Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 303 du 8 octobre 2003 - p. 21
L’histoire à l’endroit
par Laurent Blancy
Filippo Corridoni :
« Je mourrai sans avoir haï quiconque »

Le Libre Journal achève aujourd’hui le portrait d’un des héros les plus étonnants et les plus méconnus de l’une des doctrines politiques du XXe siècle les plus calomniées : Filippo Corridoni, précurseur du fascisme italien.

Quand le signal est donné, appuyés par l’artillerie, les volontari s’élancent droit devant eux. Ils réussissent à couper les barbelés et réalisent une percée extraordinaire d’environ deux cents mètres dans la partie centrale de la tranchée. Des Autrichiens occupent encore les côtés. Ne pouvant plus continuer leur avancée, ils se retranchent. Les Autrichiens contre-attaquent sans succès. Les Italiens reprennent l’initiative du combat. Corridoni est debout, devant. Il chante l’hymne d’Oberdan (« Fuoco per Dio sui barbari, sulle nemiche schiere... »). Puis le chant s’interrompt. Corridoni s’effondre... Ce jour-là, les volontari gagneront la tranchée de la "Frasche".

Corridoni avait évoqué sa mort dans une lettre envoyée à un ami : « Si le destin le veut, je mourrai sans avoir haï quiconque, ni même les Autrichiens. J’aurai eu le grand regret de ne pas avoir pu donner toute mon énergie pour la cause des travailleurs, et la grande satisfaction d’avoir toujours obéi aux valeurs de ma conscience ».

Dans son journal, le capitaine-médecin Leccese relate la mort de Corridoni : « 23 octobre, 15 heures, l’attaque est lancée. Depuis un quart d’heure arrivent les premiers blessés. On demande :

- Vous avez vu Corridoni ?... Ah, voici un blessé ! Mon lieutenant, vous savez ?

- Corridoni est mort. Pippo courait devant nous. Il arriva le premier dans la tranchée ennemie. Il criait "Voici la victoire ! Victoire ! Victoire !"

Touché à la tête, il s’effondra. Au sein du 32e régiment, nous étions tous très émus. Le commandement parlait en bien de lui. Il n’était plus cet individu qu’un dossier volumineux de la préfecture de Milan accompagnait. Il était un valeureux ».

Le jour suivant, il y eut une trêve pour récupérer les morts et les blessés. Mais le corps de Corridoni n’est pas retrouvé. Dans toute l’Italie, y compris chez ses adversaires politiques, la nouvelle de sa mort provoque une grande émotion. Parmi les personnes les plus éprouvées, il y a Mussolini, que Corridoni appelait déjà Duce dans sa dernière lettre du 22 octobre, la veille de sa mort. Mussolini écrira de son ami : « Les hommes passent, mais le peuple reste. Ses soldats meurent, mais l’Italie vit et vaincra. Comment douter de la victoire quand pour elle des jeunes comme Filippo Corridoni tombent ? Au nom de l’Italie, au nom de ses morts et de ses survivants, nous portons fièrement la dépouille de nos héros et nous préparons encore plus ardemment pour les épreuves de demain. »

Le 31 octobre, au Monumento delle Cinque Giornate de Milan, des milliers de personnes organisent un cortège pour déposer une couronne à la mémoire des volontari et de Corridoni. La préfecture de police n’autorise aucun discours. Plus tard, est attribuée à Corridoni la Médaille d’argent de la valeur militaire, que Victor-Emmanuel III fait changer le 15 octobre 1925 en Médaille d’or : « Corridoni Filippo, soldat du 32e régiment d’infanterie, soldat volontaire et patriote inépuisable par son oeuvre et par son verbe, se voua entièrement à la patrie avec un courage indomptable. Fervent interventionniste de la Grande guerre, combattant de la victoire, il sut faire partager à tous ses compagnons sa foi tenace pour le courage et les valeurs. Marchant toujours en tête pour chanter les hymnes patriotiques, il mourra parmi les premiers. Son caractère se distinguait par une grande ardeur. Droit et fier, c’est avec beaucoup d’audace qu’il attaqua au cri de "Vittoria ! Viva l’Italia !" la tranchée ennemie, encourageant ses compagnons à le suivre... ».

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