Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 302 du 28 septembre 2003 - pp. 4 et 5
Dernières nouvelles du Marigot
Censuré par le Pouvoir depuis trente ans :
le plan qui pourrait sauver la Sécu

Dix milliards d’euros de déficit réel en 2003, quinze milliards probables en 2004. Avec ces chiffres, les plus inquiétants enregistrés depuis deux décennies, la branche maladie de la Sécurité sociale est en faillite.

Bien entendu, le rapport de la Commission précise que cette hypothèse se réalisera "si des mesures ne sont pas prises" et Raffarin s’empresse de répondre que "des mesures seront prises".

On connaît le duo, c’est un vieux classique.

D’ailleurs, de son côté, le ministre de la Santé Jean-François Mattei a largement modéré ces promesses en se bornant à indiquer que « le but du gouvernement est d’infléchir considérablement la pente des dépenses de santé, voire stabiliser le déficit, ce qui sera d’une extrême difficulté. »

En clair : compte là-dessus et bois de l’eau...

Sur quoi les médias ont annoncé des mesures toutes plus grotesques les unes que les autres (déremboursement des médicaments homéopathiques, majoration infinitésimale du ticket modérateur, taxation de la pub pharmaceutique et des emballages de médicaments). Autant de pipis d’oiseau sur un incendie de pinède.

Et l’on ne citera que pour rire le prodigieux non-sens proféré par Mattei, dont on va finir par se demander s’il est totalement idiot ou s’il prend les Français pour de parfaits imbéciles : augmenter les taxes sur les cigarettes pour, d’un même mouvement, réduire le nombre des fumeurs et augmenter le rendement fiscal du tabac...

Aneries accompagnées de l’inévitable leçon de morale sur le thème "moi qui suis médecin, j’ai vu mourir des gens du cancer. C’est insupportable". Comme si l’augmentation du prix du tabac pouvait réduire le nombre des cancers...

A ce compte, il ne reste qu’à multiplier par deux le prix des péages autoroutiers pour réduire la mortalité par accident de la circulation, et on se demande ce qu’attend ce génie des affaires pour supprimer l’alcoolisme en triplant le prix du pinard et pour faire disparaître le sida en taxant les bars gays...

En fait, les Français voient bien que le pouvoir est totalement impuissant à régler le problème endémique et éternel du déficit de la Sécu.

La raison est toujours la même : on ment sur les causes et on refuse de tirer les conséquences.

Parmi les causes : l’entêtement des autorités à considérer la France comme le réceptacle obligatoire de toute la misère du monde. Depuis des années, les cotisations des salariés et des employeurs de l’Hexagone servent à soigner gratuitement des dizaines de milliers d’étrangers. Les accords passés avec leurs états d’origine, tous débiteurs (ceux du Maghreb, entre autres) n’ont jamais été respectés et il est aujourd’hui impossible de connaître officiellement le niveau d’endettement de l’Algérie face à la Sécurité sociale française.

La conséquence normale de cette situation devrait être un refus des soins gratuits aux étrangers en provenance de pays mauvais payeurs.

Mais le pouvoir s’y refuse et préfère racketter les employeurs et salariés de l’Hexagone pour financer cet effet pervers de l’immigration-invasion.

Mais le mal est bien plus profond, bien plus grave que cet aveuglement.

Au point que l’on est en droit de se demander si le déficit n’est pas entretenu sciemment et volontairement.

Le remède existe en effet. Il est connu depuis plus de trente ans. Et depuis plus de trente ans, pas un seul gouvernement, qu’il soit dirigé par Chaban-Delmas, Messmer, Chirac, Barre, Mauroy, Fabius, Rocard, Cresson, Beregovoy, Balladur, Juppé, Jospin ou Raffarin, qu’il soit de droite ou de gauche, pas un n’a accepté de le soumettre à l’examen de l’Assemblée nationale.

Ce remède c’est le plan Saltiel, imaginé voilà près de quarante ans par un économiste de génie, André Saltiel, et qui, déposé en décembre 1970 sur le bureau de l’Assemblée nationale, ne fut jamais inscrit à l’ordre du jour, jamais examiné, jamais discuté.

Il tient pourtant en quelques lignes que voici. André Saltiel est parti d’un vieux trait de sagesse populaire qui veut que "nul n’est économe que de ses propres deniers".

Il a donc résolu de faire comprendre aux assurés sociaux que l’argent que leur verse la Sécu, quelle qu’en soit la raison, sort non pas de la poche de quelque généreux mécène anonyme mais de la leur.

Et que, donc, en réduisant leurs dépenses de santé, c’est leurs propres économies qu’ils protègent.

Pour cela, il a proposé la réforme suivante :

- Transformation de la Sécurité sociale en Caisse nationale d’épargne et de sécurité sociale ;

- Versement mensuel de la totalité des cotisations de l’employeur et du salarié sur un compte ouvert au nom du dit salarié ;

- Paiement des dépenses de santé et des indemnités par le salarié au moyen du prélèvement sur son compte ;

- Les revenus de ce capital financent un fond de solidarité ;

- Dès que le compte est débiteur, le salarié peut le faire fonctionner à découvert en attendant les cotisations à venir. En cas de maladie longue et coûteuse ou d’incapacité permanente, il est fait appel au fond de solidarité ;

- Dans ce cas, des contrôles systématiques sont effectués et les fraudes valent suspension immédiate des prestations (sans préjudice des poursuites légales) ;

- Enfin, et c’est le point capital du projet, à l’issue d’une période restant à fixer (Saltiel proposait vingt-quatre mois) le salarié peut récupérer, au mois le mois, le solde créditeur de son compte exonéré d’impôts et de charges. Ainsi, un salarié qui, en janvier 2004 verrait son compte crédité de mille cinq cents euros de cotisations salariales et patronales et qui n’utiliserait pas cet argent au cours des deux années à venir, verrait son revenu de janvier 2006 majoré de ces 1 500 euros exonérés d’impôts.

On imagine le formidable effet de cet apport de liquidités sur la consommation dont on nous serine qu’elle est le moteur de la croissance.

Saltiel assurait, après modélisation, que les effets d’une telle réforme serait immédiats :

- Incitation décisive à l’économie ;

- Disparition rapide des dépenses inutiles (double consultation, gaspillage de médicaments etc.) ;

- Disparition des arrêts de travail de complaisance ;

- Réduction drastique des frais de fonctionnement de la Sécu qui, dès lors, fonctionnerait comme une banque en termes de paperasserie et de personnel.

Le projet, déposé, rappelons-le, en décembre 1970, disparut dans les oubliettes. Il avait contre lui trois ennemis implacables :

Les mafias syndicales, toutes centrales confondues. Elles vivent du racket de la Sécu en monopolisant les postes d’administrateur dans des élections truquées, volées et, quand elles ne sont pas purement et simplement supprimées pour prolonger le mandat des élus prébendiers, aussi cachées que les trésors les plus précieux.

Qui sait, par exemple, que par arrêté du ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité et du ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées en date du 30 juillet 2003, les élections des représentants des agents de direction et des agents comptables et les élections des représentants des conseils d’administration des organismes du Régime général de Sécurité sociale à la commission prévue à l’article R. 123-51 du Code de la Sécurité sociale ont eu lieu le 8 septembre 2003 ? Qui en a publié les résultats ?

Deuxième ennemi : le personnel de la Sécu qui voyait se profiler le spectre d’un gigantesque plan social.

Enfin et surtout, c’est l’opposition radicale des laboratoires pharmaceutiques qui fit avorter le plan Saltiel. Les industriels de cette partie avaient bien compris que leur marché s’effondrerait dès que les assujettis seraient obligés de casser leur tire-lire pour payer leurs médicaments. Et les politiciens ne peuvent rien refuser à ceux qui restent leurs principaux bailleurs de fonds.

Le plan Saltiel fut donc enterré et son auteur disparut dans les oubliettes. (aujourd’hui encore, son nom est introuvable dans la documentation et même les incollables moteurs de recherche sur l’internet l’ignorent...)

Trente ans plus tard, on feint encore de chercher dans quelques mégots de cigarettes et quelques emballages de médicaments la solution au problème qu’il avait résolu.

Igor Verof
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