Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 301 du 17 septembre 2003 - p. 22
Cinéma
"Ostalgie" pour la R.D.A. !

Monsieur le Camarade Patrick Besson et son fantomatique "Comité Erich Honecker" font aujourd’hui figure de prophètes ! Car treize ans après la chute du Mur de Berlin, « un spectre hante l’Europe » : l’Ostalgie(1).

Elle est d’abord soulevée par le film "Good bye Lenin !" de Wolfgang Becker, bien parti en France le 10 septembre après avoir rassemblé plus de six millions de spectateurs allemands.

Sujet de ce film : le 7 octobre 1989, Christiane (Katrin Sass), stalinienne enragée (depuis la disparition de son mari à l’Ouest), se rend en robe du soir aux cérémonies du 40e anniversaire de la RDA. En chemin, elle voit son fils Alex (Daniel Brühl) embarqué brutalement par les vopos et fait un infarctus qui détermine huit mois de coma. A son réveil, Alex va déployer une mise en scène extraordinaire pour lui cacher la réunification libérale de l’Allemagne.

Nous mettons au défi les anticommunistes les plus endurcis (il doit bien s’en trouver quelques-uns parmi nos lecteurs) de ne pas pleurer comme des veaux et rire comme des vaches du début à la fin de "Good bye Lenin !"

Nous avons nous-même bien salé un polo tout propre, ayant oublié notre mouchoir. Nous étions pourtant conscient de l’habileté diabolique de ce film. Il suffisait d’un coup d’oeil au générique : la musique est de Yann Tiersen, comme celle du "Fabuleux Destin d’Amélie Poulain". Le film de Jeunet a bouleversé huit millions de spectateurs dans le monde avec les "stratagèmes" d’une jeune fille pour ressusciter une France belle et heureuse, mais disparue. Le Munichois Wolfgang Becker (dont ce n’est pourtant que le 3e long métrage, à 49 ans) applique adroitement la recette à la RDA, avec les stratagèmes attendrissants de son jeune Alex. Et bien sûr s’empresse de le nier (auprès d’Aden, le 10/9) : « Si le film paraît nostalgique, c’est involontaire. Je crois que ce sont les médias qui se sont emparés de cette idée. Pour trouver une explication à l’immense succès du film, ils ont avancé cette théorie. C’est quand même une vue étroite... »

La différence, c’est qu’il y a deux ans, "Amélie" a été exclue du Festival de Cannes (blanches). Qu’elle a déchaîné les hurlements de haine francophobe d’une meute de hyènes conduite par le misérable Serge Kaganski des Inrockuptibles. Tandis que nous ne craignons pas de nous attendrir sur les victimes les plus coupables de la RDA, à présent qu’elle est hors d’état de nuire. Doit-on croire que nous avons meilleur coeur que nos adversaires ? Oui, on doit le croire.

Bien sûr, il est un peu vexant de faire chorus avec Télérama, l’Humanité et Cie, dans la louange de "Good bye Lenin !" Mais avertissons-en tout de suite nos désabonnés : à chaque fois que les gros médias avoueront qu’il fait jour à midi, nous ferons chorus avec eux. Toutefois, nous n’irons pas jusqu’à commander une automobile "Trabant", ni une cartouche de cigarettes "Juwel"... Et c’est pourtant ce que font des milliers d’Allemands. L’effet "Good bye Lenin !" a été catalysé par leur télé. Le 17 août dernier, la ZdF, suivie par trois autres chaînes, a diffusé le premier show télévisé mettant à l’honneur les produits, l’esthétique industrielle, les chansons, les fêtes et les vedettes de la défunte RDA.

L’Ossiversand, spécialiste de la VPC des produits de l’Est, a triplé son chiffre d’affaires. Un magazine de mode berlinois proclame : « C’est à Leipzig qu’il faut être ! » Le mousseux est-allemand Rotkäppchen coule à flot dans les bars branchés d’un bout à l’autre de l’Allemagne. Les expositions et les excursions "ostalgiques" se multiplient, et l’on va jusqu’à bâtir un "parc à thème" socialiste autoritaire autour du château de Koepenick, à l’est de Berlin !

Cela va peut-être un peu loin... Et cela nous rappelle ces Anglo-Saxons qui paient cher pour passer leurs vacances malmenés dans des camps nazis soigneusement reconstitués. Ou encore ces esclaves antillais qui s’étaient violemment révoltés contre... leur affranchissement !

N’est-il pas néanmoins permis de penser, devant la nostalgie de masse pour le totalitarisme dur, que le triomphe obscène du totalitarisme mou laisse quelque amertume à des millions d’Allemands, comme à nous ?

Philippe Chanteloup

(1) Ost : Est en allemand.
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