Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 309 du 9 décembre 2003 - pp. 4 et 5
Dernières nouvelles du Marigot
Qui défendra les juifs de France contre l’antisémitisme de l’occupant ?

Longtemps, les propos des responsables autoproclamés de la communauté juive en France dénonçant l’antisémitisme de leurs concitoyens ont été traités comme une invention à la fois tactique et peu crédible.

Tactique parce qu’elle aboutit à interdire toute attitude critique à l’égard de l’Israël. À commencer par celle que pourraient émettre les nombreux juifs de France qui, ne partageant ni les objectifs ni la stratégie de ces officines, s’imposent cependant, à l’évocation de cette seule menace, une solidarité communautaire de façade.

Peu crédible parce que la France étant, juste après les États-Unis et l’Israël, le pays où la communauté est la plus nombreuse, ce serait être bien méprisant que de croire les Juifs assez inconséquents pour choisir justement « le pays le plus antisémite du monde », selon le propos prêté à Ariel Sharon par le magazine de la Ligue des droits de l’homme (n° 117 de janvier-mars 2002).

Et ce alors que, dans le vaste monde, tant de peuples libres et amicaux leur tendent les bras.

A commencer par l’Algérie où, selon Enrico Macias, juifs et indigènes ont « cohabité en paix » jusqu’à la colonisation ; le Maroc où, selon Gabriel Banon, membre éminent de la communauté et ancien conseiller financier de Yasser Arafat, « juifs et musulmans ont vécu en une amitié beaucoup plus constante et profonde que juifs et chrétiens » ; et la Tunisie où, à en croire "Le nombril du monde", film d’Ariel Zeitoun avec Michel Boujenah, l’amitié entre les tunes et leurs voisins arabes ne fut rompue que par les atrocités perpétrées par les forces (françaises) du protectorat.

Le moment est donc venu de faire une nouvelle fois repentance : l’antisémitisme existe en France plus que partout ailleurs. Mais, comme le ministre de l’Education-sic nationale-resic Luc Ferry l’a dit, comme nombre de responsables communautaires le reconnaissent de plus en plus souvent et de plus en plus officiellement, cet antisémitisme n’est pas celui de ces franchouillards que brocardait élégamment BenAmou du temps qu’il dirigeait le mensuel Globe et que le mensuel Globe était la référence de l’élite. Il n’est pas celui des vieux cons à béret basque. Il n’est pas celui des nationalistes « moisis », comme dit le shabbat-goy Sollers. Il n’est même pas celui de "l’extrême droite".

Il est celui de certains éléments des populations arabo-islamistes implantées en France.

« Chirac est capable de collaborer avec les plus infâmes des idées »

Ce n’est pas moi qui le dis. C’est, parmi cent autres, le chiraco-sharoniste Alexandre Del Valle dans son ouvrage "le totalitarisme islamiste", c’est Roger Cukierman, président du CRIF dans ses discours, ce sont les membres de la Ligue de défense juive qui défilent au cri de « Pas d’Arabe, pas d’attentat », c’est Maître Goldnadel, défenseur d’Oriana Fallaci, c’est même Malek Boutih, ex-président de SOS-Racisme et dénonciateur à façon du "péril islamiste", c’est Elie Barnavi, ancien ambassadeur de l’Israël en France qui proclame dans un livre récent que « la violence antisémite qui a déferlé sur ce pays est essentiellement d’origine arabo-musulmane », ce sont les médias qui ne bronchent pas quand les gangs ethniques violent en "tournantes" mais qui hurlent à la mort parce qu’un beur gifle un porteur de kippa.

Tout ces gens ont raison : l’antisémitisme arabo-islamiste existe en France.

Et, aujourd’hui, cet antisémitisme-là est le pire. Le plus dangereux.

Parce que ce n’est pas un antisémitisme intellectuel. C’est un antisémitisme en actes et, quoi qu’en disent les beaux esprits, un coup de poing dans la gueule fait toujours plus mal qu’un article révisionniste.

Ce n’est pas l’antisémitisme d’Etat de Maurras, inquiet à l’idée qu’un "Etat confédéré" pourrait disposer d’une représentation disproportionnée dans les institutions et les outils du pouvoir en France. Comme Ariel Sharon pourrait s’émouvoir si, à Tel-Aviv, le fauteuil de Premier ministre, celui de président du parlement, celui de ministre de l’intérieur et ceux de directeur de la télévision et des principaux journaux étaient tous, au même moment, occupés par un chrétien ou un musulman.

C’est un antisémitisme de peau qui porte le sceau de la haine charnelle, la signature des gangs ethniques qui "niquent la France" entre deux passages à tabac de porteurs de magen David, qui taguent les tombes juives de croix gammées à l’envers, et qui jettent des cocktails Molotov aux portes des synagogues.

Cet antisémitisme-là n’a rien d’une pétition de principe. Ce n’est ni un bavardage provocateur, ni une tentative d’explication des arcanes de la politique actuelle de la France, ni une réaction d’universitaire exaspéré par la criminalisation de la recherche historique.

Ce n’est même pas la divagation de psychopathe, d’un Dieudonné, hier applaudi quand il conchiait le pape et aujourd’hui mis au ban des médias pour s’être gaussé d’un rabbin.

C’est un racisme physique, agressif, violent, bestial, vulgaire, hideux, parce qu’il pue la cheddite, le sang et la mort.

Et pourtant, à lire leur presse, à suivre les discours des responsables autoproclamés de la communauté juive de France, à regarder leur télévision officielle sur le câble, à écouter leurs radios sur la bande FM, on constate qu’à leurs yeux, cet antisémitisme-là n’est pas celui qu’ils dénoncent avec le plus de vigueur et d’insistance.

On les sent plus à l’aise pour montrer du doigt les autres antisémitismes, réels ou supposés. Comme s’il fallait avant tout faire entrer dans les crânes l’idée que tous les antisémitismes se valent et que tout le monde en France est, peu ou prou, antisémite.

Les arabo-islamistes, c’est vrai, mais pas plus que les catholiques (lesquels, ayant, comme chacun sait, inventé la chose voilà deux mille ans, ont inspiré Hitler et donné des idées à Arafat qui, sans eux, n’aurait même pas pensé à utiliser l’arme du terrorisme).

Alors tout le monde y passe.

L’extrême gauche, bien sûr. Roger Cukierman l’en a accusé bruyamment lors du dîner du Crijf, le 1er février 2003, après qu’un militant du groupuscule de Besancenot eut été cité à comparaître à Chambéry pour avoir tagué "Sharon assassin", en utilisant la graphie spécifique de la SS.

Les communistes et les socialistes aussi. Plutôt favorables aux Palestiniens et donc plutôt antisionistes, ils sont donc suspects puisque dans ses statuts, la Licra qualifie l’antisionisme de "camouflage de l’antisémitisme" (un peu comme si le fait d’être contre le nationalisme français était considéré comme du racisme anti-blanc aggravé de haine anti-chrétienne...).

Les partis de la majorité présidentielle ne sont pas moins critiquables.

Le 19 octobre 2003, le quotidien israélien Maariv a publié à la "une" la photo de Chirac, légendée « le visage de l’antisémitisme de la France », en illustration d’un éditorial d’Amnon Dankner, accusant le locataire du Palais de l’Élysée d’être « grand protecteur, vil serviteur, et méprisable supporter de l’antisémitisme (...) capable de collaborer avec les plus infâmes des idées. »

Quant à la droite nationale, n’en parlons même pas. Elle est depuis si longtemps au banc des accusés et au ban de la société que rien ne pourra la laver de cette accusation.

Pas même les déclarations récentes de Marine Le Pen, confiant à France Soir : « Je suis aussi assez sensibilisée à la situation de la communauté juive. Il y a un malaise parce qu’elle se sent exclue, elle a l’impression que son existence, comme communauté française, est remise en cause. Tout Français mérite de se sentir chez lui en France quel qu’il soit. Le problème posé aujourd’hui est inadmissible. »

Les "Franchouillards" se lèveront-ils pour défendre les Juifs à un contre dix ?

Propos qui, notons-le au passage, n’ont pas eu l’écho qu’ils méritent. Comme si ce ralliement proclamé du Front national à une conception communautariste de la société française - que Jean-Marie Le Pen n’avait pas cessé de fustiger depuis trente ans - n’était qu’un détail. Donc, redisons-le pour que les choses soient bien claires. C’est un fait que nul ne peut contester : même si les Français de souche n’y sont pour rien, il existe en France un véritable danger de flambée de violence antisémite.

Or, les chiffres sont là.

La communauté islamo-arabe en France, puisque communauté il y a, compte au bas mot six millions de personnes.

La communauté israélite, puisque autre communauté il y a, compte environ six cent mille personnes.

Alors, une question taraude dont on se demande avec inquiétude si les responsables autoproclamés de la communauté israélite en France se la sont jamais posée :

Si un jour cet antisémitisme agressif, violent certes, mais pas encore meurtrier devient vraiment, à l’occasion d’un accident, d’un drame, d’un malentendu entre les communautés juive et arabo-musulmane, un antisémitisme exterminateur... Ce jour-là, qui, en France, défendra les Juifs à un contre dix ?

Croient-ils sérieusement, les responsables communautaires, qu’ils pourront compter sur des policiers désarmés par la peur de la bavure ?

Attendent-ils vraiment le moindre secours de ceux qu’ils appellent les Franchouillards honteusement antisémites, secrètement anti-arabes, hypocritement xénophobes, populace informe, molle, apeurée que leurs médias ne cessent de dénoncer, que leur police de la pensée persécute sans répit, que leurs associations poursuivent sans pitié et que leurs politiciens insultent sans mesure ?

Voient-ils cette plèbe prendre les armes à leurs côtés eux qui, depuis un demi-siècle, l’humilient à temps et à contre-temps en lui rappelant qu’elle porte à jamais le stigmate de la collaboration ?

Espèrent-ils que ces Français en qui ils voient, relisons les classiques, un peuple toujours couché, se lèveront pour chasser les nouveaux occupants ?

Avec tout le respect qu’exigent les responsables communautaires auto-proclamés, disons-le : à leur place, on ne parierait pas là-dessus.

Ce n’est pas à Roger Cukierman que l’on dira la vérité lucide et désabusée de ce vieux proverbe yiddisch : « Notre seul véritable ami est dans notre miroir. »

Serge de Beketch
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