Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 307 du 20 novembre 2003 - pp. 8 et 9
Notes sans grande portée
Journal de François Brigneau
LE RETOUR DE FINKIELKRAUT

Indiscutablement, Finkielkraut s’impose comme la grande vedette de la télévision intellectuelle. Quelle nature ! Quel tempérament ! Quelle présence ! Quel art consommé des rôles de composition ! Il peut être sans difficulté le Docteur Jekyll et Mister Hyde. C’est époustouflant.

On l’a vu, le printemps dernier, lors des galas de l’Education nationale, mis en scène par Luc Ferry, le descendant du Moïse des Temps laïques, avec le concours des intermittents de l’Enseignement, un jour de grève, un jour de classe. Finkielkraut incarnait le défenseur des Devoirs de l’élève, du maître et des parents. Calme, mesuré mais catégorique, pertinent et persuasif, modeste et supérieur, il tirait des leçons d’avenir du présent examiné aux lumières du passé. L’imagination et la sensibilité mises, sans effort apparent, au service de l’intelligence et de l’empirisme organisateur, c’était éblouissant. Quelle maîtrise ! Le bon Docteur Jekyll tout craché.

Cet automne, la scène change. A Judaïque Park, Finkielkraut retrouve ses démons. Son visage se transforme. Il rétrécit des tempes. Il enfle des mâchoires. Dans sa bouche qui se tord, les mots se bousculent. Ses mains maigres sculptent l’air devant lui. Elles coupent, elles découpent, cisaillent, tranchent, équarrissent, laminent. Il hallucine. Prodigieux, il vaticine d’une voix haletante.

- Debout les morts ! Alerte générale ! Faites chauffer les schofars ! L’antisémitisme est de retour.

Aucun doute ! C’est Mister Hyde fait homme, ses transes, ses fantasmes, ses pulsions irrésistibles, son rire à vous glacer les sangs.

Au début, pourtant, certains hésitaient. Ils trouvaient que le Finkielkraut en faisait des kilos. L’antisémitisme ne pouvait être de retour, puisqu’il n’était jamais parti. S’il était parti, la loi Fabius-Gayssot n’aurait pas continué à fonctionner plein pot. Or elle avait fait des heures sup. Elle s’avérait même si indispensable que le citoyen Lellouche se proposait de l’améliorer sitôt qu’il aurait fini de gagner la guerre de la Civilisation à Bagdad. Perben n’était pas contre. Gaubert, né Goldenberg, et si fier de son nom qu’il l’avait christianisé pour devenir dentiste, Gaubert le zélote indomptable, applaudissait. Lui non plus n’avait jamais cessé le cours de ses affabulations-délations pour exiger une répression toujours accrue. Comment ces comportements auraient-ils pu être possibles, si l’antisémitisme était parti ? N’étant pas parti, il ne pouvait être de retour. CQFD. Finkielkraut chargeait un peu la mule. De Gaulle l’avait dit. Les Hébreux en font souvent trop. Voyez Hanin.

LA FIN DE L’APRÈS-GUERRE ?

Tout cela n’était pas faux. Mais Mister Hyde Finkielkraut n’a pas tort non plus. Si ce qu’on appelle l’antisémitisme n’est pas de retour, il n’en repart pas moins de plus belle. Il gagne des zones nouvelles que l’on croyait historiquement protégées. Les guerres des Judéo-Américains en Irak et en Palestine ont fait des ravages collatéraux. Les images sans légende, même filtrées par la propagande, ont balayé les discours de circonstance. L’extrême gauche, la gauche, les altermondialistes, les mouvances humanitaires et caritatives, sont contaminés. L’intello, gaucho de fonderie depuis Dreyfus, vire sa cuti. Malgré la densité hébraïque du sommet - Fabius, Strauss-Kahn, Lang, Hollande, Kouchner, Dray le loubavitch, Weber le sénateur, j’en passe et des Mayer (disait Daniel Mayer) - des courants sournois travaillent la base du PS. SOS-Racisrne, où le courant socialo-sioniste avait tant investi, SOS-Racisme dont les branches d’acacia portaient autant d’espérances que d’utopies, SOS-Racisme implose. C’est le grand lessivage. On jette le beur avec l’argent du beur. Des antiracistes diplômés se déchirent en dénonçant publiquement leurs racismes respectifs. Des sémites se révèlent être de farouches antisémites. Des israélites accusent des Israéliens de conduire Israël à sa perte. Celui-ci se retrouve aussi divisé qu’à l’époque de la Haganah, de l’Irgoun, du Groupe Stern, du terrorisme juif anti-arabe, anti-anglais et anti-juif ! Un monde de trompe-l’oeil et d’illusions, de falsifications et de supercheries bascule. Serait-ce la fin de l’après-guerre ? Les signes annonciateurs de cette mue existaient depuis longtemps, mais tout était mis en oeuvre pour que nous n’en prenions pas conscience. Désormais ils crèvent les yeux. Dans son dernier numéro, "Le Libre Journal" se faisait l’écho d’un sondage décapant. 59 % des Européens consultés considèrent Israël comme la menace n° 1 de la paix dans le monde. C’était un scoop formidable. En trois jours, on n’en parlait plus. On écrasait. Il y avait des nouvelles plus sensationnelles. Le prince Charles et son valet, my darling... Trop d’infos tue l’info. Il n’empêche... 59 %... Ce changement dans l’opinion, c’est énorme. Il mérite qu’on y revienne...

CASSER LE BAROMÈTRE !

Certes il ne s’agit que d’un sondage. Mais ce n’est pas un sondage de publicité bidon, bricolé par des sondeurs fantômes sur un panel d’ectoplasmes, pour satisfaire les fantasmes des démocrates du ramadan. Ici nous sommes en présence d’un sondage tout ce qu’il y a d’officiel. Commandé par la commission européenne de Bruxelles à l’Eurobaromètre, un institut de sondages agréé, il interrogeait un panel représentatif de l’opinion de quinze pays d’Europe, pour savoir ce qu’elle pensait de « l’Irak et la paix du monde ». Parmi les questions posées se trouvait celle-ci : « A votre avis quelles sont les nations qui constituent une menace pour la paix dans le monde ? »

Les réponses tombèrent comme des coups de trique :

1 - Israël : 59 %.

2 - Etats-Unis, Corée du Nord, Iran (ex-aequo) : 52 %.

Point n’est besoin de posséder l’imagination de Jules Verne pour se représenter l’état mental, et même physique, de la Commission européenne, quand le résultat des courses lui fut communiqué. Le titre d’un film des Marx Brothers dépeint parfaitement la situation : Panique à l’hôtel.

Il y avait de quoi ! Si l’on se donnait la peine de comparer la nuisance des forces en présence, ce sondage signifiait que l’opinion européenne considérait Israël et les Etats-Unis, son allié-protecteur privilégié, comme les deux Etats voyous les plus dangereux de la planète.

Surmontant son désarroi profond et n’écoutant que son courage, la Commission de Bruxelles n’en décidait pas moins de publier le terrible sondage. A l’exception, bien entendu, de la réponse explosive donnée à la question sulfureuse. La témérité n’est pas l’inconscience.

Le subterfuge belge tourna tout de suite en eau de boudin. Au pays du Manneken-pis, les fuites sont Incoercibles. L’Espagne étant en bisbille avec l’administration de la Commission, par une pure coïncidence, le 20 octobre, la presse espagnole révélait la Colossale finesse. Ce fut le tollé et l’embarras. Les autorités israéliennes dénonçaient le complot pour « dénigrer Israël » et empêcher sa prochaine admission dans l’Europe, que prépare actuellement la mission israélienne à Bruxelles. Les autorités européennes, affreusement gênées, se défendaient en affirmant que la réponse ne reflétait pas « la position de l’Union européenne, exprimée par ses instances à de nombreuses reprises ».

Ce qui était parfaitement exact, mais n’empêchait pas l’opinion européenne d’exprimer une position totalement différente de celle de ses instances. Elle considérait à 59 % l’Etat hébreu comme le plus dangereux pour la paix du monde. Il n’avait servi à rien de casser le baromètre d’Eurobaromètre. Un révisionnisme rampant et lampant s’étendait en Europe. Nul ne pouvait l’ignorer.

UN ANTISÉMITISME RÉPUGNANT

Surtout pas les Allemands. Les voici à nouveau dans la tourmente. Le 3 octobre, à Neuhof en Hesse, on célèbre l’anniversaire de la Réunification. M. Martin Hohmann prend la parole. C’est le député du coin, CDU, droite convenable, propre sur lui, trop jeune pour les casseroles, jusqu’ici bien sous tous rapports, mais qui n’en pense pas moins. Son discours va le montrer. M. Paul Spiegel, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, le qualifiera de « répugnant ». Quatre semaines plus tard...

Car pendant quatre semaines les propos de Martin Hohmann ne choquent personne. Il faut attendre un mois pour qu’un Américain - la dépêche ne dit pas s’il est juif ou non - en fouinant sur Internet, les trouve et les juge inacceptables. Le sont-ils ? Les voici, scrupuleusement résumés :

- Un certain nombre d’Allemands participèrent aux crimes de guerre commis par le pouvoir nationale-socialiste. En conséquence le peuple allemand fut déclaré « coupable ». Lors de la première partie de la Révolution communiste, un grand nombre de Juifs y prirent une part active. Ils occupaient des postes importants au Soviet suprême. Ils firent partie des commandos des fusilleurs de la Tcheka. Si l’on suit la même logique, on pourrait donc appeler le peuple juif un « peuple coupable ».

Le parallèle n’est pas faux. Il n’est pas exact non plus. Il faudrait nuancer. Je l’ai fait, à plusieurs reprises. Quand le discours revint des Etats-Unis, estampillé de rouge, l’heure n’était pas à la nuance. Le président Spiegel dénonçait « l’antisémitisme répugnant ». Sans doute en connaissait-il qui ne le fût pas. Il envisageait de porter plainte pour « incitation à la haine raciale » (?). Le Bundestag démettait le député par qui le scandale arrivait de ses fonctions de rapporteur de commission. Le général Reinhard Günzel, commandant des forces spéciales KSK, se voyait limogé. Il s’était permis d’approuver Martin Hohmann. On parlait d’exclure celui-ci de la CDU. Angel Markel, la présidente, hésitait. Elle n’était pas certaine de trouver, au sein du groupe parlementaire, la majorité des deux tiers indispensable à cette décision. Les députés pensaient à leurs électeurs. Ces foutus électeurs ! Ils se permettaient maintenant d’avoir une opinion différente de l’opinion admise. Ils n’étaient rien, ils voulaient être tout. Le monde changeait de base, comme chante "l’Internationale ».

ELU MAIS EN BALLOTTAGE

A l’autre bout du monde, on assistait à un phénomène identique.

- Les Juifs dirigent le monde par procuration, s’écriait le président malaisien, Mahatir Mohammad. Ils utilisent les autres pays à se battre et à mourir pour eux !

C’était à la conférence des nations islamiques. Selon la presse soumise à la publicité, ces propos suscitèrent une « réprobation unanime ». "Faits et Documents", qui ne vit que de ses lecteurs, parle d’une « standing ovation ». Il précise que parmi les 57 nations représentées se trouvaient les présidents de l’Indonésie et de l’Afghanistan, ainsi que le prince Abdullah, prince héritier de l’Arabie séoudite. Eux aussi devaient penser à leurs sujets.

Finkielkraut a raison. Ce sont des événements qui donnent à réfléchir. Tout se passe, finalement, comme si le mondialisme américain, après avoir servi la diaspora juive, mieux placée que quiconque pour en profiter, ne finissait pas par la révéler, la compromettre et lui nuire.

Comme si le flamboyant nationalisme du sionisme, sûr de lui et dominateur, ne finissait pas par compliquer davantage le problème juif, toujours posé et jamais résolu, depuis que le peuple élu est en ballottage, ballottage favorable certes, ballottage néanmoins.

Et comme si la guerre au terrorisme arabe, déclarée par les Etats-Unis et l’Etat sioniste, multipliait les actions terroristes contre les Juifs.

François Brigneau
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