Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 311 du 7 janvier 2004 - p. 13
Bon sens interdit
par Anne Merlin-Chazelas
Voiler la liberté

En interprétant la loi comme interdiction du voile à l’école dans l’unique cas où il constitue un "trouble à l’ordre public", le Conseil d’État de 1989 avait adroitement su concilier laïcité et liberté religieuse.

Mais un avis du Conseil d’Etat ne fait pas le droit : il l’interprète. Seule la loi fait le droit.

En outre, il eut fallu que tribunaux administratifs et chefs d’établissement interprétassent cet avis "stricto sensu". Il n’en a rien été. Certains établissements, "pour ne pas les pénaliser dans leur scolarité", ont conservé des élèves qui, portant non un foulard mais un grand-voile, voire la tenue islamique complète, faisaient de la propagande islamique, insultaient les professeurs dont les propos heurtaient leurs croyances et refusaient certains cours. Dans le même temps, des tribunaux administratifs considérant comme contraires à la loi (en ce qu’ils empêchaient le port du voile islamique) les règlements intérieurs exigeant que les élèves aient la tête découverte en classe, ont réintégré des exclues dont la présence, le vêtement et le comportement constituaient manifestement un trouble à l’intérieur de l’établissement scolaire.

Laxisme des tribunaux administratifs et pusillanimité des directeurs d’établissement scolaire ont fait que l’état actuel du droit ne soit pas du tout satisfaisant. Imposé à certaines ou arboré par des provocatrices endoctrinées, le "voile islamique" n’est pas tant un signe religieux, qu’un emblème politique, marquant la volonté d’imposer la loi islamique dans notre pays.

Soutenir, comme le font certains, qu’en écartant de l’instruction publique des élèves voilées qui par ailleurs souhaiteraient assister aux cours, serait nier "la vocation universelle de l’enseignement, et sa capacité à développer l’intelligence et l’esprit critique" et condamner les exclus à fréquenter des écoles confessionnelles est un raisonnement de Gribouille.

Ni la "vocation universelle de l’enseignement" ni sa "capacité à développer l’intelligence et l’esprit critique" ne feront tomber des préjugés d’autant plus profondément inscrits dans leur esprit qu’ils sont plus irrationnels. Une élève ne cessera pas d’être ce qu’elle est parce qu’on aura accepté son comportement. Je ne vois pas quel inconvénient l’on peut trouver à ce que ces jeunes filles soient scolarisées dans des écoles musulmanes : elles ne coûteront pas plus cher (en fait, comme dans les écoles privées catholiques, elles coûteront moins cher) que si elles restent dans les écoles publiques, et au moins elles ne fanatiseront pas (ou ne contraindront pas par la crainte ou la honte) d’autres élèves. Au mieux, elles y étoufferont et aspireront à autre chose. Souhaiter les admettre, avec leurs préjugés et leurs comportements, dans les écoles publiques, c’est en fait souhaiter que ces écoles deviennent des écoles musulmanes.

C’est que, contrairement à ce que certains prétendent, il ne s’agit pas de quelques dizaines de jeunes filles, car dans la plupart des cas, les chefs d’établissement ont préféré céder que se trouver devant un "cas litigieux". Dans certaines régions, ce sont environ dix pour cent et plus des élèves qui sont voilées (j’ai bien dit dix pour cent des élèves, pas dix pour cent des musulmanes, ni dix pour cent des jeunes filles). Le défilé dans les rues de Paris, le 21 décembre, de plusieurs centaines de ces jeunes filles en stricte tenue islamique, bien que beaucoup de parents musulmans aient préféré garder leurs filles à la maison, démontre l’importance de leur nombre.

Ce n’est donc pas une question religieuse et ni le christianisme, ni le judaïsme, ne sont en cause malgré la "fausse fenêtre" créée par les laïcards et le président de la République : il s’agit de ne pas laisser s’installer en France, au mieux des communautés entièrement séparées, vivant selon leurs propres règles et leurs propres lois, au pire une communauté conquérante, décidée à imposer ses règles et ses lois au reste de la population.

Je crois sans peine que la majorité des musulmans en France n’aspire qu’à vivre en paix. En revanche, je doute fortement qu’elle soit prête à vivre avec nous et comme nous. Qu’un Dalil Boubakeur respecte nos valeurs, nées de notre long passé chrétien, je n’en doute pas. Mais il a été mis en minorité, une très faible minorité, quand il a fallu élire des représentants de la communauté musulmane, et les élus majoritaires affirment ouvertement qu’ils refusent ces valeurs.

Parmi elles, certaines des plus précieuses sont la dignité et la liberté de la femme. Malheureusement, l’école publique et laïque s’est montrée jusqu’ici bien mal préparée à les préserver, et ce n’est certainement pas, comme certains qui se veulent "libéraux" le réclament, en acceptant que des jeunes filles y apportent les règles de vie imposées il y a quatorze siècles aux Bédouins du désert, quels imposeront aux jeunes musulmans le respect de leurs soeurs et de leurs compagnes.

Sommaire - Haut de page