Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 302 du 28 septembre 2003 - p. 17
L’histoire à l’endroit
par Laurent Blancy
Filippo Corridoni, le rebelle patriote

Le Libre Journal poursuit le portrait d’un des héros les plus étonnants et les plus méconnus de l’une des doctrines politiques du XXe siècle les plus calomniées : Filippo Corridoni, précurseur du fascisme italien.

Le 27 juillet 1915, les volontari arrivent à Villesse, dans le Frioul, où ils intègrent les rangs du 32e régiment d’infanterie. Ici, l’ambiance leur est hostile. Les soldats mobilisés pensent que la présence des volontari va les envoyer sur les premières lignes du front. Ceci ne se confirme pas. Les volontari grognent. En vain, Corridoni se fait leur porte-parole. Par ailleurs, il en profite pour écrire à son père : « Si le destin le veut, vos trois fils vous embrasseront couverts de gloire. S’ils meurent, vous aurez la consolation et l’orgueil de dire qu’ils sont morts en héros. »

L’attente du front rend Corridoni impatient. Avec deux de ses amis, il décide de quitter l’unité pour rejoindre directement les premières lignes en mettant leur commandant devant le fait accompli. Ils se vêtent alors d’uniformes usés pour intégrer le 156e régiment avec lequel ils participent tout de suite à une action de patrouille. Ils ont pour mission de faire sauter des barbelés ennemis avec des bâtons de plastic. La mission est couronnée de succès. Malgré cela, le capitaine de la compagnie doit les renvoyer dans leur unité. Afin qu’ils ne soient pas accusés de désertion, il écrit une lettre d’éloges et établit une demande permettant de les garder dans le 156e régiment. De retour, ils sont mis aussitôt aux fers et accusés de désertion. Ils doivent être jugés. Alors qu’ils sont escortés par douze carabinieri, la baïonnette au canon, sous les regards affligés de leurs compagnons d’armes, intervient le général de brigade Ciancio. Informé des faits, il les fait libérer et les embrasse. Corridoni et ses deux compagnons sont sauvés et peuvent regagner les rangs du 32e régiment. Cependant, Corridoni ne perd pas de temps et se présente tout de suite à son commandant pour lui demander d’aller se battre. L’officier retrace ainsi les faits : « J’appris avec surprise que mon interlocuteur était le fameux Filippo Corridoni, le subversif, l’antimilitariste. Nous nous regardâmes dans les yeux et nous serrâmes fortement la main. Nous nous comprenions. Nous étions deux Italiens. »

Sa requête a été entendue. Avec sa compagnie, il combat en première ligne et participe à la conquête d’une tranchée ennemie. Aux familles des premiers volontari tombés, il écrit : « Quand la guerre sera terminée, leurs os reposeront en Italie, qui sait, avec les miens ».

Corridoni rencontre son frère Baldino à qui il avait adressé une lettre : « Rappelle-toi que tu es mon frère et en tant que tel, tu as le devoir de te distinguer ». Son autre frère Peppino est également sur le front. Blessé au bras droit, il est déclaré inapte pour rejoindre la première ligne. Il demande alors à Filippo de l’aider à y retourner.

Une action quasi suicidaire, dans laquelle d’autres soldats perdirent la vie, est prévue. L’intervention des volontari est demandée. Corridoni est envoyé en patrouille. De retour, il dira au commandement que cette opération est « une idée de fous ». Le colonel le félicite et annule l’opération.

Le 20 octobre, une grande offensive se prépare sur un autre front. Les soldats devront marcher. Malheureusement Corridoni a une poussée de fièvre. Il est transporté d’urgence à l’infirmerie. En dépit de l’interdiction du médecin, il insiste pour retourner auprès de ses camarades : « Les autres ne mourront pas sans que je sois des leurs ». Le capitaine-médecin est présent. Il se souvient que Corridoni était très fiévreux et qu’il voulait à tout prix porter son sac à dos. Cependant, Corridoni est quasiment certain que sa mort est prochaine. Il envoie alors de nombreuses lettres. L’une d’entre elles, destinée au Popolo d’Italia, sera retrouvée dans son sac à dos : « Les volontari soussignés. Nous franchissons maintenant tous unis les collines abruptes où la jeunesse italique lutte et meurt pour les droits suprêmes de la nation et pour la liberté menacée de l’Europe. Cette jeunesse, pleine d’enthousiasme et éprise d’idéaux pour changer la société, et dont l’inévitable victoire en accélérera la réalisation. Nous t’envoyons, à toi, ô bel et resplendissant étendard de nos plus purs idéaux, nos voeux les plus chers pour la plus dure des batailles que nous menons contre l’insidieux ennemi de l’intérieur qui s’assure toujours de ses propres intérêts, et contre l’ennemi de l’extérieur que nous voulons mettre en déroute avec une grande ferveur ».

Une autre lettre était destinée au commandant de la garnison de Milan, qui avait facilité son enrôlement : « Dans quelques instants, pour mes idées, pour la gloire de I’Italie, je partirai en chantant, le coeur léger, comme une rose de juillet ». Cette mission sera la dernière de Corridoni. Elle consiste à prendre la tranchée de la "Frasche", constituant la base du système défensif autrichien dans la région de l’Altiplano Carsico, entre San Martino et Sei Busi, pour pouvoir ensuite conquérir la ville de Gorizia, à côté de la frontière autrichienne. Cette tranchée est consolidée par des poutres en fer, des sacs de terre, des remparts métalliques, des meurtrières. Elle est de plus entourée sur cinq mètres d’épaisseur par des barbelés. Les volontari milanais arrivent à leur poste. Corridoni marche la tête haute. Aux reproches des soldats, il répond : « Je ne veux pas devenir voûté pour les beaux yeux des Autrichiens » et « La balle qui doit me frapper, n’a pas encore été tirée ».

(à suivre)

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