Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 303 du 8 octobre 2003 - p. 13
Bon sens interdit
par Anne Merlin-Chazelas
Assassinats et euthanasie

Aujourd’hui 1er octobre, deux enterrements bien différents.

A Berck, un office "dans la plus stricte intimité" bien que de nombreux sympathisants ou curieux se soient rassemblés sur le parvis de l’église, avec la présence de Jack Lang, qui ne manque jamais une occasion de se faire voir des médias. Des obsèques scandées par les chansons à la mode, en lieu et place de cantiques ou de chants. Le Président de la République s’est, paraît-il, fait représenter. Ce sont les obsèques d’un jeune homme qui a voulu (à moins que sa mère seule ?) la plus ample publicité à la mort qu’il a réclamée et à ses obsèques que pourtant, dans son message d’adieu, il déclare avoir voulu simples...

Vincent Humbert, le jeune mort de Berck, avait, nul ne peut le nier, vécu un long calvaire : à la suite d’un accident, il avait perdu l’usage de ses quatre membres, était devenu aveugle et sourd. Seule sa mère, disait-elle, communiquait avec lui par une méthode fort incommode, la seule possible pour lui : ayant conservé un peu de mobilité d’un pouce, il écoutait sa mère lui réciter l’alphabet en lui tenant la main et arrêtait la récitation quand elle arrivait à la lettre qu’il souhaitait lui faire comprendre. Il aurait - c’est du moins ce que prétendent sa mère et la personne qu’elle a employée pour rédiger l’ouvrage - ainsi dicté un livre de cent cinquante pages et surtout réclamé sans fin qu’elle mette fin à sa souffrance en mettant fin à ses jours.

On peut penser que bien souvent le texte de ce livre reflète la pensée de la mère ou du rédacteur plutôt que celle du fils. Toujours est-il qu’il a servi à mettre sur la place publique le drame privé du malheureux garçon, d’autant que sa mère décida de réaliser son souhait la veille de la sortie du livre.

Aussitôt le gros orchestre des médias et du monde politique de se mettre en branle, comme un mécanisme bien huilé, bien préparé. Comme pour l’avortement, des médecins et infirmières viennent devant les télévisions proclamer qu’ils ont eux aussi procédé à des euthanasies et que, par conséquent, il y avait lieu de voter une loi autorisant le suicide assisté et la mort donnée. On connaît le procédé, on sait qu’il s’agit d’apitoyer sur un cas particulier et d’obtenir une loi qu’on élargira sans fin, jusqu’à ce que la société soit habituée à voir mettre à mort d’abord ses enfants non encore nés, puis ses malades, ses infirmes, ses vieillards.

Pour contrer cette attitude, rien de mieux que ce message adressé au Premier ministre par un grand malade qui signe et donne son adresse (que je ne me permets pas de reproduire) :

« MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE, JE REVENDIQUE LE DROIT A VIVRE.

Saint Laurent, le 27 septembre 2003.

Monsieur le Premier ministre, Je suis muet, totalement paralysé, trachéotomisé, branché à un appareil respiratoire et ne peux désormais remuer que les yeux. Cette maladie, appelée "Sclérose Latérale Amyotrophique" (S.L.A.) ou "maladie de Charcot", entraîne une dégénérescence inexorable de tous les muscles et conduit rapidement le malade à une dépendance totale. Mais la vraie vie, le vrai bonheur, la vraie force de l’homme, résident dans la tête et dans le coeur.

Monsieur le Premier ministre, si on fait abstraction de la dignité humaine qui est l’argument des orgueilleux et des lâches pour en finir, je vous assure que, même dans cet état, la vie est merveilleuse à vivre. MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE, JE REVENDIQUE LE DROIT A VIVRE. L’euthanasie est la porte ouverte à tous les abus... L’euthanasie ouvre la porte à tous les fous qui se croient investis d’une mission de nettoyage... La légalisation de l’euthanasie serait une régression de l’être humain jusqu’au stade animal le plus primaire... Monsieur le Premier ministre, c’est l’Amour qui fait tourner le monde et c’est l’orgueil et la haine qui le détruisent.

MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE, JE REVENDIQUE LE DROIT A DONNER DE L’AMOUR. JE REVENDIQUE LE DROIT A RECEVOIR DE L’AMOUR. JE REVENDIQUE LE DROIT A L’AMOUR. Aussi longtemps que Dieu laissera battre mon coeur...

Pierre PANIS ».

***

A La Ciotat, l’église est pleine, surtout de collégiens, de lycéens, de professeurs, et de milliers de personnes, parmi lesquelles mon mari et moi, rassemblées sur le quai du vieux port. Office tout de calme et de dignité. Le ministre de l’Éducation nationale, Luc Ferry, a tenu à venir, sans se faire filmer, d’où un dispositif policier d’ailleurs discret. Les jeunes gens et jeunes filles (peu d’entre eux sont allogènes, remarqué-je) et leurs professeurs ont pour la plupart, à la demande de la famille, arboré un vêtement vert. Pendant que le cercueil de Clément Roussenq, principal du collège de Virebelle, se dirige vers le cimetière entouré des seuls proches, deux mille personnes se rendent à pied et silencieusement jusqu’au collège. Ce sont les obsèques d’un homme qui savait joindre la courtoisie et la douceur à une fermeté certaine, si bien que ses élèves affirment : « Il lui arrivait de punir, mais c’était son métier... »

Un homme de bien, oeuvrant dans un collège "calme". On sait que cette formule cache souvent des situations de violence extrême, mais ce n’était pas le cas du collège de Virebelle. Situé dans un quartier tranquille, tout à côté du plus grand supermarché de la ville, des milliers de personnes passent devant sans se faire insulter par des élèves, mais le quartier est désert la nuit. Situation dont ont profité des voyous encore anonymes pour tendre un guet-apens à un homme qui avait encore beaucoup à donner autour de lui.

Mais on parlera sans doute beaucoup plus longtemps dans les médias de Vincent Humbert l’euthanasié médiatisé que de Clément Roussenq, le principal consciencieux.

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