Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 303 du 8 octobre 2003 - pp. 4 et 5
Dernières nouvelles du Marigot
Le successeur de Jean-Paul II, le dernier
conciliaire, n’aura pas siégé au Concile

Le 21 octobre, il y aura 135 cardinaux aptes à voter pour élire le prochain pape. Peut-être... Car il faut que Jean-Paul II vive jusqu’à ce jour. Les cardinaux nommés à l’angelus de dimanche 28 septembre ne sont réellement créés qu’avec la remise de la barrette et l’hommage au pape. Sinon, il n’y aura que 109 électeurs.

La sainte Eglise, dans son immense sagesse, limite le droit de vote au plus strict nécessaire. Des centaines de millions de catholiques seront enseignés et gouvernés par un seul homme, choisi par un tout petit nombre, dont aucun n’est le délégué d’un autre. La sainte Eglise a été voulue monarchique par son divin Fondateur, et elle le reste, malgré la pression inouïe des soi-disant modernes. Les nouveaux pourprés ne conviennent pas plus que les précédents à ces messieurs. Les plus modernes disparaissent avec le bruit qu’ils ont fait, comme dit le psaume. Disparu, l’inévitable Martini, le jésuite polygraphe, machine à bouquins, promu prochain pape par le marketing du papier imprimé.

Le statut de "prochain pape" est bien fragile.

Quoi de neuf ? Bonne nouvelle : rien, presque rien !

Les nominations du 21 octobre sont presque inévitables ; elles portent sur des chefs de dicastères de la curie romaine, ou des archevêques à qui le chapeau est d’usage, comme Edimbourg et Lyon. Ces "incontournables" ne sont pas tous des personnalités éclatantes par le service de la foi. C’est la faiblesse de ces nominations, comme de beaucoup d’autres de Jean-Paul II. Les promotions sont faites par les appareils, à l’insu de sa volonté et parfois contre elle. Cette autogestion des épiscopats et de la curie romaine est le grand défi que le pape laisse à son successeur. Il faudra en finir avec le décret de Vatican II Christus Dominus, qui prévoit que les conférences épiscopales proposent les candidats à l’épiscopat.

Barbarin n’était certes pas l’homme de l’appareil, les bien informés savent quel hasard l’a mis en relation directe avec Wanda Poltawska, confidente de l’ancien archevêque de Cracovie. On observe que l’archevêque de Lyon devient de mieux en mieux l’homme de l’appareil, inapte dans ses réponses aux journalistes faute d’un langage personnel, rapide à faire un mauvais coup aux familles catholiques, comme la suppression du congé du lundi de Pentecôte. Le Primat des... gauches connaît pourtant bien ces familles qu’il blesse personnellement.

Au conclave, le Français Tauran sera le meilleur connaisseur des cardinaux

Continuité encore, avec quelques nominations discrétionnaires du pape, qui donne la pourpre à des personnes hors d’âge de voter. On s’étonne à peine de voir le cardinalat conféré à un Nagy et à un Cottier, médiocres théologiens et trop vieux pour entrer au conclave. Faire du cardinalat une prélature d’honneur, sans responsabilité, est une étrange habitude de Jean-Paul II. La pourpre devient un honneur, comme une cape à traîne, un cierge de plus ou un camail à Saint-Pierre. Le danger est celui où sont tombées les grandes organisations internationales : la répartition géographique. Sous cette formule anodine se cache un piège mortel. On voit les "machins", Onu, Unesco et autres distribuer les places de secrétaire général ou de directeur à tour de rôle entre les différents continents. Il est avéré qu’un Africain succède à un Américain, à un Asiatique, etc. Un tel système menace désormais le Saint-Siège. On s’éloigne alors de plus en plus du principe fondamental de la papauté.

L’évêque de Rome deviendrait une de ces grandes marionnettes mondialistes et médiatiques rangées parmi les accessoires discutables de la bonne conscience universelle.

Jean-Paul II, en toute bonne foi, a préparé l’éclipse de l’Europe, à qui il a fait faire des prosternations désolées pour toutes sortes de crimes historiques. Le nouveau cardinal japonais y est allé de ces larmes de crocodile qui ne convainquent ni les victimes, ni les historiens. Au nom de qui un archevêque de Yokohama du XXIe siècle parlerait-il des massacres commis par d’autres générations, dont l’immense majorité n’était et n’est pas catholique ? L’Europe serait-elle donc disqualifiée par ses péchés d’autrefois ? Les missionnaires d’hier et d’aujourd’hui ne réparent-ils pas les négriers d’avant-hier, qui d’ailleurs n’étaient pas souvent catholiques, financiers comme fournisseurs ? La création d’Israël doit-elle se faire aux dépens des chrétiens du Proche-Orient, demandait feu le patriarche Raphaël des Chaldéens ?

Le dernier synode de ce rite oriental n’a pas pu se choisir un nouveau patriarche. Entre l’influence des Américains, les disputes tribales et l’incurie de Rome, voici que l’église dont les traditions sont les plus anciennes, celle qui parle la langue du Christ, est toute désorganisée.

Le plus grand échec du pontificat est cette incompréhension des Orientaux, lui qui voulait être l’élève de Soloviev et rendre à l’Eglise ses deux poumons, l’oriental et l’occidental. L’Archevêque Majeur des Ukrainiens a été choisi parmi les professeurs à Rome, alors que de grands témoins prestigieux survivaient aux persécutions. Les Orthodoxes ont vu là une intervention méprisante pour le clergé fidèle.

Les "commentateurs" réclament une "papauté modeste". Le professeur Riccardi veut un Italien comme prochain évêque de Rome.

Si le Français Mgr Tauran est nommé Secrétaire d’Etat, comme c’est probable, alors un Italien devient plus attendu. Le cardinal archevêque de Milan, Denis Tettamanzi, est donc le favori : il est prévenu qu’il devra n’être qu’un modeste évêque de Rome. Ces mises en garde sont un bon signe pour les catholiques. S’il est élu, on entendra bien vite les déceptions du Monde, navré de n’avoir pas été entendu. Le conclave à venir suit désormais de nouvelles règles. La rupture a été accomplie par Jean-Paul II au numéro 75 de sa constitution Universi Dominici gregis, (Le Pasteur de tout le troupeau du Seigneur) du 22 février 1996. Il renonce à la règle des deux-tiers pour accepter celle de la simple majorité, absolue et non pas relative.

Cette nouveauté ne peut être introduite qu’après trois séries de sept scrutins, séparées par une journée de prière et de réflexion.

Les cardinaux peuvent alors choisir de voter à la majorité absolue. Le conclave serait déjà enfermé depuis un mois ou presque, avant que ce choix ne devienne possible. En fait, on peut imaginer qu’il y aurait alors un blocage entre deux candidats qui s’excluent l’un l’autre.

Cette nouveauté permet d’éviter que l’élu ne doive quoi que ce soit à celui qui se retirerait pour favoriser l’accès aux deux tiers des voix. Notons que si cette règle avait été en vigueur dès 1978, ce n’est peut-être pas Jean Paul II qui aurait été élu.

Jean-Paul II a modifié les règles du scrutin pour son successeur

Un autre souvenir peut avoir marqué Wojtyla. Il s’agit du concile Vatican II.

La première session réunie par Jean XXIII devait approuver les textes par une majorité des deux tiers. Le concile n’a pas été capable de trouver cette majorité. Cette obligation a paralysé le concile car il était trop facile à des opposants de trouver une minorité de blocage.

Paul VI a sorti le concile de l’ornière en se limitant à la majorité absolue.

Ce qui a valu pour un concile est-il opportun pour élire un pape ? Ne convient-il pas qu’un homme refusé par plus d’un tiers des cardinaux soit écarté ? La perspective lointaine d’une élection à la majorité absolue n’est-elle pas de nature à durcir la position de quelqu’un qui obtiendrait entre la moitié et les deux tiers des voix ?

Jean Paul II s’était inscrit comme élève à la Faculté de droit canon de Paris. Il n’y a passé que quelques heures, bien vite rebuté par cette discipline. Il n’a pourtant pas hésité à modifier profondément les règles de l’élection du pape.

A voir comment tous les pronostics, tous les calculs sont déjoués l’un après l’autre, on comprend que Dieu, décidément, est le maître du temps.

Jean-Paul II n’a pas de candidat préféré. C’est prudent !

Le simple catholique ne peut que se réjouir de ne pas avoir à donner son avis et d’être plus puissant par une prière que par un bulletin de vote. La France et les Français n’ont pas été aimés par le pape qui termine son pontificat. C’est pénible à vivre, mais c’est ainsi. Mauvais souvenirs de Wojtyla quand il était étudiant ? Trop de plaintes des Français amis du pape ? En tout cas, l’excommunication est tombée sans gêne contre Mgr Lefebvre, frappant aussi quiconque lui ressemblerait. Déjà, des voix se font entendre parmi les nouveaux et les anciens cardinaux pour déplorer une querelle d’un autre âge, fille stérile de l’illusion conciliaire. Et si le successeur choisit de s’appeler Jean-Paul III, ce ne sera que l’usage de prendre le nom de celui qui vous a choisi comme évêque ou comme cardinal.

Après 25 ans de règne, c’est le cas de toute la hiérarchie d’aujourd’hui. Jean-Paul III sera très différent, car, au prochain conclave, il n’y aura aucun électeur qui ait voté au concile.

Eric Arzel
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