Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 306 du 8 novembre 2003 - pp. 8 et 9
Notes sans grande portée
Journal de François Brigneau
LA FRANCISQUE A L’HONNEUR

L’hostilité de jeunes militants du Front National à l’inauguration du "Quai Mitterrand" était-elle bien fondée ? Je n’en suis pas si sûr. Par certains côtés il me semble même que nous aurions pu nous en féliciter. Je l’avoue... J’y ai trouvé des retombées amusantes et un vrai motif de satisfaction.

Moralement l’initiative est tombée à pic pour mettre un terme, au moins une sourdine, à une fâcheuse rumeur. Depuis des mois on entendait répéter que M. Delanoë (ou madame, on ne sait jamais le sexe des sodomites) n’aurait cessé de privilégier les invertis. Le "Quai Mitterrand" apporte la preuve du contraire. En découvrant le nom du précédent président de la République, M. (ou Mme) Delanoë n’était pas seulement le maire de Paris saluant la mémoire de l’ancien chef de l’Etat. Il était aussi un homo rendant hommage à un hétéro. Dans les saisons étroites que nous vivons, l’attention est trop rare pour ne pas mériter autre chose que des vociférations.

S’il est un domaine où le comportement de M. Mitterrand présenta la transparence du cristal, c’est le domaine sexuel, en effet, et c’est peut-être le seul. A ma connaissance l’orthodoxie de ses goûts ne suscita jamais de réserve. Très porté sur le jupon, il ne s’intéressa jamais à la jaquette. Sur le sujet, l’avis de la veuve Pingeot eût été précieux. Si présente aux obsèques, elle brillait par son absence, ou son effacement. C’est bien dommage. Elle eût pu attester l’indéfectible fidélité du défunt au beau sexe, jusque dans ses ultimes ardeurs. Tout le monde n’est pas Aragon, le folâtre... Ce témoignage eût donné plus d’ampleur encore au geste auguste de l’homosexualité municipale. La cérémonie m’a enchanté. En la suivant à la télévision, je me demandais ce qu’en pensaient Simon Arbellot et Gabriel Jeantet s’ils la regardaient, de là-haut. L’un et l’autre furent les "parrains" de François Mitterrand dans l’ordre de la Francisque. Le premier appartenait au ministère de l’information, à Vichy, en qualité de directeur de la Presse. Le second, ancien secrétaire général des "Etudiants d’Action française", était chargé de mission au cabinet du maréchal Pétain. Il dirigeait France, revue de l’Etat nouveau, où écrivit François Mitterrand. A l’époque, la Francisque était une décoration très prisée. Pour l’obtenir, outre la garantie des parrains, il fallait prendre l’engagement suivant, sur l’honneur, bien entendu : « Je fais don de ma personne au maréchal Pétain, comme il a fait don de la sienne à la France. Je m’engage à servir ses disciplines et à rester fidèle à sa personne et à ses oeuvres. » Encadré par Arbellot et Jeantet, ses parrains, François Mitterrand prêta ce serment. "Prêta" est le mot qui convient.

Aujourd’hui la Francisque est beaucoup moins courue. Ses derniers titulaires encore vivants préfèrent ne pas en parler. On se demande pourquoi. A leur âge, elle ne peut plus nuire à leur carrière... Raison de plus pour remercier M. (ou Mme) Delanoë. Ailleurs on débaptise les rues Alexis Carrel. A Paris il inaugure le "Quai Mitterrand". Bravo ! Arbellot et Jeantet doivent être heureux. Ils ne sont pas les seuls. Pour la première fois depuis 1944, devant un parterre de personnalités judéo-maçonno-sociaIo-homo de qualité supérieure, le maire de Paris donnait, à une voie royale des bords de Seine, le nom d’un homme politique qui fit don de sa personne à Philippe Pétain, le vainqueur de Verdun, maréchal de France et chef de l’Etat français, élu en 1940 par l’Assemblée nationale (Chambre des députés plus Sénat) : 569 voix contre 80, condamné à mort en 1945, mort en prison en 1951, à l’âge de 95 ans.

L’IVRESSE DES URNES

Même s’il pique souvent des colères olympiennes, modèle soupe au lait, M. Raffarin n’a pas la réputation de bousculer Mémé Marianne dans les pots de fleurs. Sénateur-né, il va son train. Il appartient à la catégorie des PPP, les Petits Pas Prudents. Quand on lui en fait la remarque, il sourit, de ce sourire mélancolique qui déchirait le coeur des vierges, du temps qu’on en trouvait encore...

- On a toujours besoin d’un petit pas chez soi, dit-il, les yeux baissés.

En France, tout finit toujours par des jeux de mots...

Lorsqu’il s’est agi de fixer la date des futures élections, devant la pluralité des avis, il a rappelé un vieil adage du Poitou-Charente, légèrement adapté pour la circonstance : "Si tu avances quand je recule, comment veux-tu que l’on scrutine ?" Puis il a nommé une commission.

Après une longue série de questions, réflexions, hésitations, supputations, consultations, tergiversations, la décision a jailli, irrévocable. Sauf imprévu, la campagne électorale des régionales commencera légalement le 8 mars 2004, à minuit.

Admirez !... Voilà une affirmation catégorique typiquement républicaine. C’est-à-dire, malgré les apparences, oblique, en trompe l’oeil et sujette à caution.

Inutile d’attendre le 8 mars 2004. La campagne est lancée depuis juin 2002. Dès le lendemain du succès chiraquien aux législatives, les spécialistes de la démocratie-maison s’occupaient des régionales. Comment faire en sorte qu’une voix ne vaille plus une voix ? Que la voix d’un citoyen français ayant voté pour le Front national ne compte pas autant que la voix d’un citoyen français n’ayant pas voté pour le Front national ? C’était facile. Quand on a la majorité et qu’on cherche à nuire au Front national, tout est facile. Mais c’est dangereux. Une loi électorale modifiée peut constituer une arme-boomerang qui explose à la gueule de l’artificier.

Il existe un exemple fameux : celui de la Chambre "bleu horizon". En 1919, le Frère [3 points] Jules Pams, ministre de l’intérieur, et ses conseillers réformèrent la loi électorale. Ils firent voter par la chambre sortante une proportionnelle améliorée. C’était automatique et arithmétique. Le triomphe de la Gauche radicale et socialiste était assuré. Ce fut le Bloc national qui l’emporta. Minoritaire en voix, il rafla la majorité des sièges : 433 députés contre 180. Moralité : ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir élu.

Mais, en politique comme ailleurs, qui ne risque rien n’a rien. En France on ne prend la mesure des dangers que lorsqu’ils sont passés. L’animal-emblème des fiers Gaulois à tête ronde n’est plus le coq : c’est l’autruche. L’été dernier, dans leurs "Universités", - où l’on n’apprend pas plus l’histoire que dans les autres - les appareils de l’UMP et de l’UDF s’arrogeaient déjà la victoire et se disputaient comme des chiffonniers pour savoir qui, et comment, en profiterait. On marchandait :

- Si tu ne vas pas à Bordeaux, tu n’auras pas Lyon.

- Alors je vous fous Santini dans les pattes à Paris.

C’était grisant : on sentait monter l’ivresse des profondeurs. Les futurs candidats frétillaient d’impatience. Il y avait seize mois qu’ils n’avaient pas scrutiné. Le fumet des urnes leur montait à la tête. Ils étaient en manque d’élection. On les comprend.

L’ELECTION : OMBRES ET LUMIERES

C’est tellement important, l’élection. Une des deux idées géniales qu’eut la Révolution française. La mère de toutes les autres, ne l’oublions pas.

La première fut la Terreur, administrée au nom de la Fraternité, technique pré-bolchevique et pré-sioniste. (La parenté est étroite.) Tenue par les cheveux, montrée encore sanglante au peuple souverain, la tête de Capet ne fut pas coupée pour rien. Elle marqua les sensibilités. A commencer par celles de Charles X et Louis-Philippe. Au premier coup de chassepot dans le quartier de la Bastille, ils n’ont pas insisté. Les malles sur la berline et fouette cocher ! En 1871, leurs successeurs n’essayèrent même pas d’insister. Le trône leur tendait pourtant ses bras.

L’élection est d’un ordre tout à fait différent. C’est une colossale entreprise industrielle et commerciale. Elle brasse des sommes considérables qui entraînent des phénomènes de corruption, érigés en système d’Etat sous la présidence de Mitterrand. Tous les partis pratiquent ces moeurs. Du moins ceux qui, au pouvoir dans les villes, les départements, les régions et plus haut, ont quelque chose à offrir aux hommes d’affaires.

Le problème, ce sont les électeurs. Plus leur nombre croît, plus la puissance des partis grandit. Tous les moyens sont donc mis en oeuvre pour les appâter, les séduire, les couver, leur promettre tout et n’importe quoi. On se souvient du dessin célèbre, de Forain je crois. Un député sur une estrade tourne le dos à la salle. « Je vous avais promis la lune » dit-il. Il se déculotte et se baisse : « La voilà. »

Pour parvenir à ses fins chaque mouvement fait donner ses forces. Les plus riches, par groupes d’influence interposés, utilisent la télé, la radio, les journaux. Les plus pauvres comptent sur leurs militants.

Ici le combat change d’âme. L’élection devient compétition sportive, avec ses championnats, ses classements, ses défaites où l’on rentre de biais à la maison, ses victoires aussi, que l’on salue, la verre levé, en criant : "On a gagné ! On a gagné !" dans la joie et le vin blanc.

L’élection devient un match. Le courage et le calcul s’y mêlent, la naïveté et la tricherie, le dévouement et l’escroquerie, l’espérance et la vénalité. Certains se battent pour la cause. D’autres pour passer de l’état honorifique de bénévoles à l’emploi, avec honneurs, de permanents, voire d’élus. D’autres encore pour le plaisir. C’est l’élection. Ce n’est certainement pas le meilleur moyen de dégager les élites dont le pays a besoin. Mais c’est une bonne école. Et, sans les élections, combien s’intéresseraient à la vie politique de leur pays ?

Dans l’ostracisme où nous tient la société intello-politique actuelle, l’élection, malgré ses tares et ses injustices, nous a offert un cadeau. Elle nous a permis de montrer au peuple de France que nous étions plus nombreux que les dirigeants officiels le prétendaient. Plus nombreux à défendre la préférence nationale. Plus nombreux à exiger le droit de parler des races et de leurs luttes comme on parle des classes et de la lutte des classes, des juifs comme on parle des chrétiens et des musulmans, du péril de l’Occident, sans être automatiquement accusés de racisme et d’antisémitisme. Plus nombreux à réclamer, haut et fort, la France aux Français.

Dans l’état de décomposition et de manipulation où s’enfonce la nation française, l’élection est sans doute une arme bien modeste. Mais il n’en existe pas d’autre et il serait sot de la négliger.

François Brigneau
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