Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 301 du 17 septembre 2003 - p. 14
Entretien courtois avec...
Bernard Antony : « Les propos prêtés à Jean-Marie Le Pen par "Libération" sont une provocation imbécile ! »

Le Libre Journal : Dans Libération du 11 septembre 2003 Dely et Forcari mettent, sous le titre "Le Pen prône la solution filiale", des propos qu’ils qualifient d’ironie cinglante dans la bouche de Jean-Marie Le Pen. Selon ces journalistes ennemis et qui traînent cependant librement dans les coursives du "Paquebot", le président du Front National aurait, par exemple, qualifié votre retrait de la liste des régionales de "caca nerveux". Quelle réaction vous inspire cet article ?

Bernard Antony : C’est très simple : je ne crois pas un instant que Jean-Marie Le Pen ait tenu de tels propos et j’attends sereinement le démenti qu’il a annoncé. Nous avons nos caractères et, on le sait, il nous est arrivé de nous opposer. Même assez bruyamment. Mais notre amitié et notre respect mutuels n’ont jamais été entamés. Je connais trop la rigueur et la cohérence de l’homme d’Etat qu’est Le Pen pour imaginer qu’il ait pu proférer ces mots qui démentiraient toutes ses attitudes, tous ses choix et toutes ses amitiés.

L.L.J. : Donc, pas de "caca nerveux" ?

B. A. : Pour rester dans le registre, ce propos merdique n’a pu sortir que des cervelles latrinaires de vidangeurs de presse. Cela dit, au fond, je préfère pécher par excès de réactivité que par trop d’inconditionnalité.

Ils voudraient nous faire croire que Le Pen a changé !

L.L.J. : Le même article qui vous donne comme chef de file des catholiques traditionalistes prétend que Le Pen aurait dit : « Après le départ des adorateurs de la Lune (Mégret et ses "païens"), les catholiques traditionalistes se sont dit : "A nous la place !" Moi, je dois faire respecter la neutralité confessionnelle du FN ».

B. A. : Alors là, on nage dans le délire ! Quel catholique a dit cela ? Quand ? Comment les catholiques du Front ont-ils manifesté leurs ambitions ? Quel pu-putsch ont-ils jamais tenté ? Quelle place brigueraient-ils ? Non, vraiment Délire et Forcaly ont pété les plombs. Mais je ne m’étonne pas de lire ce genre de divagation sous la plume de journalistes de Libération dont on connaît la haine obsessionnelle du catholicisme français.

D’ailleurs, leurs inventions montrent qu’ils ne connaissent pas le sujet qu’ils prétendent traiter. Chacun sait, je l’ai écrit cent fois, que je n’ai jamais cru à l’idée d’un parti catholique. Que je me suis toujours opposé à cette confusion des genres. Ma doctrine est très exactement conforme à celle de l’Eglise de toujours, celle qui dit, après Notre Seigneur : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Quant à prétendre que Le Pen se serait déclaré le "garant de la neutralité confessionnelle", c’est une ineptie !

Il ne m’a pas attendu pour faire du Front National le seul parti politique français qui nourrit son programme du Décalogue. Il n’a pas eu besoin de mes avis pour décider que la principale manifestation annuelle du Front National serait placée sous l’invocation de Sainte-Jeanne d’Arc, la "Sainte de la Patrie" comme il l’a toujours affirmé, montrant en cela qu’il n’ignorait pas, contrairement aux politiciens de la IIIe que la Sainte et l’Héroïne n’étaient qu’une seule et même personne.

Il ne m’a pas consulté avant de décider qu’à l’occasion des BBR, une messe traditionnelle serait célébrée. Une messe, pas un service à la synagogue bien qu’il y ait de nombreux militants juifs au Front, pas une prière à la mosquée en dépit de la présence d’élus et d’adhérents musulmans, pas une cérémonie bouddhiste, pas un épluchage collectif des adorateurs de l’Oignon. Non, une messe traditionnelle selon le rite tridentin. C’est Jean-Marie Le Pen qui a voulu cela. Tout seul. Jean-Marie Le Pen, chef de file du Front National et donc, aussi, des catholiques du Front National.

Cela n’est pas précisément un signe de neutralité confessionnelle.

Ou alors cela voudrait dire que Le Pen a vraiment changé.

L.L.J. : Vous êtes donc formel : ces propos sont une invention, une grossière provocation du quotidien anarcho-bancaire.

B. A. : S’il en fallait une preuve de plus, on la trouverait dans ce mot prêté à J.-M. Le Pen à propos de mon départ : « place aux jeunes... » C’est vrai, la tête de liste dans le Sud-Ouest sera tenue par Jean-Claude Martinez qui est plus jeune que moi de... six mois mais, pour ne citer que lui, dans le Sud-Est, la troisième place qu’il m’avait proposée a été confiée à mon ami Jean-Pierre Reveau qui est un vaillant septuagénaire. Et puis, encore une fois, revenons-en à la cohérence : comment croire Dély et Forcari quand, à dix lignes de distance, ils font dire à Le Pen « place aux jeunes » et plus loin : « Appelez-moi Jean-Marie Riefenstahl(1) ! ».

Propos recueillis par
Serge de Beketch

(1) La célèbre et géniale cinéaste allemande vient de s’éteindre à cent un ans. Nous lui rendons hommage en couverture de ce numéro. NDLR.
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