Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 416 du 22 octobre 2007 - p. 7
Je me souviens...
Cher
Serge,

Lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a presque vingt ans, je reprenais l’hebdomadaire Minute et tu faisais partie du "lot". J’étais le "nouveau riche" qui n’y connaissait rien en journalisme et toi le directeur de la rédaction d’un journal "poubelle" en perdition. Rien en somme pour que nous nous entendions.

Après une période (oh, très brève) d’observation, le courant est passé. Nous sommes même parvenus à être complémentaires : mon pragmatisme compensait tes excès d’idéalisme, mes candeurs étaient contrebalancées par ta complot-mania et ton immense culture palliait mes lacunes. Tu avais même inventé un jeu, à notre usage exclusif, dont nous riions encore lors d’un dîner récent. Il consistait à piéger un article d’une phrase ou d’un mot excessif que je ne laisserais pas passer à la lecture des épreuves.

Comme directeur de la publication, j’ai d’ailleurs eu l’honneur, grâce à toi, de perdre mes illusions sur la "justice" de mon pays.

Tu m’as beaucoup appris.

Après avoir tout tenté, avec toi, j’ai compris que le succès de notre journal, dans ce "pays de liberté et d’égalité", ne dépendait ni de nos talents ni de nos efforts ni des moyens que j’y investissais. J’ai donc décidé de jeter l’éponge. Cet échec aurait pu nous éloigner. Il n’en fut rien. Nos longues discussions, nos petits désaccords, nos complicités avaient fait de nous des amis. Jamais nous ne nous sommes perdus de vue et nos échanges, toujours réguliers, francs et directs, ont continué à renforcer notre amitié.

En fait, j’ai eu le privilège de connaître les deux Serge qui faisaient de toi un être unique. J’ai connu Serge excessif, coléreux, têtu et aussi Serge hypersensible, généreux, compréhensif jusqu’à la naïveté. Ceux qui ne te pardonnaient pas tes défauts ne comprenaient pas qu’ils étaient l’enveloppe superficielle cachant ton grand coeur. Ils ne te méritaient pas.

Aujourd’hui, Serge, tu nous as quittés et je pense à ces longues conversations que nous avions sur Dieu et la religion. Tu voulais me convaincre (je n’ose dire me convertir). Tu étais déçu quand je te disais que je ne croyais pas, non pas par opposition ou par principe, bien au contraire, mais parce que je n’avais pas la chance de croire. Que je refusais l’hypocrisie de l’"on ne sait jamais".

J’espère que tu avais, que tu as raison et que de là-haut, où tu as ta place, tu prieras pour ceux que tu aimes. Pense à moi, tu vas me manquer.

Le 7 octobre 2007
(St Serge, jour de notre fête)

Serge Martinez

Ex-P.-D.G. du journal Minute
Ex-dirigeant du Front National

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