Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 330 du 18 septembre 2004 - p. 13
Petite correspondance
par Loïc Le Ribault
Merci mes amis !

Merci à vous tous, amis connus et inconnus, qui m’avez écrit lorsque j’étais en prison. Votre mobilisation m’a probablement sauvé la vie car il semble bien que, cette fois, tout avait été minutieusement organisé pour m’abattre une bonne fois pour toutes.

En mars 2004, j’allais commencer ma neuvième année d’exil. Huit ans passés avec la certitude absolue que dans plusieurs ministères les cloportes ne m’avaient pas oublié. Huit ans d’épuisante tension nerveuse avec, au-dessus de la tête, une épée de Damoclès. D’autant que le livre de Pierre Lance(1) et le documentaire filmé de Jean-Yves Bilien(2) relatant mon aventure étaient bien agaçants pour les autorités françaises.

C’est l’urgence qui contraignit les cloportes à attaquer : la fameuse affaire Chanal, dite des "disparus de Mourmelon".

En 1988 j’avais apporté la preuve matérielle que la pelle de Chanal avait servi à creuser le trou dans lequel avait été découvert en 1987 le corps du jeune Trevor O’Keeffe. Chanal, étrangement protégé, n’en avait été nullement inquiété. Puis en 1998, j’avais apporté la preuve non moins irréfutable que, dans cette affaire les laboratoires de police avaient concocté de faux rapports d’expertise dans le but de me discréditer.

Or, en octobre 2003, je suis cité à comparaître devant la Cour d’Appel de Reims en qualité d’expert dans le procès Chanal. Occasion rêvée de démontrer publiquement la compromission du Ministère de l’Intérieur dans cette affaire. Cependant, certain d’être instantanément arrêté en France, je propose de témoigner par vidéoconférence. Le tribunal accepte le principe.

Pour les cloportes, c’est la tuile. Il faut, à tout prix, me faire taire.

Le 23 août, un mandat d’arrêt international est lancé contre moi.

Le 1er octobre 2003, la date de mon procès est fixée, après sept ans (!) d’instruction : le 5 février 2004 à Bordeaux.

Le 2 octobre 2003, la Cour Européenne des Droits de l’Homme déclare irrecevable ma requête contre l’Etat français, Décision définitive. on ne me répondra à aucun courrier et mon dossier sera détruit.

Dans la nuit du mardi 14 au mercredi 15 octobre 2003, Chanal se "suicide" sous la surveillance supposée continue de trois policiers. Il ne parlera donc pas.

Je réside alors en Suisse avec un passeport délivré par l’ambassade de France de Dublin en 2001 pour installer un laboratoire de recherches.

Le 21 novembre à 8 heures 25, quatre policiers suisses m’arrêtent sur mandat d’arrêt international.

Je resterai à la prison de Champ-Dollon, dans la banlieue de Genève jusqu’au 22 décembre. A l’isolement absolu sans courrier, ni visite à l’exception (rare) de mon avocat suisse.

Les autorités françaises confirment officiellement les accusations d’escroquerie et de mise sur le marché d’un produit toxique, justifiant ainsi mon maintien en détention par les autorités helvétiques.

Le 8 janvier, nouveau mandat international pour de nouveaux méfaits non précisés !

Maître Blet se renseigne auprès du juge chargé de cette nouvelle instruction. Ce dernier tombe des nues : il n’est pas au courant !

Il s’agit donc d’un coup monté. Les autorités françaises n’ont pas hésité à mentir aux autorités judiciaires fédérales suisses ! "On" veut vraiment ma peau, et je persiste à refuser l’extradition.

Le lendemain, par milliers, les lettres d’inconnus commencent enfin à me parvenir en prison. Mon affaire soulève une véritable indignation et je peux compter sur le soutien d’une multitude de sympathisants.

Au soir du 3 février la police suisse me remet à la police française. Considérant que les policiers suisses se sont montrés négligents en me menottant "par devant", les flics français s’empressent de me menotter les mains dans le dos, et m’emmènent à la prison de Bonneville où, faute de place, je passerai cette première nuit couché par terre.

Le lendemain les gendarmes me retirent ceinture et lacets me menottent "par devant" en me faisant remarquer qu’il s’agit d’une simple tolérance et me conduisent à Gradignan où je vais rester vingt jours.

Là je reçois le soutien moral des gardiens, mais aussi des prisonniers qui, oubliant l’expert judiciaire ne voient en moi que le découvreur du G5 : « Nous, on est là pour de bonnes raisons. Mais toi, tu n’as rien à foutre ici ! C’est une honte ! »

Au palais de justice de Bordeaux, des policiers révoltés par mon sort s’empressent de m’offrir du sucre et de l’eau pour m’aider à tenir le choc. Ils me donnent aussi une corde en guise de ceinture pour tenir mon pantalon.

Puis je suis jeté dans une cage de verre blindé. Ne suis-je pas dangereux ?

La salle d’audience est comble, et les applaudissements crépitent à mon arrivée, vite réprimés par la présidente. Le tribunal est composé de la présidente entourée de deux assesseurs potiches qui n’ouvriront pas la bouche et de Maud Vignau, accusatrice publique qui, elle, l’ouvrira trop.

Que dire de ce procès, sinon qu’il fut une parodie de justice ?

J’ai déjà subi plus de cinq mois d’emprisonnement, la peine qui m’attend ne peut donc être inférieure à six mois. Dans le cas contraire, n’est-ce pas, je serais en mesure de réclamer à l’Etat français des dommages et intérêts pour emprisonnement abusif. En fait, je n’écoute guère la présidente, dont les questions ne reflètent qu’une méconnaissance totale du dossier et une ignorance scientifique crasse.

Plus intéressante est Maud Vignau, sous-procureur.

Parlant au nom du peuple français, elle accumule dans son réquisitoire les mensonges (j’ai volé les inventions de la police et de la gendarmerie), l’ignorance (le G5 est un verre de "flotte" (sic) dans lequel on jette un grain de sable), la grossièreté (je suis un charlatan), les insultes (elle me compare au docteur miracle de Lucky Luke), l’ignominie (une lettre de félicitations adressé par Jacques Chaban-Delmas devient un exemple de la façon dont je "fais parler les morts"), la bêtise et l’arrogance (mes patients sont des "gogos").

A bout de venin, elle requiert finalement contre moi une amende colossale et deux années d’emprisonnement.

Je serai finalement condamné à 8.000 euros d’amende et un an de prison dont six mois avec sursis pour exercice illégal de la médecine et de la pharmacie mais, bien entendu, blanchi des accusations de tromperie et de vente d’un produit toxique.

La loi donne ensuite dix jours aux parties pour faire éventuellement appel, je repars donc pour dix jours à Gradignan, Nous sommes le 12 février, je serai libre le 22 février.

Le vendredi 20, les gardiens m’annoncent mon départ pour le lendemain.

Le lendemain, rectificatif : le dimanche n’étant pas un jour non ouvrable, je ne partirai que le lundi matin.

Le lundi, le surveillant-chef, navré, m’informe que, pour des raisons qu’il ne comprend pas, mon départ est repoussé au mardi matin.

Vers midi, catastrophé, il m’informe que l’ordinateur a programmée ma libération pour le... 17 mars !

Explication logique : "on" a bel et bien décidé de me coller sur le dos une nouvelle affaire. Une qui me salirait.

Mais "on" n’a pas eu le temps de constituer un dossier, faux certes mais d’une solidité en béton, parce qu’ "on" a oublié de me décompter mes deux semaines de remise de peine dues pour mon temps de détention en Suisse !

Finalement Maître Blet arrachera au juge d’application des peines cette remise légalement due, mais qu’il ne voulait pas consentir...

Sans doute a-t-"on" été très surpris par l’ampleur de votre soutien, chers amis.

Il m’a ensuite fallu un mois entier pour réapprendre à marcher normalement et me réhabituer à la foule dans les rues et les magasins. Ce mois de rééducation, je l’ai passé en Suisse, à laquelle je ne garde nulle rancune et où je me sens bien. De l’autre côté du lac Léman je regardais parfois les montagnes de France. Avec une parfaite indifférence.

C’est un pays où je ne remettrai jamais les pieds.


(1) Pierre Lance - Savants maudits, chercheurs exclus - Editions Trédaniel.
(2) Jean-Yves Bilien et Pantxo Arretz - Mandat d’arrêt contre un chercheur (Satya Productions).
Loïc Le Ribault est l’inventeur du silicium G5. On peut lui écrire à LLRG5 ltd, c% Ross Post office. Castelbar. County Mayo. Rep. d’Irlande.
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