Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 319 du 4 avril 2004 - p. 15
Après la Passion selon Gibson...
... « La messe ne sera plus jamais la même », dit Rome

On comparera utilement les réactions de chaisière effarouchée des conciliaires français (ci-contre p. 14) aux propos des Italiens résumés par le père Augustin Di Noia, sous-secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, interrogé par l’agence Zenit :

La vision de ce film permettra à beaucoup de faire une expérience religieuse intense. Cela a été le cas pour moi. Une cinématographie stupéfiante, une performance brillante des acteurs, associées à une profonde analyse spirituelle de la signification théologique de la passion et de la mort du Christ par le réalisateur, contribuent à produire une oeuvre d’une grande sensibilité artistique et religieuse. Tous ceux qui verront ce film, croyants ou non croyants, seront nécessairement confrontés au mystère central de la passion du Christ, en fait du christianisme lui-même : si c’est cela le remède, que pouvait donc être le mal ? Le Curé d’Ars dit quelque part que personne ne peut avoir une idée ou expliquer ce que le Seigneur a souffert pour nous ; pour saisir cela, il nous faudrait comprendre tout le mal que le péché lui a fait, et nous ne le comprendrons qu’à l’heure de notre mort.

Le film de Mel Gibson nous aide à saisir quelque chose presque au-delà de notre capacité de compréhension, comme seul le grand art peut le faire.

Au début, dans le Jardin de Gethsémani, le Diable tente le Christ avec la question inévitable : comment quelqu’un peut-il porter les péchés du monde entier ? C’est trop. Le Christ recule presque à cette idée, mais ensuite il s’engage résolument dans cette direction : porter, selon la volonté de son Père, les péchés du monde entier.

C’est étonnant en fait.

Il y a un sentiment puissant, que l’on perçoit tout au long du film, du drame cosmique dont nous faisons tous partie. Il est impossible d’être neutre ici, et personne ne peut rester simple spectateur devant ces événements. Les enjeux sont très importants et c’est quelque chose dont seuls, à part le Christ lui-même, sa mère Marie et le Diable continuellement présent, ont une intuition claire.

Le spectateur comprend peu à peu, en même temps que les personnages, alors que l’action avance inexorablement du Mont des Oliviers au Mont du Calvaire. (...)

Trois choses m’ont frappé : la première est l’interprétation du Diable, visible en arrière-plan, parfois au premier plan, comme une présence menaçante constante et inquiétante. Je ne me souviens d’aucun film ayant fait cela avec une efficacité aussi dramatique.

Autre chose : la solitude du Christ. Bien qu’il soit entouré d’une foule de gens, le film montre que Jésus est vraiment seul face à cette terrible souffrance.

Puis il y a la représentation de la Dernière Cène à travers une série de flash-back qui s’entremêlent à l’action du film. Couché sur le sol de pierre couvert de sang après la flagellation, le Christ pose les yeux sur les pieds éclaboussés de sang de l’un des soldats et le film revient en arrière, de façon particulièrement significative, au lavement des pieds des disciples au cours de la Dernière Cène. Des flash-back similaires au cours du reste de la passion et de la crucifixion nous renvoient au Christ qui rompt le pain et à la coupe de vin : à travers les yeux du Christ le spectateur le voit qui dit "ceci est mon corps" et "ceci est mon sang". La signification du Calvaire - sacrifice et donc eucharistie - est représentée à travers ces flash-back. Il y a une forte sensibilité catholique à l’oeuvre ici.

Dans sa récente encyclique sur l’Eucharistie, le pape Jean-Paul II dit que le Christ a établi le mémorial de sa passion et de sa mort avant de souffrir, anticipant le vrai sacrifice de la croix. Dans l’imagination artistique de Mel Gibson le Christ "se souvient" de la Dernière Cène même lorsqu’il accomplit le sacrifice dont celle-ci fait mémoire. Pour beaucoup de catholiques qui verront ces images, la messe ne sera plus jamais la même.

Cela dit, les questions d’originalité mises à part, le film de Mel Gibson sera sans aucun doute considéré comme étant l’un des meilleurs.

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