Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 303 du 8 octobre 2003 - p. 2
Lettres de chez nous
"Vous m’avez manqué cet été, je me désabonne !"

Pendant près d’un mois et demi, je n’ai pas reçu votre journal auquel je suis pourtant abonné.

Lorsque l’on a des lecteurs de qualité, on assure une continuité de service, quitte à s’adapter aux nécessités des congés payés.

Tous les autres journaux adoptent cette attitude.

Par conséquent, je vous serais reconnaissant de ne pas m’envoyer de bulletin de réabonnement.

Gérard D. (Albi)

Cher futur ex-lecteur,

Votre reproche nous est paru si paradoxal et votre réaction si injuste que nous ne savions pas comment y répondre d’une manière digne d’un lecteur de qualité (ce qui est d’ailleurs la définition même de l’abonné au Libre Journal). Et puis voici qu’ouvrant, avec un plaisir chaque semaine renouvelé, l’excellent Rivarol, nous retrouvons, sous les mêmes initiales et expédiés de la même métropole albigeoise, les mêmes reproches auxquels Camille Galic répond, comme toujours, avec sérieux et brio. Impossible, donc, d’échapper à l’obligation que cet exemple impose, même si le couperet que vous abattez sur notre pauvre nuque épargne notre grand aîné, qui bénéficie d’un sursis et même si votre reproche de ne pas assurer la "continuité du service" alors que "tous les autres journaux adoptent cette attitude" est contredit par votre constat que tous les journaux de la presse nationale se résignent "à cesser leur parution pendant l’été"...

C’est vrai, Le Libre Journal a interrompu sa parution du 22 juillet au 4 septembre, soit quatre décades. C’est sa règle depuis dix ans.

Pourquoi cette règle ?

Pour plusieurs raisons auxquelles, contrairement à votre soupçon, les congés payés sont étrangers. N’ayant pas les moyens de payer le travail, nous aurions peine à payer les congés...

Pour autant, nous avons, comme tout le monde, besoin de recul par rapport à une actualité éprouvante et de repos après onze mois d’un travail fatigant. Or personne ne se propose pour nous remplacer pendant l’été aux mêmes conditions (trois personnes pour assurer l’administration et la réalisation d’un journal de vingt-quatre pages avec, Dieu merci ! l’aide bénévole de chroniqueurs aussi généreux que talentueux.)

Nous n’avons donc pas d’autre solution que de suspendre la parution du journal. Il y a une autre explication : le fonctionnement de La Poste.

Nombre de nos abonnés s’absentent au cours de l’été. Un changement d’adresse coûte très cher. Deux changements en quatre décades seraient ruineux. En outre l’été est la saison des facteurs stagiaires et des pertes de courrier sinon des sabotages. En temps normal, nous sommes contraints, chaque décade, de réexpédier des journaux perdus par incompétence, voire détruits par indélicatesse. En été, cette obligation sans doute multipliée aurait des conséquences financières insupportables.

Enfin, les délais d’acheminement étant doublés voire triplés en été, le premier numéro d’août n’arriverait probablement pas dans votre boîte avant le début septembre.

On ne peut espérer d’amélioration de La Poste, quand on apprend sa dernière lubie : échanger des facteurs de votre ville, Albi, cher Gérard, avec des préposés de Gérone en Espagne. Ceci dans un « souci de justice sociale » ! Pour qu’ils voient du pays.

Voilà pourquoi nous suspendons le Libre Journal.

Il en est ainsi depuis dix ans. Nous le rappelons chaque année à la fin de juillet. Nous indiquons à nos nouveaux abonnés le nombre de décadaires qu’ils recevront dans l’année. Par conséquent, il n’y a là ni mépris, ni négligence. Cela dit, nous sommes très flattés, au fond, par la frustration que suscite en vous l’absence du Libre Journal pendant quarante jours et nous comprenons d’autant moins votre décision de vous priver définitivement de sa lecture. Mais nous nous consolons en sachant qu’au moins, nos amis de Rivarol continueront à vous apporter l’antidote au poison médiatique.

Danièle de Beketch
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