Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 340 du 22 janvier 2005 - pp. 18 et 19
Datations bibliques
Dieu a créé le ciel et la terre le dimanche
23 octobre 4004 avant Jésus-Christ !

Bible des puristes protestants dont la traduction fut financée en 1611 par Jacques 1er (1566-1625), roi d’Angleterre et d’Irlande, fils de Marie Stuart, la King James Authorized Versio comporte dans sa version originale de nombreuses annotations chronologiques.

On peut y lire que "Dieu créa le ciel et la terre" (Genèse I,1) en 4004 avant Jésus-Christ ; que le Déluge eut lieu en 2348 av. J.C. ; que le peuple juif sortit d’Egypte en 1491 av. J.C. ; que David devint roi des Juifs en 1056 av. J.C. et que le peuple de Judée fut emmené en captivité en 593 av. J.C.

Bien que ces dates soient autant de repères qui développent une meilleure représentation de l’Ancien Testament, le lecteur moderne s’interroge sur leur origine et leur crédibilité à l’exemple de la revue créationniste flamande Leviathan, op het spoor van de oorsprong(1). Qui publie Kan de chronologie van Ussher betrouwd worden ?(2).

Ces datations précises sont le fruit des recherches d’un archevêque protestant : James Ussher (1581-1656).

Né en Irlande, issu d’une famille anglo-irlandaise, il a seulement treize ans, quand il entre au prestigieux Trinity College de Dublin. Licencié en 1600, il obtient sa maîtrise de théologie à vingt ans. Ordonné diacre et prêtre par son oncle, évêque d’Armagh et primat des Eglises protestantes d’Irlande en 1602, il devient professeur de théologie en 1607.

Ussher est profondément anti-papiste. Son oeuvre Judgement of the Arch-Bishops and Bishops of Ireland (Jugement sur les archevêques et les évêques d’Irlande) publiée en 1626, commence ainsi : « La religion des papistes est superstitieuse et idolâtre ; leur foi et leur doctrine sont erronées et hérétiques ; leur église est apostate. Par conséquent, être tolérant à leur égard, leur accorder le libre exercice de leur religion, serait un pêché très grave ». (Affirmations et conceptions matérialistes réduites à néant en 1894 par Monseigneur de Ségur dans Causeries sur le protestantisme d’aujourd’hui, extraordinaire ouvrage qui contribua à la conversion de nombreux pasteurs au Catholicisme.)


Mais, signe de contradiction, c’est justement ce mépris et cette haine de la Très Sainte Vierge, cette volonté farouche de destruction(3) du Surnaturel vrai et unique, dont est garant le Christianisme, le rejet de la Sainte Messe opérée par Jésus-Christ le jeudi du treize Nizan et confiée à ses apôtres pour la refaire et perpétuer à sa suite : « ... faites ceci en mémoire de moi. » (Epître aux Corinthiens XI,24) et qui est le plus haut sommet du Surnaturel, c’est ce rationalisme avant la date qui ajoute au crédit des travaux de datation d’Ussher, par ailleurs génie scientifique incontestable à l’esprit fulminant et aux connaissances impressionnantes dans le domaine de l’histoire et des langues sémitiques et classiques en le préservant de tout soupçon de délire mystique.

Son oeuvre principale, Annales Mundi, rassemble les événements historiques, de la Genèse à la destruction de Jérusalem en 70 après Jésus-Christ à partir de l’étude d’ouvrages préservés dans une des bibliothèques les plus impressionnantes de l’époque. J. Ussher consacre la majeure partie des Annales aux événements séculaires de l’histoire et à leur influence dans les Saintes Ecritures.

Il en ressort un recueil unique, très dense en renseignements et analyses sur l’Empire romain, la Grèce, la Perse et l’Egypte et qui reste une inestimable source de recherches.

D’ailleurs, l’archevêque James Ussher ayant écrit les Annales Mundi en latin, la version anglaise montre des défaillances de traduction et d’appréhension des textes originaux. Un collaborateur de l’Institute for Creation Research, Larry Pierce, a donc entrepris la totale retraduction en anglais des 1 600 pages des Annales Mundi.

Il s’agit d’une nouvelle version qui inclue des annotations de bas de page sur des découvertes récentes confirmant les théories et les calculs de l’original.

Même si le texte biblique n’emploie pas toujours un temps linéaire recouvrant tous ses épisodes, il apporte beaucoup d’informations chronologiques et séquentielles.

Ussher choisit comme point de départ à son travail de datation des événements historiques de la Bible l’année 562 av. J.C. qui correspond à la mort de Nabuchodonosor.

Le nom du roi de Babylone permet d’obtenir des datations d’autant plus affinées qu’il est plusieurs fois mentionné dans l’Ancien testament, essentiellement dans les deuxièmes Livres des Rois, des Chroniques et les Livres d’Esdras, de Jérémie et de Daniel.

Ussher établit des liens entre le règne de Nabuchodonosor et l’histoire de la Grèce antique. Ce travail lui permet par recoupements avec les manifestations de l’astronomie comme la date des éclipses, de calculer au jour près des événements bibliques. Dans les Annales Mundi, les datations sont données avec la plus grande des précisions. La création de la terre est datée au dimanche 25 octobre 4004 av. J.C., Adam et Eve sont chassés du Paradis terrestre le lundi 10 novembre 4004 av. J.C. et l’Arche de Noé touche le Mont Ararat le mercredi 5 mai 2348 av. J.C.

Les recherches d’Ussher démontrent, a contrario de ce que pense Spinoza, que la Bible a un sens historique et chronologique. Les Saintes Ecritures peuvent ainsi être un support à une recherche conjuguant la science et la foi. Etant donné que les Annales Mundi sont étayées sur de nombreux documents maintenant disparus, elles servent aussi à une meilleure compréhension des vestiges archéologiques. Depuis Ussher, avec le recul des sciences modernes, de nombreuses tentatives de datation ont été réalisées dans le but de donner une chronologie aux récits bibliques. Même si certaines montrent un léger décalage avec les résultats obtenus dans les Annales Mundi, aucune ne remet en question le fondement des calculs.

De tout temps, des érudits catholiques se sont également livrés à des travaux de datation dont les résultats peuvent être rapprochés de ceux d’Ussher.

Un des Livres liturgiques officiels de l’Eglise, Le Martyrologe Romain, au 25 décembre, écrit : « Depuis la Création du monde, quand dans le principe Dieu a créé le ciel et la terre, l’an 5199 ; (depuis la création d’Adam, à partir du limon de la terre, l’an 4613) ; depuis le déluge, l’an 2957 ; depuis la naissance d’Abraham, l’an 2015 ; depuis la sortie de Moïse et du peuple d’Israël de l’Egypte, l’an 1510 ; depuis l’onction du Roi David, l’an 1032 ; la 65e semaine, conformément à la Prophétie de Daniel ; l’Olympiade 194 ; depuis la fondation de Rome, l’an 752, la 42e année du règne de l’Empereur Auguste, tout l’univers jouissant de la paix, au VIe âge du monde, Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils de Dieu de toute éternité, voulant sanctifier le monde par son très pieux Avènement, conçu du Saint-Esprit, neuf mois après sa Conception, fait homme, est né à Bethléem en Judée de la Vierge Marie : Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ selon la chair ».


Cela signifie (année de référence 2004) que nous sommes en l’an 7204 de la création du monde, an 6618 de l’histoire humaine, VIe âge.

Le premier âge va d’Adam au déluge, le second recouvre la période de Noé à Abraham qui reçoit le signe de la circoncision, le troisième mène d’Abraham à Moïse qui transmet la Loi, le quatrième va de Moïse jusqu’à la captivité de Babylone et à la fin du temps des Prophètes, le cinquième s’écoule du retour de Babylone à l’Avènement du Sauveur promis. L’actuel sixième âge va de la Nativité jusqu’à la fin du monde, alors que le septième se déroulant concomitamment, est celui du repos des âmes élues élevées au Ciel sans leur corps. Le huitième sera l’âge de la Résurrection générale et de l’entrée définitive dans l’éternité malheureuse (pour les damnés) et bienheureuse (pour les sauvés)(4).

Cet ordre de séquences chronologiques montre l’importance des travaux de datation qui peuvent en outre être utilisés pour une meilleure lecture des prophéties non encore réalisées, comme celles relatives à la venue de l’Antéchrist.

Ajoutons qu’un contemporain d’Ussher, le très savant jésuite Cornelius a Lapide (1566-1637), a établi une concordance chronologique générale au début de son commentaire de l’ensemble du texte sacré.

Enfin, Bossuet (1627-1704), le célèbre évêque de Meaux et l’auteur en 1688 de l’Histoire des variations des Eglises protestantes, dans son illustre Discours sur l’Histoire universelle traite en parallèle de l’histoire sacrée et profane.

Puissent ces travaux nous aider à nous défier des modernes périodicités incommensurables et fantasmagoriques pour nous rapprocher des origines de la terre et de l’homme, et à nous fier à la véracité historique des Saintes Ecritures et des Prophéties.

Laurent Blancy

(1) N° 31 d’avril 2004 ; p. 7.
(2) "La chronologie d’Ussher est-elle fiable ?" (www.icr.org/pubs/btg-b/btg-180b.htm).
(3) Lire "Colloquium Lutherum inter et Diabolum" (La conférence entre Luther et le Diable) racontée par Luther, sur les origines et les raisons de la destruction de la Sainte-Messe.
(4) "Significative concordance de la grande Apostasie avec l’an 2000" dans "Sub Tuum Praesidium" n° 65 de décembre 2000.
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