Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 317 du 13 mars 2004 - p. 12
"La Passion"
Cachez ce sang que je ne saurais voir...

Le coup de l’antisémitisme sentant un peu le ranci, la police de l’a-pensée a trouvé un autre argument contre "La Passion" de MeI Gibson : la violence. Ah, ça, la violence, les journalistes n’aiment pas. Le sang, les coups, les cris des victimes, les hurlements des bourreaux, la souffrance, la mort. Hou ! Quelle horreur. « C’est l’Evangile selon le marquis de Sade » commente élégamment un journaliste juif américain. « C’est "gore" ! » répètent ses confrères.

Même les journaux cathos ne savaient pas que la Passion de Notre Seigneur avait été une abomination. Un peu sévères les chefs du Sanhédrin, un peu emportés les Romains, d’accord. Mais ça n’était quand même pas le massacre des bébés phoques. Et puis voilà Gibson avec ses images. Alors là, ça ne va pas du tout. Vous vous rendez compte, on finirait par croire que les nazis n’étaient pas les seuls à faire souffrir et à tuer et qu’il y aurait d’autres victimes dans l’Histoire et dans le monde que les Juifs.

Dangereuse confusion. Redoutable amalgame. Alors on mobilise, on s’indigne et on théologise : « A trop représenter la violence, on risque aussi d’engendrer la violence. (...) Cet étalage de violence est fondamentalement en contradiction avec le message éthique des Évangiles, centré sur l’amour. »

On dénonce aussi, bien sûr. Comme La Croix : « Les accusations d’antisémitisme s’effacent derrière celles d’hyper-violence ».

Mais les plus choqués, ce sont les ex-maos de Libération. "Libé" n’aime pas la violence. Le sadisme obscène, le dépeçage des enfants à naître, c’est l’Art et la Liberté... Mais la violence de la Passion ? Cachez ce sang que je ne saurais voir...

« Malgré sa violence, le film de l’acteur intégriste bat des records aux Etats-Unis », s’indigne l’un.

« Les coups pleuvent sur son corps meurtri. Des bâtons d’abord, puis des fouets armés de crochets en ferraille. Mel Gibson n’épargne rien au spectateur. La chair se déchire et gicle. Le dos s’ouvre sous l’assaut répété des bourreaux. On en a déjà assez, mais ce n’est que le début. Le chemin de croix n’a pas encore commencé » raconte l’autre.

« Jésus n’est que cette plaie vivante qui se traîne vers la Croix. Ces mains que l’on fixe sur le bois, avant de les transpercer devant la caméra, encore et encore... » s’épouvante un troisième.

« Violence, insoutenable », dénonce un quatrième. « Film mensonger, anti-éducatif, d’une violence complaisante », proteste le rabbin de service.

"Libé" en a marre de la violence à l’écran

Bref, on a compris. "Libé" en a assez de la violence à l’écran.

Mais, dans le même temps et dans le même journal, on parle de deux autres films. Des films sur les atrocités du Rwanda il y a dix ans. Et là, le ton change.

Plus question de dénoncer la violence. Au contraire : elle est nécessaire, elle est salutaire puisqu’elle démontre que le blanc et plus précisément le catholique est encore et toujours coupable de tout ce qui va mal en Afrique. Alors à propos de "Sometimes in April", du réalisateur haïtien Raoul Peck et de "Hotel Rwanda" de Terry George, Libération se lâche : « Les situations qu’il met en scène sont d’un réalisme tellement poignant que certains des cinq à six mille figurants (dont la plupart ont vécu le génocide) se croient projetés dix ans en arrière, comme ces rescapés tutsis qui, lors d’une scène de sauvetage, ont répété machinalement des gestes enfouis au fond de leur mémoire. Ou, cette femme, par hasard sur les lieux de tournage, qui a cru avoir reconnu le corps de son époux mort il y a dix ans alors qu’il s’agissait d’un faux cadavre. Il a fallu près de deux heures pour qu’elle retrouve ses esprits ».

Et plus loin : « Dès le départ du convoi, un groupe de "génocidaires", machettes, grenades et gourdins garnis de clous rouillés à la main, se dirigèrent vers eux pour les massacrer impitoyablement (...) La machette à la main, les miliciens chantent. D’un coup de grenade, ils font exploser le portail de l’école, s’engouffrent à l’intérieur. Les jeunes filles de l’internat n’ont pas voulu se diviser entre Hutues et Tutsies, comme le leur intimaient les miliciens. Elles seront toutes massacrées, sans distinction. Du coup, l’équipe du film se trouve quotidiennement confrontée à des scènes d’un réalisme déroutant. »

La différence entre "violence insoutenable" et "réalisme déroutant" c’est tout l’art de la propagande médiatique.

Car, pour ce qui est du Rwanda, nulle violence n’est excessive ; rien n’est trop sanglant pour démontrer l’horreur de la post-colonisation et de l’évangélisation catholique, coupables de toutes les horreurs. C’est de l’Histoire, pas vrai ?

« J’ai laissé tourner, sans rien dire (...) L’Histoire se déroulait autour de nous, c’était incroyable. On a dépassé le stade d’un film... »

Conclusion : « Maintenant, le monde entier va savoir ce qui s’est vraiment passé au Rwanda ».

Bien sûr : le monde doit savoir ce qui s’est passé voilà dix ans au Rwanda mais il vaut mieux qu’il ignore ce qui s’est passé il y a vingt siècles à Jérusalem.

On comprend bien pourquoi...

Le Libre Journal
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