Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 302 du 28 septembre 2003 - p. 22
Pipole
Notre Marquis s’est invité
à un mariage mondain

Un samedi après-midi, dans une station chic de Haute-Savoie. Entre saison d’été (golf, VTT) et sports d’hiver. L’église qui domine le village, blottie au coeur du petit cimetière, est ouverte à une heure inhabituelle.

C’est un mariage.

Je ne suis pas invité mais la présence d’un prêtre en ce lieu est si inattendue que je passe outre. C’est que dans la région comme un peu partout en France, le clergé conciliaire pratique le paradoxe incohérent : cinq prêtres pour concélébrer le même dimanche dans une église paroissiale et quatre paroisses vides et abandonnées dans un rayon de vingt kilomètres...

Un à un, les choristes passent le porche et s’installent dans la nef. Les dames sont en jupe longue noire et corsage blanc, les messieurs en chemise blanche et pantalon bleu. Chacun porte son recueil de partitions sous le bras, et sur le visage l’air de quelqu’un qui n’est pas là pour rigoler.

Ce sera un mariage chic.

D’ailleurs, l’église abrite un orgue Aerolian. Le dernier de son espèce. Sa restauration a coûté une fortune et il est classé monument historique ; à côté, un harmonium plus modeste mais de bonne facture.

Ce sera un mariage harmonieux.

Dans la nef, deux fauteuils ont été placés face à l’autel pour les mariés. Sur les bas-côtés, les chanteurs de la chorale se font la voix en poussant l’Alleluia de Haendel et personne ne s’en plaindra.

Ce sera un mariage réussi.

Mais voici qu’on entre par le fond. C’est un monsieur replet en smoking bleu électrique qui transporte un synthétiseur jusque devant l’autel. Afin que nul n’ignore que l’orgue et l’harmonium seront en RTT (réduction du temps de travail).

Et voici que l’on entend des bruits. Un bambin de cinq ans caracole dans l’allée et ravage en rigolant la décoration florale que les jeunes demoiselles d’honneur ont mis en place autour des bancs. Une dame en capeline, talons aiguille, et mini-jupe au ras des avantages, trottine avec force minauderies pour ramener l’enfant à plus de calme. Elle reçoit... une gifle retentissante du gamin.

- C’est son plus jeune fils ! explique ma voisine.

Dans ce cas...

Le Curé entre par le fond en se tortillant. Il évoque un bûcheron rescapé d’un back-room du Marais et qui aurait oublié de changer de robe. Elle est isabelle et blanc cassé, décorée d’une étole Castelbajac aux couleurs du "Rainbow Flight" l’arc-en-ciel par quoi les gays identifient leurs commerces réservés.

Le marié remonte l’allée centrale au bras de maman. Le curé demande aux photographes amateurs d’interrompre leur ballet pour quelques secondes mais sa voix est couverte par le cliquetis des appareils.

La mariée fait son entrée. Les cloches restent muettes (du moins celles qui n’ont pas pris place sur les bancs). Elle est au bras de papa qui, fier de sa ravissante progéniture et ne le cachant pas, distribue à l’entour des saluts entre componction de chanoine et incitations de maquignon.

Bientôt, tout le monde est assis et le vacarme des déclencheurs s’est apaisé.

Un crétin continue de regarder la cérémonie par le viseur de sa caméra video, mais au moins, ça ne fait pas de bruit.

- Nous allons, dit le prêtre, commencer cette célébration par la lecture d’un beau texte.

Les habitués s’apprêtent, dociles, à écouter pour la cent soixantième fois l’obligatoire épître aux Corinthiens rituellement accompagnée de force gloussements et froncements de sourcil puisqu’elle recommande à l’épouse de suivre son mari et de lui obéir. Pas du tout !

- C’est un très beau texte de Martin Gray. Un écrivain juif qui a beaucoup souffert précise (inutilement) le curé, Samantha va vous le lire.

Samantha commence la lecture. On le suppose, du moins, à voir son air hagard et les mouvements désordonnés de ses lèvres parce que l’on n’entend rien. Personne ne songe à s’en plaindre. D’ailleurs tout le monde s’en fout. On est bien moins intéressé par les lamentations du menteur professionnel négrifié par Max Gallo que par les conversations mondaines qui vont bon train malgré les cris des enfants cavalant entre les bancs.

Le curé prend un air pénétré.

- Poursuivons, propose-t-il dès que Samantha a fini de ne pas lire, poursuivons avec un très beau chant que la chorale va nous interpréter. On attend un lied, un bout d’oratorio, un passage des Psaumes et l’on entend...

« Un jour tu verras, on se rencontrera, quelque part n’importe où... » du camarade Mouloudji.

- Kevin et Cassandra, reprend le curé, inoxydable, hier vous vous êtes mariés. Aujourd’hui vous avez cru bon de poursuivre à l’église...

« Vous avez cru bon... »

J’en ai marre. Je sors sans prendre trop de précautions pour ne pas déranger cette nave-partie. Va pour ce vieux bidonneur de Martin Gray. Après tout, le petit commerce n’a pas attendu aujourd’hui pour faire boutique dans les lieux consacrés. Passe pour Mouloudji que j’aimais bien. Après tout Le Pen était à ses funérailles. Passe même pour la désobéissance au Pape qui a récemment rappelé que les lieux consacrés n’étaient pas des salles de spectacle, mais ce « vous avez cru bon... » pour expliquer le sacrement de mariage, je ne le digère pas.

Je file faire un peu de parapente. Là, au moins, avant de me retrouver le nez dans la luzerne, je serai monté bien haut.

C’est plus que ne m’offre la secte conciliaire...

J.-P. Chayriguès de Olmetta
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