prendre tous les deux, par tous les moyens, morts ou vifs. Ils courent toujours, ou se terrent. Peut-être attend-on le moment opportun - comme pour Yvan Colonna ? Il est certain qu’en octobre 2004, une arrestation en flag et grand tralala, à quinze jours du scrutin, porterait bonheur au candidat. C’est une hypothèse qui relève plus de la politique-fiction que du vraisemblable.

En ce qui concerne les armes de destruction massive, le président Bush n’a pas connu plus de succès. Les fins limiers qui savaient tout, grâce à l’espionnage par satellites, n’ont découvert que des rogatons, de la poudre de perlimpinpin et des lance-pierres, comparés à l’attirail de mort des guerriers de la paix. Les soi-disant preuves étaient des faux. Blair a menti aux Communes. Powell a menti aux Nations-Unies. Le président Bush a menti à son peuple. Il paraît que le mensonge est ce que les Etats-Unis supportent le moins.

Dans la poudrière du Moyen-Orient, les seules armes de destruction massive qui existent appartiennent à Israël. Entre autres babioles il possède l’arme atomique, violant les règles interdisant sa prolifération imposées par les Américains. Le président Bush ne semble pas s’en émouvoir. Selon sa terminologie, l’Etat d’Israël est pourtant un « Etat-gredin », qui doit beaucoup au terrorisme.

Il l’a pratiqué avant sa naissance officielle (1947). Ne citons que le dynamitage du King David Hôtel en 1946. Il y eut 200 victimes, morts et blessés graves. Le responsable s’appelait Menahem Begin. Cela ne l’empêcha pas de devenir Premier ministre.

Un an plus tard, les Nations-Unies reconnaissaient Israël. Cette consécration officielle ne modifia pas son comportement. Israël n’a cessé de pratiquer le terrorisme. Il l’a simplement baptisé contre-terrorisme. Ce qui se passe aujourd’hui relève du terrorisme d’Etat, pratiqué selon l’enseignement de la Bible : « Tu rendras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, brûlure pour brûlure... » J’entends qu’on me rétorque : Oui, mais Israël est une démocratie. Et alors ? Les dictatures n’ont pas le monopole du terrorisme. Les démocraties peuvent être terroristes. Nous le savons depuis 1792. La Première République française s’arrogea même le droit de gouverner au nom de la Terreur.

La IIIè Guerre mondiale est engagée

Au chapitre du loto guerrier qui devait rapporter gros aux Etats-Unis, le président Bush ne s’est pas montré plus adroit. Demain le pétrole et la reconstruction enrichiront sans doute les reconstructeurs et les pétroliers. Aujourd’hui c’est plutôt la dèche. Depuis avril le Président a déjà englouti 78 milliards de dollars dans le chaos irakien. Il est contraint ce mois-ci de faire la manche au Congrès pour obtenir 87 nouveaux milliards. Le contribuable américain commence à se faire du souci. Et comme le contribuable c’est l’électeur...

Pour ce qui est de la sécurité, de la prospérité et des bienfaits de la Démocratie en Irak, il suffit d’ouvrir la télévision pour observer le succès de M. Bush. Il est limité. Les vieux Français que la canicule n’a pas totalement ramollis se souviennent encore de l’occupation allemande. Ils l’ont vécue. Elle était le fruit amer d’une guerre que nous avions déclarée, mais perdue. Force est pourtant de reconnaître qu’elle ne fut pas reçue par le peuple français comme le peuple irakien reçoit l’occupation américaine, alors que celle-ci devrait être considérée comme le fruit savoureux d’une guerre victorieuse et de libération.

Un nouvel arbitraire a remplacé l’ancien. Il n’y a plus d’armée irakienne, mais des centaines de milliers de francs-tireurs, déguisés en vaincus, guettent dans les ruines les soldats de l’armée d’occupation. Les prisons sont pleines de futurs citoyens enlevés plutôt qu’arrêtés. Les attentats s’aggravent. La répression aussi. Les bavures se succèdent. Partout ce ne sont que cris, poings levés, anathèmes, visages grimaçants de fureur et de haine. Elle a une sale gueule, la douce Pax americana !

Nous touchons ici à la conséquence la plus grave de cette guerre inutile mais de tous les dangers. En écrasant l’Irak le président Bush n’a pas écrasé le terrorisme. Au contraire, il l’a étendu et multiplié. On le voit partout et surtout en Israël et en Palestine. La disparition de Saddam Hussein n’a rien arrangé. La situation n’a jamais été plus tragique, le problème plus tragiquement insoluble ; et pour le monde entier l’aventure sioniste a changé de visage.

Le président Bush porte une responsabilité considérable dans l’accroissement du terrorisme et l’accélération de la Troisième Guerre mondiale où nous sommes désormais engagés. Si loin que nous soyons souvent de l’action du président Chirac, félicitons-nous que, grâce à lui et à M. de Villepin, la France ait eu, dans ces circonstances, une attitude courageuse, toute d’intelligence et de dignité.

François Brigneau
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