Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 303 du 8 octobre 2003 - p. 18
Coup de gueule
Ecuries d’Augias à Versailles

Quand les conservateurs bricolent, on peut s’attendre à tout... Les Grandes Écuries en sont la parfaite illustration !

Depuis quelques années, un petit, vraiment tout petit, musée de voitures (voitures à cheval, bien sûr) a été installé dans une écurie adjacente...

Bien sûr, une écurie n’est pas une remise à voiture, alors on a bricolé...

Toute une ligne de râteliers a été enlevée, les boiseries (visiblement XIXe à cet endroit) ont été enlevées ou remaniées.

On a aligné une douzaine de véhicules d’époque au mieux impériale, le carrosse du sacre de Charles X et en fond le corbillard de Louis XVIII restauré à grands frais, avec tous ses falbalas de velours noirs. Deux ou trois traîneaux complètent l’ensemble.

Certes, il n’y a plus de voitures du grand siècle qui ont pratiquement toutes été victimes des saccageurs révolutionnaires... Les rares qui subsistent de cette époque sont au musée de Compiègne.

Pour la plupart des harnais exposés, il s’agit de pièces des Premier et Second Empire en cuir de Russie à superbe bouclerie de bronze qui méritent largement l’admiration des touristes...

Toute une vitrine est même consacrée à de superbes balances de poste ouvragées...

Oui mais voilà : la plupart des vitrines sont situées le long du mur de l’autre côté des voitures, derrière elles, inaccessibles au public qui ne peut pas même avoir idée de ce qu’elles contiennent !

Remarquable disposition, digne d’un énarque !

Ajoutons à cela que la lumière des vastes embrasures de l’écurie tombe sur les véhicules le matin et les laisse dans une demi-pénombre, voire un contre-jour...

Autrement dit on voit mal...

Devant l’une des fenêtres trône une imposante chèvre posée comme le Saint Sacrement sur deux tréteaux ! il J’ai bien essayé d’expliquer au garde-chiourme de service que cet engin était fait pour être posé à terre et pour soulever les essieux des voitures... peine perdue ! Quand se décidera-t-on à mettre notre patrimoine entre les mains de gens compétents ?

Quand les fonctionnaires-muséologues distingués se décideront-ils à prendre conseil des spécialistes avant de disposer les choses n’importe comment ?

Des boiseries d’écurie magnifiques ont été abîmées pour un bien piètre résultat !

On a donc transformé une écurie en remise. Mais au fait, il y avait bien des remises à Versailles non ? Elles existent en effet, juste en face, de l’autre côté de l’avenue, on les voit de l’écurie massacrée.

Faut-il suggérer à nos brillants "conservateurs", qu’avant de transformer n’importe comment des locaux inadaptés, on pourrait réhabiliter ceux dont c’était l’usage ?

Trop simple sans doute !

Jean Aymard de Toucéquon
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