Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 302 du 28 septembre 2003 - p. 20
C’est à lire
"Le Soldat oublié" en grande tenue

A la fin des années 60, scénariste à Pilote, je portais chaque semaine ma copie au rédac chef, Gérard Pradal, dont les anciens lecteurs se souviennent sans doute comme "l’homme sans tête" qu’en raison de sa haute taille, les caricatures de l’équipe présentaient toujours coupé aux épaules à côté d’un Jean-Michel Charlier engloutissant un énorme sandwich et d’un René Goscinny en petit homme coléreux.

Un jour, j’avise, sur le bureau de la rédaction, une planche dessinée par un certain Mouminoux. C’était l’histoire hilarante d’un savant fou qui, bien entendu, vociférait en allemand.

- Il y a une faute d’orthographe, là ! dis-je à Pradal, convaincu que j’étais de pratiquer couramment la langue de Goethe.

- Vous êtes sûr ?

- Formel !

- Bien. Gitton, corrigez-moi ça.

Et le maquettiste, armé d’un grattoir et d’une plume, corrigea.

La semaine suivante, entrant à la rédaction, je fus assailli par un colosse furieux qui, après un torrent d’injures, m’assena une leçon d’allemand.

Il avait sur l’amateur que j’étais l’incontestable supériorité d’être de mère allemande (son père, auvergnat, était mutilé de la Grande Guerre) et d’avoir pratiqué sa langue maternelle, trois ans durant, dans les armées du IIIe Reich sous le nom de Guy Sajer.

C’est ainsi que je fis la connaissance de l’auteur du "Soldat oublié" qui m’avait ébloui à sa sortie en 1967. Il collaborait, comme moi, à Pilote...

"Le Soldat Oublié" appartient à un genre rare et précieux : le témoignage sociologique et/ou ethnologique. Genre illustré entre autres par la belle collection "Terre Humaine" que fonda Jean Malaurie et qui publia le fameux "Cheval d’orgueil" ou l’admirable "Le vinaigre et le fiel".

Mais, dans le cas de Sajer (que Malaurie ne publia d’ailleurs pas), le document sociologique se double d’un témoignage personnel sur la guerre et d’un travail de révision sur la vraie nature des soldats de l’armée européenne fondée par Adolf Hitler. Le tout servi par un authentique talent d’écrivain engagé dans une recherche désespérée de la vérité menée au mépris de toutes les conventions. Ce livre terrible et magnifique bouscule les idées reçues, renverse les tabous historiques, ridiculise les fantasmes et jette au visage du lecteur l’épouvante et l’horreur de la guerre civile européenne où fut broyée la race blanche et dont les tempêtes rejetèrent, sur le rivage désolé de l’après-guerre, des milliers de cadavres vivants parmi lesquels Guy Sajer, qui se dit lui-même « désolidarisé de toute condition humaine ».

Très vite après sa première publication, ce cas paradoxal de nihilisme héroïque devint un livre-culte, un signe de reconnaissance entre jeunes "mythos". A peine nés au moment de l’Indo, trop jeunes pour la guerre d’Algérie et restés par dégoût et sens du ridicule à l’écart de la gesticulation dysentérique de Mai 68, ils avaient trouvé dans ce soldat oublié une sorte de grand frère magnifique et mal embouché.

C’est donc avec bonheur que, voilà six ans, ces adorateurs de Sajer dont l’exemplaire, lu et relu, commençait à partir en morceaux, apprirent qu’à l’occasion du trentième anniversaire de la parution de ce livre, un jeune éditeur annonçait une édition de luxe.

Sous une couverture de toile noire à fers d’argent et aquarelle collée, le texte était superbement imprimé sur beau papier ivoire, accompagné de dizaines de croquis en noir et blanc et seize aquarelles de Guy Sajer.

L’entreprise était-elle trop ambitieuse ? L’intendance fut-elle dépassée ? Le prix fut-il mal calculé ? L’éditeur, en tout cas, but la tasse et les invendus, mis sous séquestre, disparurent.

Or voici que les Éditions de l’Homme Libre viennent, à force d’acharnement, d’en obtenir la "levée d’écrou".

"Le Soldat oublié" en édition de luxe, relié en toile noire à fers d’argent et illustré en couleurs, est donc de nouveau accessible. Et plus accessible que jamais puisque le nouveau prix de vente est fixé à 40 teuros (à peine plus de 250 francs).

Serge de Beketch

En vente exclusivement par correspondance à "Éditions de l’Homme Libre", 26, rue des Rigoles, 75020 Paris. 40 teuros (port gratuit pour les lecteurs du "Libre Journal").
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