Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 301 du 17 septembre 2003 - p. 23
Chers frères
« J’étais un caractère gai »

L’ « heureux caractère » de sainte Thérèse la disposait à un certain optimisme. A la fin de sa vie, pourtant envahie par les souffrances physiques et la nuit spirituelle, elle déclara à soeur Marie de la Trinité qui se plaignait d’ « avoir beaucoup de peine de la voir malade », et « lui répétait souvent : "Oh ! Que la vie est triste ! » : non « la vie n’est pas triste ! Elle est au contraire très gaie ! Si vous disiez : "l’exil est triste !" je vous comprendrais. On fait une erreur en donnant le nom de vie à ce qui doit finir. Ce n’est qu’aux choses du ciel, à ce qui ne doit jamais mourir, qu’on doit donner ce vrai nom ; et, à ce titre, la vie n’est pas triste, mais gaie, très gaie ! » (Juin 1847. Elle meurt au début du mois d’octobre). « De jour en jour, écrit-elle à sa tante, moins d’une année avant sa mort, je deviens plus maligne, et cependant il y a bientôt neuf ans que je suis dans la Maison du Seigneur (...). Je suis aussi gale que la cigale (...). Ah, vraiment, je suis née sous une heureuse étoile ». Beaucoup de ses lettres sont pleines de gaieté, telle celle d’octobre 1895 à Madame La Néelle : « J’espère que tu n’es pas encore guérie de ta crise de gaieté ». Elle poursuit : « C’est une grande consolation pour moi, la vieille doyenne du noviciat, de voir tant de gaieté entourer mes derniers jours, cela me rajeunit et malgré mes sept ans et demi de vie religieuse, la gravité me fait souvent défaut ». Elle rit toute seule : « Le petit air de Mirlitir... Le souvenir de cette chanson suffit pour me faire encore rire ». Au R.P. Roulland dont elle apprécie le ton allègre de sa lettre, elle répond : « J’ai ri de bon coeur aux dépens de votre cuisinier que je vois défonçant sa marmite... Votre carte de visite m’a amusée ». En retour, elle lui raconte une anecdote semblable, celle du homard qu’a sauté de la marmite dans la cuisine du Carmel. Deux mois avant sa mort, elle écrit à ses oncle et tante Guérin : « Mes soeurs, je le sais, vous ont parlé de ma gaieté : c’est vrai que je suis comme un pinson, excepté quand j’ai la fièvre (...). Je ne serais pas si gaie si le Bon Dieu ne me montrait que la seule joie sur la terre c’est d’accomplir sa volonté ». Quelques jours auparavant, Thérèse passait un billet à une soeur mélancolique : « Il ne faut pas que la petite épouse de Jésus soit triste, car Jésus le serait aussi ; il faut toujours qu’elle chante en son coeur le cantique de l’amour. Il faut qu’elle oublie ses petites peines (...). Petite soeur chérie, ne soyez pas une petite fille triste (...). Oubliez-vous pour son amour ». Cette gaieté naturelle et surnaturelle est portée par un heureux tempérament mais aussi par une volonté ferme. On se souvient de sa résolution de retraite de Première Communion : « Je ne me découragerai jamais ». C’est à l’évidence aussi l’effet de la grâce. Cette gaieté est le plus souvent ordonnée à la charité. « Ah ! oui quand je le peux, je fais de mon mieux, pour être gaie, pour faire plaisir ! ».

(A suivre)

Abbé Guy Marie
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